Entre chien et loup

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Image de Hiver 2020

Cela se passait une fin d’après-midi en automne, Flore ne jouait pas souvent au tennis mais elle avait accepté d’accompagner Martha. Elles cheminaient toutes les deux le long du sentier, les petits cailloux roulaient doucement sous leurs pieds.
Le chemin serpentait entre quelques prairies, une fraîche humidité les faisait luire d’un vert printanier. Martha était en tête, suivie nonchalamment de Flore dont le pas trainant rythmait la marche silencieuse ; on entendait juste le frôlement de ses baskets rouges sur les cailloux.
— Alors tu avances ! s’impatientait Martha.
— C’est bon ! J’arrive ! lâcha mollement Flore, habituée à être un peu malmenée par sa meilleure camarade.
Elle se demandait comment elles avaient pu devenir amies, elles, si dissemblables. Martha au caractère bien trempé, délurée, toujours fière et peu discrète sous sa frange brune. C’était une fille qu’on remarque et Flore l’avait dès le premier jour de collège déjà repérée. Comment la manquer ? Elle riait tellement fort, bousculait les portes, parlait à tout le monde. Un fort caractère.... mais sociable. Matha s’était approchée d’elle :
– Salut, t’es nouvelle ? En répondant par la positive, un lien indéfectible s’était noué. On les voyait toujours ensemble rire et se promener jusqu’à ce jour d’avril où leur ballade les conduisait tout droit au tennis.

Il était au bout du sentier, le maillage de la clôture apparaissait dans une trouée d’arbres, et la masse rosée et dure du sol grossissait à vue d’œil. Le terrain était entouré d’un bois de fins arbres emmêlés comme un inextricable nœud que l’œil n’arriverait jamais à défaire.
— Un peu flippant comme endroit, non ? dit Flore.
— Pff !, n’importe quoi ! répondit l’autre en ouvrant la grille du tennis.
— Allez, en place camarade !
Et Martha bondit par-dessus le filet pour se placer raquette en main du côté opposé à la porte. Flore lança la première balle. Sautant, courant, se démenant, chacune pour renvoyer l’objet jaune et charnu. Les balles s’enchainaient et les filles bondissaient d’un côté à l’autre.

Absorbées par leur jeu elles ne remarquèrent pas que la lumière commençait à décliner. Les ombres des hêtres et des bouleaux s’allongeaient de plus en plus sur le sol comme des langues géantes et molles qui leur léchaient les pieds. Cela faisait virer le rose du terrain au grisâtre, avec des légers reflets mordorés. Un coup plus fort expédia une des balles loin par-dessus le grillage.

La balle n’était plus visible, enfouie dans la verdure au pied des arbres.
— Tu vas la chercher tu es plus près !
Flore avait bien reçu le message mais ne bougeait pas, elle regardait les
plantes longilignes qui masquaient le soleil descendant. La lumière devenait rougeâtre et déchiquetait les branches en mille ramures.
— T’as peur du loup ? ironisa sa copine.
Un tremblement nerveux trahissait le stress de Flore. Les feuillages, cette masse sombre et lugubre aspirait son regard. Évidemment, c’est stupide, juste une appréhension débile, et elle se dirigea vers le bois, ayant vaguement repéré où la balle était tombée.
Elle ne l’avait pas perçu de loin mais une odeur d’humidité et de feuilles en décomposition se dégageait des sous-bois, le moindre crissement la faisait sursauter mais elle avançait, doucement.
— Tu vas te faire bouffer !
Flore scrutait le sol, et faisait un effort infini pour ne pas déranger ce tapis de végétaux morts. Ses yeux cherchaient désespérément de tous côtés. Et toujours cette entêtante odeur de mousse.
Ah, ça y est ! la voilà cette balle, nichée sous les ronces.
Au moment où Flore saisit l’objet, un gros craquement se fit entendre. Un bruit sec et quelques pas précipités et lourds s’éloignant dans la direction opposée.
La fuite ! Courir ! Courir !
Enjambant les plantes, slalomant entre les troncs, la jeune fille fendait l’air à perdre haleine. Les branchages comme de minuscules griffes, s’accrochaient à son blouson contrariant sa trajectoire. Mais elle balayait cet obstacle par une course effrénée et arriva essoufflée et hagarde près de sa copine :
— Il y a quelqu’un... ou quelque chose…
— Un rat ou un oiseau !
— Non, c’était grand et noir ! reprit la première.

