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Elévations

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Claude d'Aix

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L’écriture, fragments du miroir brisé.
(D’après un collage « Elévations »)




Sous la brume nocturne, le sol nu du désert s’est peuplé de géants de béton, d’acier et de verre.
Le plus haut d’entre ces géants, je l’ai conçu pour toi, élevé et infini comme les sentiments que je te porte depuis le jour où j’ai croisé pour la première fois le beau reflet de ton regard triste dans le miroir de ta maison. Assemblage puissant et souple de tubes d’orgues surgis du sol austère comme autant de tiges conjointes d’une plante inventée pour toi, cette flèche insensée parlera sans fin de toi et dira au monde entier qui tu es pour moi.

Avant toi, les charpentes de mon toit n’étaient que médiocres courbures, trop lourdes au regard, complexes et torturées par une indicible absence. Le temps lui-même semblait s’enrouler sans dessein et je me démenais, je bougeais, sans jamais avancer.

Avant toi, j’ai cherché partout un visage qui me propulse ou qui m’entraîne. En remontant l’embouchure des grands fleuves du monde, à l’ombre grise de minarets ou dans le clapotis de l’eau sous des barques abandonnées. J’ai voulu t’attirer vers moi en jetant des câbles au-dessus de l’eau pour en faire des ponts entre ta vie cachée et la mienne.

Avant toi, j’ai créé des villes nouvelles au milieu de rien, sur des continents neufs où j’espérais que tu sois née, pure de toute histoire tragique. J’y ai conçu des cathédrales aux vitraux de dentelle bleue et j’y ai bâti des édifices blancs, entourés de bassins où tu puisses te rafraîchir, oublier la poussière et le bruit, et où je puisse en me penchant apercevoir enfin le reflet doux de ton visage.

Avant toi, j’ai quadrillé le globe de multiples facettes, j’en ai fouillé chaque alvéole en quête de ta présence ou d’un signe de toi. Parfois j’ai trouvé là quelques colorations abstraites, comme des gemmes scintillantes ou des peintures préhistoriques, premiers indices de ton existence et de ta beauté. D’autres fois j’ai entrevu dans ces cachettes de somptueuses parures de femmes que ton absence, encore, me faisait voir en noir et blanc.

Un jour, enfin, je t’ai reconnue, dans un visage en bois peint où les marques du temps n’avaient altéré ni l’éclat des dorures ni la profondeur du regard. Je suis entré dans la première cathédrale de cristal bleue que j’avais construite pour toi. Tu étais là, fragile et rayonnante, assise recueillie face à la croix immense et silencieuse, et mon cœur a su que c’était toi. Je t’ai pris la main et nous avons depuis parcouru le chemin qui m’a élevé vers toi, là où j’aspire à te garder, au plus pur de ce ciel qui nous appartient pour toujours.


Retranscrit le 4.12.2017, Publié le 8.03.2018
Claude d’Aix
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