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Enchères et en os

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Sangdrillon

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- « Adjugé, vendu » ! Annonça le Commissaire-priseur.

L’expression de joie se lisait sur le visage de Romain Carton ; même sa fossette au menton avait disparu sous son large sourire. Il venait d’acquérir un tableau de Maître d’une valeur inestimable, venant malgré tout d’être estimé !
Pourtant, ce n’était pas gagné d’avance.
Sans plus attendre, le soir même, il organisa une petite fête chez lui avec tous ses potes : Il y avait donc Patrick le Ténébreux, Jules l’intrépide, Edward le maladroit, Charlène sa petite copine du moment, d’une jalousie maladive et Pettone la courageuse qui ne trouvait jamais chaussures à son pied en ce qui concernait les garçons.
Toute cette fameuse équipe s’appréciait énormément et ne faisait jamais rien l’un sans l’autre.
La soirée se termina dans les bulles de champagne et l’allégresse qui allait avec.
Cependant, comme à chaque fois, le réveil fût douloureux...

John Freyer était rédacteur au journal « La presse parisienne » depuis 8 ans ; depuis quelques temps, aucun sujet ne l’avait fait frissonner et il n’avait pas grand-chose à se mettre sous la dent ; jusqu’à cette fameuse vente aux enchères où une nature-morte avait été vendu à un prix frôlant l’indécence.
Il rédigea un article si élogieux sur cette toile qu’il fût invité dans les médias et les radios les plus en vogue. John tenait aussi à rencontrer l’acquéreur de cette merveille. Le rendez-vous fût pris autour d’un café en plein centre de Paris. De fil en aiguilles, un lien fort se tissa entre les deux hommes et bientôt, ils ne se quittèrent plus. Romain emmenait de plus en plus souvent John aux enchères ;
A son grand étonnement, ce journaliste chevronné y prit goût et bientôt, les ventes n’eurent plus aucun secret pour lui.
On les surnommait désormais « Les inséparables ».

Tout ceci n’était pas sans conséquence, et Charlène, la petite amie de Romain ne voyait pas tout cela d’un très bon œil. Un soir, elle rentra dans une colère noire et du verre se brisa sur le sol, beaucoup de verre !

-« Tu ne vis plus que pour ton John et ses satanés tableaux ! Tu ne vois donc pas que je suis malheureuse, de plus en plus malheureuse ! ».
-«  Oh n’exagère pas, tu fais toujours un plat de tout et de rien ! » Rétorque Romain n’ayant pas pris apparemment toute la mesure de la situation.
-« Ecoutes, si tu me fais la promesse d’arrêter de voir John et de ne plus passer tes journées entières dans des salles d’enchères, alors notre couple aura peut-être la chance de survivre et nous pourrons recoller les morceaux, qu’en penses-tu » ?
-« J’en pense qu’il n’y a peut-être plus de morceaux à recoller ! » Répond Romain d’un ton froid voir distant.
Fin de l’histoire, Romain n’a plus jamais revu Charlène ni chercher à la contacter.

Dés le lendemain de cette mémorable dispute, Romain et John était déjà dans une nouvelle vente aux enchères.

-« Attention, qui dit mieux ? 1200 ici, 1300 par-là » Lança le commissaire-priseur.
Deux heures après, le marteau du commissaire tapa fermement contre son socle :

-« Adjugé à 470000 Euros aux inséparables ! ».

Romain et John étaient dans un tel état d’excitation !
Les voici acquéreurs d’un sublime tableau ancien, de la haute-époque avant l’impressionnisme ; ce tableau s’intitulait - Nature-morte en talon haut- ; un chef-d’œuvre tant par sa beauté envoûtante que par sa grâce naturelle. Cette toile était magistrale et d’une élégance rare ; on ne pouvait l’expliquer, elle était fascinante par le contraste qu’elle dégageait d’un clair-obscur incroyable.
Elle était l’œuvre d’un peintre Hollandais tourmenté par la mort de son épouse qu’il chérissait tant et qui était décédée dans des circonstances troubles ; l’entourage ainsi que la presse parlaient d’anorexie mentale et nerveuse ; elle ne se nourrissait plus du tout vers la fin de sa vie ; elle ne voulait que sentir les odeurs, des odeurs âcres le plus souvent.
Sur son lit de mort, son mari Hollandais avait crût percevoir un son de la bouche de son épouse, un son ressemblant à peu près au mot -Anima- sans que ni lui ni personne ne comprenne le sens de ce mot si énigmatique ; elle mourût dans d’atroces souffrances et son pauvre époux ne s’en est jamais totalement remis ; il se suicida quelques mois après avoir achevé cette toile, l’œuvre de toute sa vie disait-on.

Les « inséparables » n’étaient pas peu fiers de cette acquisition !

John tenait absolument à conserver cette toile chez lui, Romain n’y voyait aucun inconvénient ; mais John n’imaginait pas encore que cette nature-morte allait changer sa vie à jamais. Désormais, il ne pouvait s’empêcher de fixer cette toile des heures durant ; elle l’hypnotisait et le troublait au plus haut point ; il ne voulait même plus aller boire un coup avec ses potes après son boulot ; il rentrait directement chez lui.

