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« Elle arrive ! Elle arrive ! »

La nouvelle traversa la vallée comme une traînée de poudre, un fantastique souffle de vent. Ce fut bien sûr M. Crête qui la diffusa le premier, d’après ses dires, du moins, bien que d’aucuns affirment qu’il tenait l’information de Mlle Tournetête, la chef d’orchestre, qui elle-même la tenait du vrombissement incessant de ses insectes chantants et du changement soudain dans leur tonalité, mais bref, les faits étaient là, la nouvelle était lancée, vérifiée et avérée : elle arrivait, elle arrivait, et une nouvelle fête allait pouvoir commencer.

Le petit Timmy, qui parmi les premiers avait entendu la nouvelle de la voix tonitruante de M. Crête, sauta sur les épaules de sa mère et réveilla ses frères et ses sœurs :

– Hé, Maman, Maman ! dit-il. Elle arrive ! Elle arrive !

Sa mère, Mme Aigrenonne, de la grande famille des Rosacées, s’éveilla lentement, étirant dans la clarté grandissante son long corps tendre :

– Mais bien sûr, qu’elle arrive, mon petit bourgeon, dit-elle dans un bâillement, comme tous les jours et comme tous les jours au chant de Crête !

– Oui, chut, tais-toi un peu, dirent ses frères et sœurs.

– Oui mais si un jour elle ne venait pas ? s’inquiétât tout de même Timmy, qui était le petit dernier.

– Eh bien bourgeon, répondit-elle, ce jour-là tu prendras tes plus belles bottes et ton plus beau manteau, tu déploieras tes ailes et tu partiras la chercher par-delà l’horizon sur un tapis de pollen ! conclut sa mère, et le jeune Timmy ne dit plus rien, le regard perdu au fond de la vallée à rêver d’aventures.

« Elle arrive, elle arrive ! », répétèrent les Mouillés sous les flaques aux Plumés dans le ciel. « Elle arrive, elle arrive ! », se passèrent en un mot comme en cent les Rampants et les Sautants. Dans un bosquet chartreuse, toute la famille Berry entendit la nouvelle et se para en toute hâte, mais bien précautionneusement, de la robe de rosée que toute la nuit ils avaient confectionnée.

« Elle arrive, elle arrive ! », dirent les Chantants et les Pépiants, tandis que les petits derniers passaient des têtes éberluées, à peine éveillées et toutes ébouriffées depuis les rebords de leurs nids.

« Elle arrive, elle arrive… », murmura respectueusement le peuple discret des Noctambules, quittant la vallée dans les pas du Prince Lune et de la Cour d’Étoiles. « Elle arrive, elle arrive… »

Tout le monde retint son souffle, un très bref instant…

Et la Soleil put enfin se lever.

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Aurélien Azam · il y a
La magie d'un instant :)
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Tanguy Mandias · il y a
Merci Aurélien :)
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Célestina Orn · il y a
Je suis encore toute émerveillée de mon escapade en ce monde plein de douceur ! Quel enchantement ! J'adore les récits imaginaires (comme vous pourrez le constater s'il vous vient l'envie de visiter ma page). Un grand merci quoi qu'il en soit !
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Tanguy Mandias · il y a
Merci Alouette :)
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Arlo · il y a
J'étais passé à coté de votre excellent TTC et je vote avec un peu de retard. A L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bonne soirée. Cordialement, Arlo
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Tanguy Mandias · il y a
Merci Arlo, bonne chance pour la finale.
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Marine · il y a
Merci !!!! Nous attendions une nouvelle !!! Nous la passons à Maryse et etc. ...
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Tanguy Mandias · il y a
De rien Marine, merci à vous :)
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