Elle est comme ça Nina

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Originaire de Provence. Je m'intéresse à l'humain, à ses doutes, ses peurs et ses désirs. Je lis un peu de tout, plutôt moderne, et pas de poèmes. Je publie surtout en art-libre  [+]

Image de Automne 2018
Elle était comme ça Nina. Vivante. Elle courrait partout, avec ses grands yeux ébahis qui rayonnaient la vie, et ses bouclettes blondes qui suivaient ses enjambées, comme des clochettes rappelant que ça pétillait sévère dans sa tête. Les enfants sont comme ça, ils bouillonnent, ils tourbillonnent. De petites tempêtes qui viennent un peu secouer les cœurs vieillis, faire tomber les feuilles mortes, et réveiller un printemps dans nos vieux os.
Elle était comme ça Nina, elle avait le sourire gros comme le cœur, et son regard en disait plus long encore. On y lisait l’innocence des premières années, et aussi cette obstination unique, celle qui est encore trop jeune pour s’être résignée. J’admirais ce subtil mélange de naïveté et de vérité brute, elle ne sort pas seulement de la bouche des enfants, elle émane de tout leur être.
Et puis Nina a grandi. Depuis son lit où elle tendait les mains dans les airs, avide du monde, sans même pouvoir encore le toucher. Ce jour où ses jambes l’ont enfin portée, le nez plongé dans de nouveaux territoires. Le salon, qui ne nous paraissait pas si vaste, regorgeait enfin de tous les trésors que nous n’avions pas su voir. Et puis, plus tard, Nina a mis un sac sur son dos et a franchi la porte, le monde s’est agrandi de plus belle, peint de nouveautés sur le tableau de la classe.

Elle est comme ça Nina. Elle a gardé la peur dans ses poches. Elle crie de son rire, et le monde s’en porte mieux. Chaque fois qu’elle s’élance, le vent de son passage vient vous remuer les idées. Volubile de ses rêves, la terre ferme n’est qu’un terrain de jeu, les véritables choses de la vie se passent là-haut, dans les nuages, ou parfois, même souvent, à l’intérieur des cœurs, sur le chemin d’un regard.
Un jour, sur le trajet de l’école, elle a trouvé une pièce de 2 €, dans la rue, au milieu des tables d’un bar délaissé. Un grand sourire a dessiné ses fossettes. Non pas que l’argent lui serve à quelque chose, elle est trop jeune pour s’en soucier. Ce qui l’a ravie, c’est avant tout la chance, ce sentiment précieux qu’il nous arrive quelque chose de rare, un accroc dans le chemin tout tracé, une fissure qui rend une journée unique.
Et cela lui suffisait. Que ce soit un signe, un miracle ou la simple loterie du hasard, Nina se régalait d’en être le témoin. Il en faut peu à un enfant pour s’émerveiller. Le reste n’avait pas d’importance. Alors, quelques mètres plus loin, elle a donné sa pièce à un mendiant. À ses yeux d’enfant, une véritable fortune. Personne ne l’a jamais su bien sûr, elle n’était pas du genre à le raconter, mais comme pour tout le reste j’étais là. À veiller.

Elle est comme ça Nina. Elle croit encore au monde et en les gens. Elle pouvait pas partir si tôt, si jeune. Pas pour un accident trop bête. Vous comprenez pourquoi j’ai agi ainsi non ? Je devais l’empêcher...
Elle courrait, comme toujours, c’est vrai qu’elle n’aurait pas dû, mais essayez donc d’infuser de la patience dans la tête d’une gamine si vive. De toute façon ce camion arrivait bien trop vite, vous m’enlèverez pas l’idée, c’est quand même près d’une école bon sang !
J’ai manqué de finesse, ça je vous l’accorde. C’était dans l’urgence, et puis j’ai pas tellement l’habitude de bousculer les choses chez les mortels moi. Mais le bougre s’en tire avec une simple fracture et quelques bagnoles déformées. Pour une première action sur Terre c’est pas si mal, vous croyez pas ? Je voulais juste qu’il l’évite, ma pauvre Nina, le dérapage c’était pas prévu.
Allez, soyez sympa l’Archange. J’ai jamais eu l’occasion de la tenir dans mes bras cette gamine. Mon arrière-petite-fille. Je me contente de la suivre depuis mon nuage. Vous pensez quand même pas que j’allais la laisser passer sous un poids-lourd, à son âge, plutôt aller en... Non rien, oubliez.
Je sais qu’on est pas censé intervenir en bas, mais regardez-la. Pour sûr, elle a pleuré, elle a eu la trouille de sa vie. Mais regardez-la. Elle rit, elle court, elle a même pris des nouvelles du chauffard. Chauffeur pardon.
Est-ce que laisser vivre un sourire d’enfant ne vaut pas de transgresser légèrement les règles ?

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