Ce tableau était comme une drogue ; Romain avait remarqué un changement significatif dans le caractère de John et ce, depuis l’acquisition de cette toile ; cette peinture dégageait vraiment quelque chose de malsain, de dérangeant voir d’obsédant.
John d’habitude si enjoué, avec toujours des projets pleins la tête et une soif d’apprendre en toutes circonstances se transforma en un homme taciturne.
Il n’avait plus d’intérêt pour quoi que ce soit, à part ce maudit tableau.
Son caractère était devenu exécrable, autant qu’irascible et imprévisible ; Romain s’inquiétait beaucoup pour son ami.
Une semaine après l’avoir accroché, John n’arrivait plus à dormir ; dés qu’il s’approchait de cette nature - morte (Représentant un escarpin noir avec une rose rouge posée délicatement à l’intérieur) , il y avait comme une odeur de sang qui s’en dégageait, lui donnant presqu’à chaque fois la nausée.
Lui qui avait un appétit d’ogre, Il ne mangeait plus et n’avait plus que les os sur la peau.
Un matin de février, le 14 plus exactement, là où les amoureux devrait s’aimer à la folie, Romain retrouva John, mort, allongé au pied de son lit avec un mot étrange gravé sur son front, le mot : -Anima- ;
Bons nombres d’acquéreur ont eu ce tableau en leur possession par la suite ; ils sont tous morts de la même façon, un 14 février et ils étaient tous de gros mangeurs !
Romain ne s’en ai jamais remis et à déménagé.
L’Inspecteur Callington s’occupa de cette affaire pendant de longues années ; il en est devenu fou et s’est suicidé après des années d’enquête infructueuse.
Des années durant, bons nombres d’autres enquêteurs ont été mis sur cette affaire ; ils ont tous eu en leur possession les notes de l’Inspecteur Callington.
Sur son petit carnet cher à son cœur, on pouvait y lire le mot -Anima- ainsi que sa définition pour le moins troublante, au vu des circonstances :
« Anima » est un nom latin qui signifie le souffle et l’âme, l’anima est la représentation féminine au sein de l’imaginaire de l’homme ;

Serait-ce l’âme et le souffle de cette femme, l’épouse du peintre qui a pris possession de cette toile ?
Serait-ce une vengeance envers son mari qui n’a pas pût la sauver ?
Où serait le diable qui visiblement a envahi la toile ?
Toutes ses questions, l’Inspecteur n’a pas cessé de se les poser ; ses interrogations l’ont tourmenté jusqu’à la fin de sa vie.
En marqueur rouge, sur son calepin dont il ne se séparait jamais, l’Inspecteur Callington avait noté en caractère gras :

Qui que vous soyez, faites attention, une œuvre peut en cacher une autre !
Qui a dit que L’ART était inoffensif ?

PRIX

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Vavaflo · il y a
pour de l' art, ça c' est un polard ! félicitation et longue continuation
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Sangdrillon · il y a
Merci VAVAFLO, je crois savoir qui tu es, et ton commentaire est adorable ! Merciiii beaucoup ! Sangdriilon :) :)
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Sangdrillon · il y a
Pardon Aurélien, je viens de voir que tu avais voté, mes excuses. Bonne fin de week-end. Sangdrillon :) :)
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Sangdrillon · il y a
Merci beaucoup Aurélien, c'est super ce que vous m'avez marqué ! Je suis très touchée, et honnêtement des personnes comme vous me donne envie de me surpasser et de persévérer dans ma passion ! Merci beaucoup. Je n'hésiterais pas à aller lire gu-air-de-sang. Tu n'as pas voté ? Bizzz !... Sangdrillon :) :)
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Aurélien Azam · il y a
Comme le disait Georges Braque, l'Art est fait "pour troubler", mais dans ce texte c'est plus que du trouble, c'est une folie collective ! :o
J'ai bien aimé ton texte, Sangdrillon, on se laisse porter par ta jolie écriture pour découvrir le mystère de ce tableau et de l' "anima" !
Si tu le souhaites, n'hésite pas à lire "Gu'Air de Sang", également en compétition !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/gu-air-de-sang

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Sangdrillon · il y a
Merci Stef de ce joli compliment et commentaire, j'en reste sans voix. Merci de tout mon cœur !!! Sangdrillon si heureuse et motiver pour continuer :) :)
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Stéphanie Panycz Bouzat · il y a
Tu es merveilleuse, tes polars retiennent notre haleine jusqu'au bout....
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Topscher Nelly · il y a
Excellent texte. Mes voix
Mon texte vous plaira peut-être?

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JACB · il y a
En tout cas si la question se pose vous avez l'ART d'en écrire les raisons Sangdrillon...et ce n'est pas un conte ! Mes votes.
Viendriez-vous sur ma page à la rencontre de Miss Psycott ?.

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Sangdrillon · il y a
Merciii infiniment Patricia !! Ton commentaire est très beau et très touchant, cela me va droit au cœur !!!!! Je te fais de gros bisous. Très joli week-end. A bientôt Patricia. :) :) Sangdrillon :) :)
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Patricia Laurent · il y a
Formidable, talentueuse.
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