ÉMANCIPATION

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Je tronçonnais tranquillement papa et maman dans l’établi au fond du jardin. Voilà, j’étais enfin parvenu à exprimer ce que je voulais leur dire depuis dix-huit ans. J’avais employé la manière forte, il est vrai, mais quand à utiliser un couteau, berniques, comme maman me le disait toujours, je ne sais rien faire de mes mains. Hem... Un point qu’il me tardait de vérifier, désormais.

Mon psychiatre avait bien raison, ça m'avait soulagé, mais il m’avait également prévenu, ce n’était pas la fin des problèmes, j’allais juste disposer enfin de tous mes moyens pour les affronter. À commencer par le ménage monstrueux qui m’attendait.

On sonna. Je n’étais pas présentable, avec ce sang partout et ces morceaux inidentifiés qui me collaient aux cheveux, néanmoins je suis retourné dans la maison, et j’ai demandé de loin :
- Qui c’est ?
- La compagnie d’assurance Sturm and Drang, m’a t-on répondu, j’ai remarqué quelque chose dont j’aimerais vous parler.
- Entrez donc et laissez moi cinq minutes pour me débarbouiller. Installez-vous dans la cuisine, vous m’en parlerez à travers la porte de la salle de bains.
- A votre service, monsieur.

L’urbanité est une chose rare, j’étais bien disposé envers cet homme.
- Alors ? demande-je haut et fort sous la douche.
- Je passais devant votre maison, et j’ai cru entendre que vous coupiez du bois, monsieur.
- Hé bien, il s’agissait en fait de mon père et ma mère que j’équarrissais.
- Ah ah ! Mais dites-moi, savez-vous le nombre d’accidents causés par des tronçonneuses chaque année ? Deux cent, monsieur. La semaine dernière, j’ai traité le dossier d’un homme dont l’engin a rebondi sur un grillage, et qui s’est trouvé la face fendue en deux. Son épouse n’a pas même eu le secours d’une assurance sur les accidents de la vie.
- Une assurance, dites-vous, mais c’est que je suis célibataire. Je viens à peine de quitter ma mère, ah ah !
- Ah ah ! Mais êtes-vous garanti contre les dommages, les invalidités, partielles ou totales, qui pourraient résulter de vos activités domestiques ? Monsieur est bricoleur ?
- Pas du tout. Mais je compte m’y mettre.
En peignoir, je suis alors sorti de la salle de bain.
- Tenez, posez votre main sur la table, lui ai-je dit

J’ai saisi un couteau et lui ai planté dans la main. Il en eut le souffle coupé. Il me restait à lui trancher la gorge et à l’installer tête en bas sur la table de la cuisine, pour récupérer le sang dans des seaux. Ce qui fut fait avec un minimum de perte. Ensuite, à l’aide d’une encyclopédie médicale qui datait de Pasteur, j’ai découpé tout ça avec une facilité surprenante.

Constat : les travaux manuels ne m’étaient pas inaccessibles. Un avenir radieux s’ouvrait à moi.

Alors j’ai pris rendez-vous avec mon psychiatre, pour mettre fin à ma thérapie.
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Jeanne en B · il y a
Hé ben... qu'est-il advenu du psychiatre ? :-)
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Valdemar Belloc · il y a
Tout ça va mal finir, j'en ai peur... :-)
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Renise Charles · il y a
Ça aurait pu être pire... :-))) Merci pour ce sanguinolent divertissement.

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