Les deux filles observaient le bois qui ondulait doucement avec le vent, quelques feuilles voletaient. La lumière d’automne maintenant baissait de plus belle et répandait ses rayons violacés sur toute la nature. Mine de rien, il faisait beau, l’air était calme et doux. Les craintes se dissipèrent donc, peut-être que Flore avait mal vu.
— Allez, on reprend la partie, on a encore le temps de faire quelques balles ! dit Martha.
Les deux joueuses reprirent les échanges mais au bout de quelques minutes la balle se retrouva de nouveau hors du terrain,
Cette fois-ci c’est Martha qui s’enfonçait dans les bois, sa silhouette filait entre les arbres, et les rayons de soleil s’interrompaient de façon intermittente au passage de la jeune fille. L’effet cinétique dura quelques temps. Son ombre se déplaçait de loin en loin. La silhouette disparut derrière les branchages... puis... plus rien.

.........................................

Flore avait attendu un long moment pensant à une farce et ce n’est qu’après une bonne demi-heure et la nuit presque tombée qu’elle avait donné l’alerte. S’en était suivi un ballet d’hommes en uniforme et de lampes de poche. La police avait fouillé tout le bois, retourné toutes les mousses, examiné tous les bosquets, rien, pas une trace.
Elle avait une intuition profonde au fond d’elle-même, inscrite dorénavant et tatouée dans sa chaire : vivre ou mourir, à quoi cela tient ?
Les contes étaient pleins de ces histoires-là. Elle se sentait comment une souris que le chat aurait laissée fuir, uniquement par caprice.
Le commissaire et ses collègues cherchaient une explication plus rationnelle, ils perdaient leurs temps, c’était certain.

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Eric diokel Ngom · il y a
Un plaisir de découvrir ta page . Beaucoup de texte intessant. Des récit Original rt bien structuré .. en tant que débutant je suis admiratif .. merci de consulter mon œuvre en lice au prix jeune écriture.. votre avis me permettra de m'améliorer ... Voter si sa vous tente ....
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De margotin · il y a
Mon voteBonjour à vous!
Je vous invite à découvrir et à soutenir Nilie au concours du Prince oublié. Merci beaucoup

https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/nilie-3

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Hervé Poudat · il y a
En lisant ce texte, j'ai ressenti une forte odeur d'humidité dans la pièce et mon bureau s'est couvert de mousse. Un plaisir des sens *****
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-maitre-des-histoires

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Atoutva · il y a
Beaucoup de suspens et au lecteur de continuer l'enquête ; ce qui n'est pas déplaisant. Une bonne histoire, en somme. Et toutes mes voix.
Disparition pour disparition, si vous avez le temps https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/la-folle-soiree-d-yves-tardinet

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Virgo34 · il y a
Mes 5 voix pour ce texte qui tient le lecteur en haleine jusqu'à la chute.
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jusyfa *** Julien · il y a
Bonsoir Sophie, dernier jour demain pour ce texte en finale, si cela vous tente :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/et-on-dit-que-l-alcool-tue-lentement
merci.
Julien

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jusyfa *** Julien · il y a
Votre belle écriture m'a emmené dans un suspens bien orchestré jusqu'à me planter devant une série d'interrogations, bravo pour ce très bon texte, je vous découvre et je m'abonne à votre page. *****
Julien.
Seulement si cela vous tente :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/et-on-dit-que-l-alcool-tue-lentement

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JACB · il y a
Qui du chien ou du loup? Qui ou quoi dans ce paysage ? Flore at-elle ce versant sombre qui fait un jour basculer ? Voilà je vous ai lu(e) et je me retrouve avec un paquet de questions sur les bras parce que dans les contes y'a toujours un ogre ou une sorcière qui détient la réponse !!! Bien joué Sophie ( des petites coquilles: tatouée dans sa CHAIR ; elle se sentait COMME une souris) Bonne chance.
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Yann Olivier · il y a
Mes.voix !
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Marie Kléber · il y a
Le mystère reste entier. Et le suspense est bien mené. On tremble...
Mes voix pour votre texte

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