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La journée avait bien commencé à la brigade criminelle, pas l’ombre d’un meurtre à l’horizon, d’ailleurs ça faisait déjà des mois et des mois que tout était calme, trop calme, bien trop calme, comme si la ville avait été saisie d’une crise de pacifisme aiguë, comme si toute violence avait été mystérieusement éradiquée des rues. En fait, en un mot comme en cent : « on se faisait chier ».
Puis, d’un coup, en fin de matinée, ça s’est précipité, ça s’est accumulé comme un accès soudain de rage après une longue, trop longue, accalmie.
Les homicides s’enchaînèrent frénétiquement ; une femme fut étranglée à proximité de son domicile, un épicier avait été poignardé alors qu’il rouvrait sa boutique. À la sortie d’un restaurant un couple fut percuté par une automobile volée qu’on retrouva abandonnée un peu plus loin. Une prostituée fut trouvée inerte, battue à mort, dans la chambre de l’hôtel borgne où elle faisait ses passes. Ici et là, des enfants échouèrent à rentrer sains et saufs de l’école, on ramassa leurs cadavres dans quelques poubelles... rien ne semblait relier ces crimes d’aspect aléatoire et chaotique sinon leur proximité dans le temps et l’espace, ainsi qu’une absence quasi miraculeuse de témoins.
J’eus cependant ma petite idée et entamai la filature...
Et très vite ce que je supputais se confirma ; après l’avoir suivi tout au plus une demi-heure, je pris en flagrant délit de tentative de meurtre à coup de barre de fer sur la personne d’une dame âgée revenant du supermarché, mon collègue l’inspecteur Justin lui-même. Je lui passai illico les menottes avant qu’il n’ait achevé la vieille, et l’emmenai au poste.
Cela n’avait pas été très difficile à comprendre ; Justin, à chaque fois, avait été le premier sur les lieux des crimes où il faisait montre d’un zèle fébrile confinant à la folie pour résoudre les enquêtes ; c’était louche. Je m’étais contenté de le surveiller du plus près possible avec d’autant plus de discrétion qu’il connaissait nos méthodes.
Il avoua aussitôt l’ensemble des crimes sans qu’il fût nécessaire de le travailler au corps. Pour expliquer ses méfaits, il raconta que cette inactivité prolongée, à laquelle s’ajoutait la crainte angoissante du chômage si ça continuait, l’avait rendu dingue, criminellement dingue. Il avait donc tué tout ces gens, au hasard de ses déambulations en choisissant les moments propices, pour tromper un ennui devenu insupportable, mortel.
Un calme assourdissant retomba avec la nuit... jusqu’à quand ?
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