2
min

En cage

Image de Momo

Momo

0 lecture

0

Les gouttes perlent sur le visage de Jans Goldman. Le jeune homme subit aujourd’hui plus qu’un autre jour, la chaleur insoutenable qui frappe l’Allemagne depuis quelques semaines. Cette boule de feu, qui trône fièrement au milieu du ciel assèche et assoiffe les corps, les met à rude épreuve. Pour Jans, c’en est trop. La fièvre, le manque de sommeil, la fatigue, ajoutés à cette chaleur, vont finir par l’achever. Et sous ce toit de fortune, constitué majoritairement de tôle en acier galvanisé, la température explose sous l’effet des rayons du soleil. Bien que les fenêtres, barrées de deux épais barreaux de fer noir, soient ouvertes, aucune fraicheur ne parvient à pénétrer. Au contraire, l’air se fait de plus en plus étouffant. Jans est au plus mal. Dans sa chemise bleu azur, bientôt trempée par sa sueur, il pâlit à vue d’œil. Autour de lui, on semble compatir. Même si les conditions sont les mêmes pour tout le monde, Jans à l’air d’être le plus mal en point. Mais à la différence de ses compagnons d’infortune, il est le seul à ne pas être accompagné d’un proche. Effectivement il y a cet enfant, pris de quintes de toux incessantes, entouré par son père et sa mère. Les parents ont le regard vide. Silencieux, ils semblent loin d’ici. Il y a aussi cette grande femme brune, squelettique, accompagnée de celui qui doit être son mari, ou du moins un proche parent. Leurs visages sont marqués. Et enfin, il y a un couple d’octogénaire, dans la force de l’âge. On sent qu’ils ont forgé leur amour tout au long d’une vie faite d’épreuve. Et aujourd’hui, pour eux, plus rien n’a d’importance. Tous peuvent compter sur un autre. Jans, lui, n’a aucune main à tenir, aucune épaule sur laquelle s’appuyer. Il ressent aujourd’hui plus qu’un autre jour cette lourde solitude. Le silence est pesant. Personne ne se parle mais aucun n’est dupe. Tous savent ce qui ne va pas. Et chacun s’est déjà fait une opinion sur l’autre durant ces longues minutes d’attente qui les mèneront tous au même endroit, mais pas au même moment. S’observant, s’imaginant quelle vie chacun a menée, se demandant d’où chacun vient. La peur, discrète et silencieuse, ne rode pas très loin d’ici. Tout le monde est dans l’expectative, dans l’attente du dessein qui sera le leur. Jans pense à sa fille qu’il n’a pas vu depuis bien longtemps. Elle lui manque. Soudain, des bruits de pas se font entendre. Le parquet craque si fort, qu’on se demande s’il ne va pas céder brutalement. La porte s’ouvre, grinçante. Cela parait durer des minutes entières. Une silhouette blonde apparait dans l’ombre de la porte. Tous semblent surpris, alors même qu’ils savent bien que cela doit arriver. C’est peut-être le timing qui étonne, plus que la forme. Soit. Il est temps d’entendre la sentence. « -Monsieur Goldman, c’est à votre tour. Le docteur vous attend dans son cabinet. »
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,