En montgolfière, ça te plairait ?

il y a
1 min
10
lectures
3

Peintures, Dessins, Textes, de l'inspiration à la création. Michel LAURENT-DREUX peint croque chantonne. Michèle - SAM crayonne chantonne écrit. La Nature leur prête ses ailes. Depuis l'île de  [+]

En montgolfière, ça te plairait ?
Surprise, elle se retourne. Personne, évidemment !
Depuis quelque temps, elle entend des voix... Sa voix ! Le trop plein de chagrin en serait la cause, diagnostique-t-elle en thérapeute assumée. Elle reprend sa marche pensive habituelle après son repas frugal de midi au Jardin des plantes, en face l’hôpital.
Comme il lui manque ! Comment peut-elle encore vivre ? Vivre sans toi, mon amour... disait la pub de la Sécurité routière. Que ne l’avait-il écoutée, le chauffard, au lieu de s’aller fracasser sur ton vélo au petit matin, de ceux que tu aimais tant pour commencer la journée en forme !
Et en montgolfière, ça te plairait ? Cette fois, l’hallucination est probante.
Là-haut, il s’impatientait. Il avait reçu l’autorisation de sortie pour quelques heures terrestres, non pour l’éternité ! Encore une fois, elle était en retard ! Ô amour, retourne-toi ! Regarde-moi ! Lève les yeux !
Oui ! C’est bien ! Plus haut, encore plus haut ! Là, sur ce petit nuage flottant ! Tu y es presque ! Accommode encore ! Encore ! Encore, s’il te plait !
Là ! Cette fois ça y est. Tu me vois ? Tu me reconnais ?
Tétanisée par la similitude de voix, elle se retourne d’un bloc. Sa tête, marbre devenue, pourtant se redresse, se redresse, soulevée poussée par elle ne sait quelle force incommensurable. Et là, là, là-haut... tout petit... assis sur un nuage, ses jambes flottant drôlement dans le vide... flottant drôlement dans le vide... Elle se répète les mots, ces mots, ses mots... Vide... flottant... montgolfière...
Soudain, elle s’écroule, vaincue.
Une ambulance arrive très vite, ramasse le corps désarticulé, si léger, comme creux.
Comment l’infirmier aurait-il eu l’idée de regarder vers le ciel ? vers cette montgolfière arlequin dont on percevait encore deux minces silhouettes : un buste de jeune femme à la tête penchée, le bras tendu dans le vide. Dans le vide ? Regarde bien ! Accommode, toi aussi ! ! Ne vois-tu pas ce nuage dodu qui se déplace, accolé à l’engin ? Ne sens-tu pas ces mains qui se tendent, se cherchent, se rejoignent ? Se raccrochent, s’étreignent, se tirent ? Ce corps qui bondit dans le panier ? Ces têtes qui se touchent, se soudent, se baisent ? Ces bras qui enlacent, bercent, câlinent ?
Ça y est, elle revient à elle !
Mais une part d’elle-même est restée dans la montgolfière vide qui monte, monte, monte... et son regard jamais plus ne fixera le sol.
3

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,