Eloge des lieux d'aisance

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Depuis L'océan indien ma prose voyage du battant des lames au sommet des montagnes et je me souviens de mes vies antérieures  [+]

D’abord déféquer, ensuite vaquer à ses occupations.
Une journée sans déféquer est une journée gâchée. (Le livre des petits coins)

Au Japon, tout à beaucoup d’importance : déféquer, boire du thé, prendre un bain et mourir en toute dignité.
Junichirô Tanizaki, l’immense écrivain japonais a toute sa vie exploré l’empire des sens, les zones voluptueuses et troubles du désir humain, l’inextricable lien de la jouissance et de la souffrance. Il ne s’est pas attaché à saisir seulement l’épaisseur des choses, la complexité des sentiments et des pulsions, mais à capter aussi «  le halo des choses ». Cette subtilité de l’esprit et de la matière qu’on retrouve chez certains peintres. C’est pour cette raison qu’il faut lire Eloge de l’ombre. Pour Tanizaki, l’ombre est lumière et l’élément chromatique s‘émousse et se dilue. Dans Eloge de l’ombre la notion de «  blanc lumineux », de «  clarté éblouissante » se charge d’une valeur négative qui va de paire avec un refus idéologique de l’occident. Ce « blanc hygiénique » bourgeois obsédé par la blancheur de son cadre de vie, éradiquant toute zone d’ombre. Tanizaki soutient que le carrelage blanc des salles de bain, ruine l’élégance et abolit le contact avec la nature.

Naturellement, «  les lieux d’aisance au japon sont conçus véritablement pour la paix de l’esprit et doivent toujours être à l’écart de l’habitation principale, ils sont disposés à l’abri d’un bosquet d’où vous parvient une odeur de vert feuillage et de mousse. Accroupi dans la pénombre, baigné dans une lumière douce, on éprouve une émotion qu’il est impossible de décrire. Au nombre des agréments de l’existence, le maitre Sôséki comptait, paraît-il, le fait d’aller chaque matin se soulager, tout en précisant que c’était une satisfaction d’ordre essentiellement physiologique. Lorsque je me trouve en pareil endroit, il me plait d’entendre tomber une pluie douce et régulière. Ces lieux conviennent au cri des insectes, au chant des oiseaux aux nuits de lune aussi. C’est l’endroit le mieux fait pour goûter cette mélancolie des choses en chacune des quatre saisons. Les anciens poètes ont du trouver là des thèmes innombrables. Nos ancêtres qui poétisaient toute chose, avaient réussi à transmuer en un lieu d’ultime bon goût l’endroit qui, de toute la demeure, devait par destination être le plus sordide. Comparé à l’attitude des occidentaux, qui décidèrent que le lieu était malpropre, infiniment plus sage est la notre, car nous avons pénétré là, en vérité, jusqu’à la moelle du raffinement.

Ainsi s’exprime Tanizaki dans Eloge de l’ombre.
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