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Elle

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Marine Piot

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C’est compliqué. Plus qu’il n’y parait. Je ne l’aime plus et pourtant je l’aime encore. La vérité c’est qu’elle me manque à chaque seconde, mais à force de ne plus la voir, à force de ne plus pouvoir l’espérer, j’ai fini par arrêter de l’aimer. Pourtant, je l’aime toujours, c’était la femme de ma vie, je crois.
J’étais tellement bien avec elle. Savoir qu’elle existait, ça me rendait heureux. Elle aurait pu me quitter, me défoncer le cœur, détruire mon monde, je n’aurais pas cessé de l’aimer et j’aurais été heureux parce qu’elle était en vie, parce qu’elle existait.
Elle ne m’a jamais fait de mal. Parce que par chance, elle aussi était reliée à moi, elle aussi m’aimait. Elle était si parfaite. Tu ne peux pas avoir idée.
J’aimais tout chez elle. Elle était belle, au dehors et au-dedans, elle était intelligente, drôle, passionnée, curieuse, impulsive, colérique, bordélique, généreuse, entière, franche, vraie. C’était cela, peut-être qui était si splendide, elle était vraie, elle ne mentait pas, elle ne faisait pas semblant, elle ne se cachait pas, elle ne portait pas de masque. Et puis aussi, elle aimait la vie, elle aimait la vie avec tout ce que ça peut comporter de déconvenues et de malheur. Elle était tellement belle...
Tellement belle, avec ses cheveux roux, ses yeux verts, son visage parsemé de tâches de rousseur, ses élans de compassion ou d’amour si violents, son rire, sa voix, son odeur, le goût de ses lèvres, son corps, son cou, ses épaules, ses seins, son ventre, son dos, ses hanches, son sexe, ses fesses, ses jambes. Et ses mains surtout. Ses mains d’ange, blanches, si blanches et même un peu roses, ses mains si fines et délicates et pourtant abîmées.
Elle était splendide, elle avait cette façon d’exister qui était si spéciale et si enchanteresse.
Je n’étais pas juste amoureux tu sais, quand je la tenais entre mes bras, j’étais tellement heureux que j’avais peur que ça déborde, je l’étreignais de toute ma tendresse et elle m’étreignait de toute sa douceur, de tout son amour et c’était beau. Je l’embrassais comme si le monde allait disparaitre.
Le monde a disparu, elle avec, il faisait beau ce jour-là, je m’en souviens, elle m’avait laissé un mot avant de partir, elle était partie tôt et au réveil elle me manquait déjà. Ça n’a jamais changé depuis que le monde a disparu en l’entrainant dans sa chute. Pas un seul instant je ne me suis inquiété et puis on m’a dit, les mots... Les pires mots que je n’ai jamais entendus.
On m’a dit qu’elle était morte.
Le monde s’est écroulé, je me suis demandé comment je n’avais pas pu le sentir quand c’était arrivé, comment j’avais pu ne pas savoir que ça allait se passer, je m’en suis voulu de n’avoir pas su que ça allait arriver, de n’avoir pas pu empêcher que ça arrive.
Parfois la douleur me faisait délirer, je croyais l’entendre, je croyais, sentir son odeur.
Parfois j’oubliais, je me réveillais et je me demandais pourquoi elle n’était pas à mes côtés, parfois quand je rentrais je lançais une phrase pour lui dire que j’étais revenu, parfois je voulais lui envoyer un message pour lui dire quelque chose, parfois j’attendais qu’elle rentre. Mais, elle ne dormirait plus jamais avec moi, ma phrase sonnait dans le vide, elle ne répondrait plus à mes messages et elle ne rentrerait pas.
Je l’avais perdue d’une manière trop définitive et la réalité que j’avais oubliée me rattrapait trop vite. Alors je m’effondrais, je tremblais de douleur et de peine. Je compensais le manque d’elle par la haine, une haine envers le monde, envers moi-même, envers l’injustice de la vie. Le temps est passé et la haine a disparue. Pas la peine. Pas la douleur. Pas le manque. Pas son fantôme.
Je pense à elle à chaque seconde, à chaque foutue seconde. Je ne l’aime plus comme avant, mais je ne pourrais jamais cesser de l’aimer, elle était tout pour moi, elle donnait un sens à ma vie. Un morceau de moi est mort avec elle.
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Image de Yoann Bruyères
Yoann Bruyères · il y a
Joli texte, dramatique et sincère, c'est touchant.
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Keith Simmonds · il y a
Un grand bravo, Marine, pour cette superbe plume qui peint
ce tableau fascinant de l'amour parfait et absolu !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/grappes-de-raisins

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Schweiz · il y a
Je vais passer à l'ivresse pour me remonter le moral
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M. Iraje · il y a
Douloureusement réaliste.
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Plume · il y a
Aimons-nous vivant....
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Manu · il y a
J'espère lire bientôt un texte gai pour voir si il sera aussi bien réussi....
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Flore · il y a
Ecrire , en se mettant à la place d'un homme , un exercice difficile pour les ressentis...et c'est réussi. Bravo.
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Philippe Clavel · il y a
voilà un texte bien écrit qu'on prend plaisir à lire
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Volkswagen · il y a
Nice short storie
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