Elle et lui

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L'écriture, à l'instar de la peinture ou de la sculpture, est une porte ouverte sur l'âme.Elle en soigne les tourments,elle en lisse les excés  [+]

Image de 2017
S'étaient ils rencontrés à cause de la moiteur de l'air, de cet été étouffant qui les avait conduits sur la place de ce village où se servait une paella géante.
Ne s'étaient ils pas plutôt trouvés, malgré eux, presque soudés l'un à l'autre sur le banc de la dernière table disponible, chacun tentant tant bien que mal de gérer une assiette débordante et un verre plastique trop fragile.
Il n'aurait su le dire tant les flashes de cette soirée se mélangeaient dans le clapotis de son souvenir. Il se souvenait de la blancheur de ses dents, de son sourire enjôleur, de sa petite robe à fleurs qui avait laissé entrevoir le grain de sa peau lorsqu'elle avait enjambé le banc. Amusés, un peu gênés, ils s'étaient retrouvés engoncés entre de robustes gaillards au verbe haut qui avaient tenté sans grand succès de leur concéder plus de place. Ils y avaient très vite renoncé arguant, en termes un peu grivois, vivement tancés par leurs compagnes, que les deux amoureux s'en accommoderaient bien.
Ils s'étaient ainsi retrouvés très proches, tant par le contact imposé de leurs épidermes que par leurs souffles conjugués sous le regard attendri des matrones. Ils n'avaient échangés que des regards fugaces, la respiration un peu courte, les gestes empruntés de ceux qui ne se sentaient pas à la bonne place au bon endroit.
Ils avaient, de concert, écourté le repas et s'étaient extirpé de leur gangue pour se retrouver enfin libres de leurs mouvements alors que débutait le son d'un accordéon accompagnant une chanteuse au grain mélancolique.
Spontanément, sans calcul, ils s’étaient retrouvés enlacés, baignés par une mélodie qui paraissait les porter sur la piste improvisée.
Et puis, il y avait eu cette sonnerie incongrue qui avait brisé le charme. Tout lui avait soudain paru terne alors qu’elle s’était retirée à l’écart pour échanger quelques mots avec son interlocuteur. Elle s’était excusée et ils s’étaient serré la main. Avant de disparaitre, elle s’était retournée, lui adressant un signe.
Songeur, il pensait à tout cela, remuant distraitement sa tasse de café. Il était revenu à plusieurs reprises dans le village pour acheter des cigarettes ou le journal, faire un loto ou un tiercé. Il se rendait aussi dans le supermarché tout proche dans l’espoir de l’apercevoir.
Pourquoi n’arrivait il pas à l’oublier. Leur entrevue avait été des plus brèves et leur rencontre ne relevait que de l’épiphénomène.
Il remuait distraitement sa tasse de café tout en détaillant l’affiche de la FDJ annonçant le grand prix du premier vendredi 13 de la nouvelle année.
Il sirota le fond de sa tasse, ramassa son trousseau de clés et quitta sa banquette.
-Bonjour, vous allez bien ?
Il la reconnut avant de la voir : son timbre de voix, les effluves de son parfum, les vibrations qu’elle dégageait. Il plongea dans son regard, retrouva son sourire charmeur, l’ourlet délicat de ses oreilles...
-Je vous présente ma sœur, c’est elle qui m’a appelé le soir où...
Il l’écoutait sans l’entendre
-...venues pour jouer...
Elle se tut bientôt, gênée par l’intensité de son regard , troublée par les messages subliminaux qu’il lui adressait.
En parfaite communion, sans un mot, ils se rapprochèrent, s’enlacèrent, tremblants d’une émotion primale, se serrant l’un contre l’autre pour ne faire qu’un.
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