Enfant de la route et du vent

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Image de 2016
Les premiers rayons de soleil percent ta toile de tente et te réchauffent doucement le visage. C’est l’heure de se réveiller, petit voyageur. Tu replis ta tente, ton sac de couchage, tes affaires en faisant cuire ton petit déjeuner. Tu dégustes tes nouilles à la tomate, perché sur un rocher, une vue imprenable sur la mer. Le vent t’ébouriffe les cheveux, et t’envoie du sable dans la bouche, dans les yeux. Et il n’y a personne, nulle part, pas même une habitation. Tu es SEUL. La solitude c’est ce que tu es venu chercher, non ? Parfois, elle te pèse, bien plus lourd que ton sac à dos, tu ferais n’importe quoi pour avoir un peu de compagnie. Mais souvent elle te procure ce sentiment de liberté, de pouvoir que tu n’avais jamais connu avant. Etre seul, complètement seul, c’est une sensation indescriptible. Une sensation authentique et puissante.
Tu as terminé ta gamelle et tu marches jusque qu’à la mer pour faire la vaisselle et te laver les dents. Tu frotte ta popote avec du sable et tu rinces. Tu as les mains glacées. Tu sens chaque grain de sable sous tes pieds nus et tu te concentres sur cette sensation délicieuse. Et puis, tu mets tes chaussures de rando et tu ajustes ton sac à dos. Il est temps de découvrir le monde. Il est temps de découvrir la vie. Alors tu marches. La veille, tu as soigneusement étudié la carte. A la lueur du feu, enroulé dans ta couverture de laine, tu as tracé le chemin que tu voulais suivre. Tu marches et tu savoures. Tu regardes le chemin, les cailloux, les brins d’herbe. Mais aussi la montagne, les oiseaux, la mer, le ciel. Le temps s’est arrêté pour toi, tu peux regarder le paysage, sans penser à rien d’autre. Malgré le poids écrasant de ton sac à dos, tu ne t’es jamais senti aussi léger. Libre. Vivant. Tu humes le parfum de la nature, la vrai, pas celle des parcs ou des forêts aménagées par l’Homme. Ici, rien n’a été transformé. Tout est tel que la nature la voulu. C’est elle qui règne en maître. Toi, tu es juste un invité sur sa propriété. Alors, tu te fais tout petit. Tu admires en silence son Œuvre magnifique et sauvage. Tu sais que parfois, la nature est violente. Tu te souviens, quand tu grelottais, emmitouflé dans ton sac de couchage, sous une pluie torrentielle. Quand ta tente a bien failli s’envoler à cause de la tempête ? Tu commences à connaitre la nature, ses coups de pute, ses colères. Mais tu l’aimes comme cela. Tu la trouve magnifique, même lorsque qu’elle devient dangereuse. Tu ne veux pas te battre contre elle. Tu veux subir ses humeurs, parce que tu sais qu’ensuite, tu auras le droit de savourer ses merveilles.
Tu t’es arrêté pour admirer le paysage. Tu es tout en haut d’une falaise. En dessous de toi, il y a la mer, les vagues qui se cassent contre les rochers. Et là-bas, à perte de vue, des montagnes qui flottent sur l’eau. Certaines ont le sommet mangé par les nuages, elles disparaissent dans une brume grise. Le décor est mystique. Et toi, tu es la, debout, ton K-way orange jure avec la perfection du paysage. Les larmes te viennent aux yeux. La beauté pure t’arrache des larmes. Le paysage se grave dans ton âme au fer rouge. C’est une sensation presque violente. C’est si beau que tu as mal. Tu restes la longtemps, longtemps. Le paysage te happe, tu ne peux t’en détacher. Tu repars finalement, un sentiment étrange qui flotte au-dessus de toi, comme un fantôme, un souvenir. Tu continues ta route.
Quelques fruits secs et une barre de céréales constituent ton repas du midi. Tu écoutes les oiseaux qui crient. Tu les regardes voler. Tu t’es allongé dans l’herbe, tu sens sa fraîcheur dans ta nuque et ton dos. Puis tu reprends ton sac à dos. Tu es épuisé. Ton dos te fait mal. Les muscles de tes jambes te brûlent. L’appel du voyage est plus fort que tout ça. C’est lui qui te guide, qui te pousse à continuer malgré la fatigue. Et puis, les merveilles à chaque tournant te rappellent la chance que tu as. Pendant que d’autres se traînent dans des bureaux ennuyeux, toi, tu vis. Loin du confort de ton lit et de ta maison, tu te heurtes de plein fouet à la vie sauvage. Tu ne t’es pas lavé depuis une semaine. Tu sens la terre, le sel et la transpiration. Tu retrouves ta véritable odeur, une odeur que les gels douches et les shampoings t’avaient fait oublier. Tu redécouvres ta nature. Tes limites. Tes instincts. Tu es toi. Toi c’est : des cheveux hirsutes, une barbe trop longue, des ongles noirs, des habits qui puent.
Un pré d’herbe moelleuse ponctuée de quelques rocher. C’est l’endroit parfait pour bivouaquer. La mer est à quelques mètres. Tu prends ta canne à pêche et te dirige vers la mer. Tu t’installes sur un rocher et tu lances ta ligne. Tu regardes la surface de l’eau qui est toute lisse. Tu écoutes le silence de la mer. Tu souris. Tu attends longtemps avant d’avoir ta première touche. La patience est une des nombreuses choses que tu as appris sur la route. La nourriture ne se trouve pas au supermarché ici. Elle se mérite. Tu finis par attraper un poisson. Un gros. Ton repas. Tu l’assommes. Tu allumes un feu sur la plage et tu vide le poisson. Tu le fais cuire sur les braises. Et tu le dégustes en regardant le soleil qui descend de plus en plus bas, qui illumine la mer de sa lumière orangée. Il finit par disparaître derrière elle. Alors, maintenant que le jour a laissé place à la nuit, tu regardes les étoiles. Le ciel est pur. Pas de pollution, pas de lumière. Tu n’as jamais vu d’étoiles aussi lumineuses. Elles dégagent une gentille lumière, un peu froide, venue d’un autre monde, d’une autre dimension. Tu penses à l’immensité de l’univers. A la folie des humains qui préfèrent regarder des programmes insipides à la télévision alors qu’ils n’ont qu’à ouvrir leur fenêtre pour avoir le plus beau des spectacles. Les étoiles partagent leur lumière sans compter. Elles sont d’une rare générosité. Tu regagnes ta tente le cœur heureux, léger, le corps un peu meurtri. Tu te roules dans ton sac de couchage et tu t’endors. Alors, tu rêves. Tu rêves de nature sauvage, et d’un enfant qui sème ses graines d’aventures et de voyages à travers les montagnes et les étoiles. Un enfant de la route et du vent.
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