Elle attendait un colis...

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Marthe se sentait seule et abandonnée. Depuis la mort de son mari, elle s’enfermait dans son appartement et ne sortait pratiquement jamais de chez elle, ou seulement pour faire quelques courses en quête du minimum nécessaire. Rien ne semblait l’intéresser, et Jeanne, sa fille, se faisait du souci pour elle. Cette dernière s’inquiétait de la voir dans cet état.
Elle l’aurait bien prise avec elle, mais son appartement était trop exigu et son mari n’y tenait pas tant que ça. Ils cohabitaient déjà assez mal tous les deux et les frictions n’étaient pas rares entre eux.
Elle se contentait de venir la voir une ou deux fois par mois, restait deux ou trois jours, et la mort dans l’âme de devoir quitter sa mère s’en retournait chez elle par le dernier train.
Marthe sentait bien que Jeanne s’inquiétait pour elle, et voir les manifestations de sa douleur lui pesait encore plus que sa propre solitude. Alors elle imagina un stratagème pour leurrer sa fille.
Deux jours avant que celle-ci n’arrive, elle se rendit à la ville voisine, acheta un corsage à sa taille, dicta un mot à la vendeuse que cette dernière transcrivit sur une feuille de papier. Puis, elle empaqueta le corsage avec une enveloppe contenant le mot et se rendit sans attendre à la poste pour adresser le tout à elle-même en recommandé.
Ainsi fait, sa fille ne s’inquiéterait plus pour elle.
Et ce jour arriva. Jeanne et sa fille était ensemble lorsqu’arriva le colis. Marthe joua la surprise.
Elle ouvrit le paquet, étonné par ce qu’il contenait en retira le corsage et comme elle l’avait prévue la lettre dissimulée dans les plis de l’étoffe tomba à ses pieds. Elle la ramassa, l’ouvrit, lut machinalement les quelques mots inscrits sur la feuille qu’elle contenait puis elle escamota le tout dans une poche de son tablier.
Marthe ne fit aucune mention à sa fille.
Intriguée, Jeanne s’étonna même que sa mère ne s’ouvrit point à elle.
Elle commençait seulement en elle-même à se poser des questions, mais n’interrogea pas sa mère par crainte de se montrer trop intrusive. Sa mère n’était pas du genre à se commander quoi que ce soit. Qui pouvait donc lui envoyer ce colis ? Connaîtrait-elle quelqu’un ?
Et Jeanne passa la journée à se demander ce que cette lettre pouvait bien receler comme secret pour que sa mère restât à ce point silencieuse, mais elle se gardait bien de la questionner. Après tout cela ne la concernait pas.
Puis vint le soir. Marthe rangea son tablier comme elle en avait l’habitude à une patère derrière la porte de la cuisine et après avoir embrassé sa fille partit se coucher. Connaissant bien sa fille, elle se disait qu’ainsi celle-ci trouverait bien une occasion pour la lire.
Et comme elle l’avait prévu, Jeanne saisit immédiatement cette opportunité pour aller fouiller dans la poche du tablier pendu à la patère.
Se saisissant de l’enveloppe, elle l’ouvrit, et avec une certaine fébrilité dans la crainte d’être surprise, lu ces quelques mots :
« Ma chère Marthe,
J’ai remarqué l’autre jour que ce corsage t’allait à merveille, et je n’ai pas compris pourquoi tu ne l’as pas acheté. Alors laisse-moi te l’offrir.
Je t’embrasse
Ton Michel. »
Jeanne replia délicatement la lettre, l’inséra dans l’enveloppe qu’elle replaça dans la poche où sa mère l’avait glissée et, pensive et silencieuse, rejoignit sa chambre...
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Yasmine Anonyme · il y a
Très originale et jolie, je m'abonne !
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Tnomreg Germont · il y a
Très beau récit ...
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Jean-Marc Kerviche · il y a
Merci !

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