Eh, la Loire

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Eh, la Loire, t’en n’as pas marre ? T’en n’as pas marre d’être récupérée par tout le monde ?
Ça ne te fatigue pas d’être le prétexte de fêtes où on ressuscite « le bon vieux temps » ? Ah le temps d’Orléans, commerçant, conquérant et industrieux ! Tu en penses quoi toi de tous ces loustics qui se croient au 19e siècle et qui se font leur cinéma ? Tu les aimes leurs chants ou tu rêves d’un concert hip-hop sur tes rives ? Tu les aimes les toues cabanées, les gabarres ou tu rêves d’accueillir sur tes flots un jet-ski ou un hors-bord Riva en bois d’acajou ?

Ça t’inspire quoi tous ces défenseurs de ton intégrité ? T’as un avis sur la survie du traquet motteux, du castor à poil long et du cormoran européen à tête jaune ? Tu les respectes les petites herbes folles qui poussent sur tes rives ? T’as intérêt !

Eh, la Loire, ça ne t’exaspère pas tous ces poètes, tous ces écrivains qui se permettent depuis des siècles d’interpréter tes états d’âme? C’est pas trop dur cette réputation de rebelle ? Oublie pas surtout : t’es sauvage, indomptable et imprévisible. Et t’es la dernière de ton espèce, alors pas question de rêver à une petite vie simple et paisible : punk is not dead.
T’en n’as pas plein les tympans des poètes que tu inspires et qui ululent au clair de lune leur amour impossible ? C’est un peu ta faute aussi : au crépuscule, t’es belle comme l’image d’Épinal qu’on fait de toi !

Eh, la Loire, t’as jamais songé à demander des droits d’auteur ? Tu devrais parce que t’es une star !

« Loire, dernier fleuve sauvage »
« Loire, indomptable et poétique »
« Loire, dangereuse et fascinante »
Et bla, et bla, et bla.

Eh, la Loire, tu la jouerais pas un peu p’tits bras depuis des décennies ? Ta crue centennale, on l’attend toujours à Orléans. T’es pas cap ! T’es pas cap !

Alors, la Loire, tu m’en veux de t’avoir parlé comme ça ? Certains me disent que tu vas te venger, que j’ai pas intérêt à me promener sur tes rives pendant les dix ans à venir. Un petit tsunami, une vague scélérate, un banc de sable pourraient m’occire soudainement... Couic !

Au fond, je n’en crois rien. T’es comme moi : une vraie petite teigne. Faut pas te chercher et si on te cherche on te trouve....

Et moi, malgré tout ce que je viens d’écrire sur toi, je t’apprécie beaucoup. Mais je ne le dis à personne car ça, ça ne regarde que nous deux.
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