Embrase-moi encore !

il y a
2 min
152
lectures
10
Qualifié
— Tu es à l’heure !
Bien sûr que je suis à l’heure ! Le premier jour de ma nouvelle vie, il ne manquerait plus que j’en rate une seule seconde... Je me suis acheté une très jolie robe, une occasion comme ça, ça se fête, je suis allée chez le coiffeur, le total look nouvelle vie.
— Tu n’as rien oublié ?
Rien, mon homme, rien ! Pour le lui prouver, j’exhibe mon passeport avec un sourire crâne.
— Et les enfants ?
— Chez ma sœur, j’ai promis de leur rapporter un cadeau à chacun. Je sais déjà quoi...
— Tu es parfaite, tu penses à tout.
De la tendresse dans ses yeux... Il me détaille de la tête aux pieds, se dandine comme un débutant, replace une mèche de cheveux. Il n’ose pas me toucher. Pourtant, je trouve que les lieux publics autorisent toutes les audaces. Tous les mots , tous les gestes nous sont permis, ou presque. Tout est possible maintenant, je rayonne.
— Ca va aller ? Tu n’auras pas de regrets ?
— Pas le moindre !
Et là, à nouveau, le truc magique opère : il m’émeut, il est beau, viril et attendrissant, maladroit. Son air penché me touche, il m’amuse. Je vais encore le choquer :
— Embrasse- moi.
Il rougirait s’il avait dix ans.
— Quoi ?
— Embrasse-moi , roule- moi une pelle, un gadin, une galoche. Tu sais, tu mets ta langue dans ma bouche et tu la bouges...
— Tu es incroyable ! Tu te rends compte ?
J’adore cette vulnérabilité, son côté effarouché. Mais je ne céderai pas d’un pouce, je l’aurai, mon baiser pour nous tout seuls, ma petite planète intime, juste cet homme et moi...
— Allez, mon Bon Monsieur, juste un petit palot devant les badauds. Pour marquer d’une pierre blanche cette inoubliable journée...
— Tu es la reine des perverses...
Ha ! Quand il commence à commenter mon impudence, c’est le signe de sa reddition. J’ai vaincu ses réticences de beau gars bien élevé.
— Dis- moi encore que je suis la femme la plus bandante que tu...
— Arrête !
Mais je l’entoure de mes bras, je serre son cou de taureau et l’oblige à se pencher. Je sais déjà que j’ai gagné ! Mon homme, je t’ai, je t’ai eu ! Sa grande bouche entoure ma bouche, il me fait le baiser-qui-engloutit, un truc qui marche à tous les coups. C’est celui que je préfère, ça tombe bien. Un magnifique et profond baiser. Un baiser qui mérite d’être verbe à force d’indécence. C’est bien baiser qu’on fait et plus seulement une jolie chose glissante.
Il continuerait bien, cet animal sensuel, d’entrepris il devient entreprenant. Quelle journée, quel embrassade, quel embrasement ! Mais trêve de pousse-au-lit, je clos d’un petit bisou mouillé. Poc.
Il reprend ses esprits, il m’a donné tout ce qu’il pouvait. Merci mon chéri, viril et généreux, merci pour la force que tu m’as envoyé et dont je vais avoir besoin à l’avenir.
Il est étonné de ce qu’il a osé. C’est moi qui parle en premier :
— C’est à nous, je crois.
— Oui, allons-y.
C’est d’une main commune et affermie que nous poussons la porte du juge aux affaires familiales, une porte sur laquelle est notifié : « Divorces ».

10

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Très très courts

Ma vie de basket

Soizig

Née en RPC, République populaire de Chine, j’ai très vite quitté l’usine qui tournait à plein régime pour un voyage en bateau à faire froid dans le dos. Dans mon caisson métallique ... [+]