Elles

il y a
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Difficile de parler de soi en toute objectivité ! Que dire ? J'aime la littérature et laisser libre cours à mes pensées, découvrir de nouvelles choses, de nouveaux horizons, bref , être curieuse  [+]

Image de Automne 2016
Elle était grande, mince, blonde et élancée, les yeux bleus, mais avait de tout petits seins. Et tant pis si la nature ne l’avait pas dotée d’une poitrine qui correspondait aux clichés, elle s’aimait comme elle était et, devant son miroir, se trouvait plutôt jolie.

Elle était brune, noire de peau, ronde avec de larges hanches mais elle avait des formes là où il le fallait et, malgré ces quelques kilos en trop, elle se trouvait belle et s’aimait comme cela.

Elle avait la peau cuivrée, des yeux bruns en amande et des cheveux raides, noirs de jais. Qu’importe si elle n’était pas très grande, elle s’aimait ainsi et savait qu’on la trouvait jolie.

Elles se croisaient tous les matins dans le bus n°6 direction Bellevue. Jamais elles ne se parlaient, ne se souriaient, osant à peine se regarder. Mais chacune disait de l’autre « qu’est-ce qu’elle est belle, qu’elle a de magnifiques cheveux frisés, de beaux cheveux blonds, que ses formes sont généreuses, quelle poitrine, ah !, ces chevilles fines et fragiles, et ses yeux bleus, étirés, qu’est-ce qu’elle mignonne, si petite à croquer ! »

Elle était grande, mince, blonde et élancée, les yeux bleus et trouvait quand même que ses seins étaient vraiment trop petits.

Elle était brune, noire de peau, ronde mais commençait à se dire que ses hanches étaient incontestablement trop larges.

Elle avait la peau cuivrée, des yeux bruns en amande et des cheveux noirs de jais mais décidément il lui manquait quelques centimètres.

Elles se croisaient comme tous les matins dans le bus n°6 direction Bellevue. Elles ne se parlaient toujours pas, ne se souriaient pas mais elles se regardaient à la dérobée. Chacune pensait de l’autre « elle parait malade avec sa peau diaphane, qu’elle a de grosses fesses et des cuisses énormes, ce ne doit pas être facile d’être si petite, comment se coiffer avec des cheveux aussi crépus, aussi raides, aussi filasses que ceux-là ! »

Elle était grande, mince, blonde et élancée, les yeux bleus et vraiment ne supportait plus ces deux œufs au plat risibles qui lui faisaient office de poitrine et la faisaient ressembler à une adolescente pré-pubère.

Elle était brune, noire de peau, ronde et ne pouvait plus voir en peinture ces kilos disgracieux, monstrueux qui faisaient d’elle une grosse vache.

Elle avait la peau cuivrée, des yeux bruns en amande et des cheveux noirs de jais et se demandait comment elle allait pouvoir endurer cette vie de naine, si ridiculement minuscule.

Un matin encore elles se croisèrent dans le bus n°6 direction Bellevue. Sans se parler ni se sourire elles se sont observées l’une l’autre longuement puis chacune se mit à crier à l’autre « tu t’es vu avec ton gros cul, toi la grande perche ferme-la, nabote, planche à pain, noiraude, Blanche-Neige, nain de jardin, bimbo ! »

Moi j’étais là, à les observer. Quand elles sont descendues j’ai redémarré et j’ai continué ma tournée, direction le terminus de Bellevue.

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Lange Rostre · il y a
Elles avaient toutes tord, car elles étaient toutes belles !..

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