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El Campo Café

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Aglaée Collin

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Il était de ceux où la rouille et le froid demeurent. Les lettres en rose clignotaient dans l'ampleur du Texas. Le vide, spacieux et temporel.
Tu venais de mettre les voiles. L'autoroute chantait une prière en faveur de ton avenir. Avachie, sur un canapé récupéré dans une déchetterie, j'espérais que tu roulerais jusqu'aux bouts de tes chimères. Sous la chaleur des cieux et la tristesse de mon coeur, s'ouvraient à nos yeux une écharpe d'Iris. Les couleurs du bonheur traversaient l'intégralité du ciel. Soirée d'été. Ravages.

Un motel, là, où les chauffards s'arrêtent entre deux escapades poétiques. Où le piano de nos vieilles années se détruisait sous la crasse des alcooliques. Nous n'avions plus aucun rond. Ta peau était si douce. La torpeur des mégots hantait mes esprits.
Les cailloux s'entrechoquaient sous mes semelles. La tête baissée, le corps gelé. Je tapais dans une pierre : elle volait avec puissance.

- L'essence dans les bidons sera bientôt épuisée. Les camions ne pourront plus voyager. Le charivari des moteurs n'envahira plus jamais le coma de notre vie. -

Les clients arrivaient. Les lits étaient défaits, les chambres : sales. La pièce était lugubre, le bar morbide. Quand reviendras-tu ? Quand te souviendras-tu que je t'aimais.
La porte en bois s'ouvrit. J'étais allongée sur le comptoir. Traversée par la souffrance et la peur. Cinq tables me faisaient face. Toutes, entreposées entre la poussière et la tristesse. Des bouquets de fleurs fanées figuraient sur les étagères. Les claquements d'une démarche étrangère résonnaient dans le café. D'un mouvement lourd, je me redressai. Mon verre de rhum se renversa au sol. Le cristal scintillait dans mes tympans. Un cri sourd et alarmant.
L'homme contempla la tragédie de mes larmes. Il me murmura un compliment, entre le bruit du silence et la douceur des chants à la radio. Mes oreilles ne surent entendre ses paroles. Les échos du passé asséchaient mon cadavre.
Il souffla sur les débris qui ornaient le piano. Les cendres de mon sourire s'esquissèrent. Les partitions étaient rongées par les années noires, jaunies par les instants loin de tes bras.
Encore somnolente, il commença à jouer une mélodie familière. Petit à petit, l'acide des eaux sur mes joues s'apaisa. Les notes submergeaient toute l'atmosphère du bistrot.
Le prélude de Bach commandait ma chair, ses doigts, nos esprits et même tous les États-Unis. Le marasme contrôlait ma valse solitaire. Le cow-boy continua de faire danser ses mains au-dessus des touches de l'instrument. Il prenait du plaisir.
Mes cheveux blonds déferlaient sur mon dos. Mon buste donnait le tempo au musicien. Il jouait sans cesse. Mes yeux étaient noircis par le maquillage et les détritus de tes allées venues.

Mes respirations s'accentuaient. Ma vision emplissait la folie de tes mots. La musique classique résonnait sans répit. Les perles de mon atonie dominèrent. Je n'étais plus qu'un fleuve de grisaille. Mon chemisier se déchira dans la violence des remous. Une fois devant l'arme au fond du tiroir, les idées et les pensées saisirent mon âme.

J'aurais aimé écrire la poésie des écorchés sans y déposer mes entrailles. Mon suicide fut dévastateur.
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Mog · il y a
Si le texte est assez sombre, l'écriture elle, est parfaitement claire. Bravo.
Je vous retrouverai peut-être par ici : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/mot-d-amant

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Aglaée Collin · il y a
Merci beaucoup !
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Didier Poussin · il y a
Ivresse musicale
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Aglaée Collin · il y a
Merci !!
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KIO · il y a
Ça renverse, retourne les entrailles! J'adore !!
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Aglaée Collin · il y a
Oh !! Merci beaucoup !!
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Jean Calbrix · il y a
Une ambiance quelque peu glauque dans un motel du Texas, et puis un prélude de Bach comme un enchantement et puis l'infernale douleur provoquée par l'armour perdu qui ne laisse plus "qu'un fleuve de grisaille" et l'acte fatal ! Bravo, Aglaée, pour ce TTC noir de chez noir ! Vous avez mon vote.
Un petit tour dans mon verglas pour retrouver un peu de lumière ? http://short-edition.com/oeuvre/poetik/verglas

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Aglaée Collin · il y a
Merci beaucoup Jean ! Je passe vous lire ce week-end !
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Jean Calbrix · il y a
Bonjour Aglaée ! Je relis avec plaisir votre TTC ! Merci d'avoir soutenu mon poème Verglas.
Si vous aimez les aventures de Lucky Luke, j'en ai une rapide et percutante, et si vous avez une fraction de seconde à m'accorder, c'est ici : http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/ouaip

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SEL · il y a
J'adore, tout simplement !!!
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Aglaée Collin · il y a
Merciiiii !!!
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Lange Rostre · il y a
Une narration post.mortem très noire et crédible.
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Aglaée Collin · il y a
Merci beaucoup, oui effectivement j'ai beaucoup aimé jouer avec le côté noir de la narration !
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