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Entre mer et désert

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Justine Roux

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Salatiel avance sous le soleil de plomb du désert. Sa gourde est presque vide, il n'a rien mangé depuis deux jours et ses jambes tremblent un peu plus à chaque pas mais il tient bon. Il sert fort le petit pot en terre contre son cœur et ce simple geste lui redonne du courage. La chaleur l'étouffe, le sable lui pique les yeux mais il se raccroche au souvenir de sa mère et sourit.
Il a cessé de se poser des questions lorsqu'il a laissé son village disparaître derrière l'horizon. Depuis il ne reste que du sable à l'infini et l'espoir fou d'arriver jusqu'à la mer.
Le vent soulève des tourbillons de sable et il lui semble entendre dans son chant la voix de sa mère.
«L'un était noir comme la nuit, l'autre blanc comme la Lune.»
Salatiel tend l'oreille et se laisse porter par cette légende que lui contait sa mère et qu'il connait par cœur.
«Deux enfants nés le même jour, au même instant mais que tout opposait. Le premier, Melan, était un garçon fort et agile qui ne connaissait rien d'autre que le désert. Le second, Leucora, était une jeune fille douce et sensible qui vivait sur un bateau qui ne touchait jamais terre.
Une nuit, une tempête de sable d'une puissance inimaginable balaya le village de Melan et une vague immense renversa le navire de Leucora. Melan se retrouva seul, perdu dans le sable. Leucora refit surface seule, perdue dans l'eau noire.
Alors Melan se mit à marcher tout droit entre les dunes. Leucora, quant à elle, se laissa dériver, portée par le courant. Pendant des jours et des jours, sans le savoir, ils tracèrent deux routes pour n'en former qu'une seule.
Ainsi, un matin, Melan arriva enfin au bout du désert sur une plage. Ainsi, un matin, Leucora s'échoua enfin sur le sable. Leurs corps n'étaient plus que douleur et lassitude mais lorsqu'ils se virent, poussés par une trop longue solitude et par le bonheur d'être encore en vie, ils se mirent à courir l'un vers l'autre. Leucora se jeta dans les bras de Melan et fondit en larmes. Le garçon la serra fort contre sa poitrine et rit à pleins poumons. Ils restèrent ainsi une éternité, approfondissant leur étreinte, découvrant les mêmes blessures sur le corps de l'autre et laissant l'amour grandir entre eux. Les deux adolescents après leur trop long voyage n'avaient plus la force de se séparer si bien que petit à petit, leurs jambes s'allongèrent et s'enfoncèrent dans le sol tendit que leurs bras emmêlés s'élevaient vers le ciel. Leurs torses s'unir pour former un tronc et bientôt ils disparurent complètement ne laissant qu'un arbre noueux entre mer et déserts ; l'arbre de vie.»
Salatiel laisse la voix de sa mère s'éteindre avec le vent. Le sable retombe et un embrun salé caresse les narines du jeune homme. Des larmes se mettent à couler le long de ses joues tandis qu'il parcourt les derniers mètres qui le sépare de la mer. Sa route s'achève enfin.
Au-dessus de lui, les feuilles vertes d'un arbre noueux lui offrent la fraîcheur de leur ombre. Alors Salatiel pose le petit pot en terre qu'il a porté jusque là et soulève le couvercle. Il regarde les cendres de sa mère s'envoler et épuisé, s'endort au pied de l'arbre de vie.

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Artvic · il y a
Très bon ! merci
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Kendra Ladel · il y a
C'est tellement beau, tellement poétique. La quête d'un garçon pour ramener sa mère. Il n'y a dans ce texte que l'essentiel.
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Hime-Chan · il y a
Je t'ai déjà dit que j'adorais les légendes ? :3
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Coraline Parmentier · il y a
Très bon écrit, vous avez mes voix !
A présent, si vous voulez lire mon oasis embrumée de Haute Egypte en lice pour Imaginarius, c'est par ici...
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-royaume-dans-la-brume

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Guy Bellinger · il y a
Un très beau conte initiatique. Tout l’anecdotique, tout le superficiel, tout le clinquant du quotidien ont été arasés. Ne subsistent que l'essence des choses et des êtres : le sable, la mer, la mère, la vie, la mort, l'amour.
J'ignore si vous avez reçu mon message (j'ai des problèmes avec cette fonction) mais, dans la négative, je vous y faisais part de mon plaisir devant votre réaction positive à la parution des "Échardes". Et que bien sûr j'attendais votre commentaire pour le jour où, si tout va bien, vous l'aurez lu.

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Richard · il y a
c'est bon ça!!! quel plaisir de lecture....
mon vote
invitation dans "mon château" une 1ère nouvelle, autobiographique... vécu à votre âge,écrite 22ans apres... ;-)

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Lammari Hafida · il y a
Un beau morceau poètique légende,chute bien réussie, bravo! Je vous invite à lire mon poème en finale < Voyage > en finale si le coeur vous en dit et merci!
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Anna Hoser · il y a
très beau texte plein de poésie, une victoire bien méritée :-)
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Jean Calbrix · il y a
Une belle histoire, joliment écrite, enjolivée par un conte profondément philosophique. La chute, comme dans toute bonne nouvelle, est des plus surprenantes. Bravo, Rouge-cœur. Vous avez mon vote... un peu tardif. Je suis déçu que le jury n'ait pas promu votre TTC en finale !
J'ai une nouvelle tragicomique en compétition été, ici : http://short-edition.com/oeuvre/nouvelle/la-societe-fait-un-carton Puisse-t-elle vous donner un agréable moment de lecture !

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Lulla Bell · il y a
C'est très joli ! Une belle légende comme le dit Fred, sans apitoiement. Vous écrivez bien ! Bravo et mon vote
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Justine Roux · il y a
Merci beaucoup !
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