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En attendant, j'ai dessiné quelques mots

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J’avais dit que je laissais un soi-disant Livre de Raison pour me consacrer à la rédaction d’une Nouvelles. Je n’écrivis point de Nouvelles, exception faite des quelques lignes ici-bas qui vous importuneront certainement. En outre, lorsque je voulus mettre en chantier la Nouvelle à laquelle je songeais, j’eus l’idée d’écrire un nouveau roman. Vous vous récrierez, certes : ça n’a aucun rapport et encore faut-il qu’il vaille quelque chose !
En attendant, entre deux paragraphes, je me suis mis à dessiner ces quelques mots.
« Je t’aime, tout est dit, feu de pensée de mon esprit ; où êtes-vous, femme de mon tourment, auprès de vous se trouve l’élan, mon regard inconvenant à la femme, à la chaleur dont ma nature est toute pénétrée.
« Même mon chien est joyeux sur l’herbe, l’horizon resplendit, le vent court, des fleurs plein le gazon, des chants, des chants et des chants encore ; tout cela chante, rit, aime, inonde l’aurore, ma raison me dit : “je veux une aube dorée, qui part du Ciel et s’offre à Marcelle.”
« Je te supporte depuis quelques jours, quelques mois. Mon amour pour toi, pourtant, est tel que ces moments sont durs. Tu ne sais plus aimer comme auparavant, parce que tu en aimes trop un autre, plus esthétiquement beau, sans doute, mais qui ne semble pas pénétrer ton cœur comme il le faudrait.
« Tu as beau protesté du contraire, je te connais si bien ! Après toutes ces années, ta volonté ne suffit point Le pauvre, là-dessus, l’accord est unanime, souvent vole le riche. De son côté, le riche, en vérité, peut donc bien voler le pauvre ? Le pauvre ne s’en doute pas, triste engeance ignorante.
« Écoute et songe. Hier, j’ai touché de ma retraite une somme dérisoire, et je tire un euro de mon pantalon. Le voici. Maintenant, je demande à qui est cet euro : est-il à moi, le pauvre, est-il à moi, le riche, à moi le maître ?
« Il est si peu mien, que si, par la fenêtre, je le jette aux ordures, je le vole. À qui donc ? Aux pauvres. Oui. Quiconque en notre monde sans fond, plein de fièvres, de soifs et de faims innombrables perd ce qu’il peut donner et le donne aux misérables ?
« Qui souffre attend, et c’est un droit que le malheur, le prendre est, tout comme l’aveux, voleur. Car avoir, c’est devoir ; car celui qui dissipe ou thésaurise fait une plaie aux principes car, ayant tout, il a commis, entends-tu bien, l’affreux crime d’avoir volé ceux qui n’ont rien.
« Mes amis, qui veut donner de la joie ? Moi, toi, vous. Et bien, donnons tous, donnons aux pauvres de chez nous, le soir, de peur qu’on ne nous surprenne. Le pauvre, en pleurs sur le chemin ou sur son lit misérable, affamé, tremblant, incurable, est l’essayeur du cœur humain. Qui le repousse est morne, qui l’assiste s’en va content ; ce vieux bonhomme humble et tremblant, ce cadavre auquel on donne.
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