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EDEN - EPISODE SEPT : LA PISTE

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The6feeL

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Des yeux bleus similaires aux miens, un teint pâle comme la neige, des cheveux bruns bouclés et une corpulence digne d'un catcheur anorexique ; du haut de son mètre quatre-vingt, il va falloir qu'il soit clair dans sa réponse.

Il se rapproche et parle à voix basse :

C'est assez délicat Aaron, ton beau-père est venu me voir chez moi peu après la disparition d'Eden... Il s'est ramené avec des preuves de notre business. Je te jure, il avait de quoi nous foutre en taule pour le restant de nos jours, toi, moi et tout les autres.

C'est des conneries, tu le sais aussi bien que moi que t'inventes cette histoire !

Laisse-moi terminer. Je pensais que c'était fini pour nous, mais il a préféré passer un marché : je lui fournit gratuitement quelques doses et il nous laisse tranquille. Tu voulais que je fasse quoi à part accepter ?

Eviter de le rendre addict bordel ! Je sens le regard des gens confortablement assis sur les terrasses se poser sur moi. Je vais tâcher de rester serein. Ça va être compliqué. Son portable se met à sonner. Amanda s'avance vers nous pour tenter de comprendre ma réaction. J'arrive à distinguer le nom de la personne qui l'appelle et lui fait tourner le dos à sa copine.

Tu dégages ta meuf et tu le reprends. Le stress commence à monter. Mark sait que je ne plaisante pas. Il a bien vu ce que le foutage de gueule pouvait provoquer chez moi à la confession. Il hésite jusqu’à ce qu'Amanda arrive furieuse.

L'un de vous peut me dire ce qu'il se passe maintenant ?! Je reste muet, laissant Mark gérer la situation à sa manière. Il lui susurre une phrase à l'oreille et elle se met d'un seul coup à fixer mon visage. Ses traits se sont détendus en l'espace d'une seconde. Une larme coule le long de sa joue. C'est étrange, mais l'image de son grand sourire à la soirée me revient en tête, comme si je ne pouvais pas l'imaginer triste un seul instant.
Elle fait demi-tour ; les mots de Mark ont été extrêmement fort pour qu'elle aille se rasseoir sans dire un mot. Un grand silence règne sur le port. Certains piétons se sont arrêtés, surpris par la détermination d'Amanda. Il faut bouger. On a trop attiré l'attention pour continuer à parler ici.

On va à ma voiture, tu rappelleras là-bas, compris ?

D'acc...D'accord.

Lui aussi n'a pas l'air bien du tout. J'ai du mal à comprendre pourquoi il est dans cet état. Entre Amanda, lui et Joel, j'ai la désagréable sensation d'être en plein dans une affaire qui les lient.
Une fois dans mon tacot, il reprend son portable.
Ça peut attendre Aaron. Dépêche-toi, sinon c'est elle qui va attendre longtemps. Je ne peux pas putain... On est ami depuis un bail, je veux pas t'infliger ça... Je ne suis encore une fois pas venu en ami Mark, alors épargne-moi ta compassion à deux balles.

Je suis désolé... Tu ne sauras rien.

Je me casse de cet endroit. Coos bay, c'est fini pour moi. J'en suis arrivé à un point de non-retour. Menacé mon meilleur ami avec un 9mm chargé et caché sous mon siège, jamais je n'aurai cru faire ça un jour. Je viens de finir mon paquet de cigarettes. Les évènements deviennent incontrôlables. J'en ouvre un second tout en conduisant. Les gars de la Confession veulent me faire taire ? Très bien, ça m'apprendra à faire confiance à des gens qui n'ont que l'appât du gain en tête. Et cette enflure de Joshua, évidemment que ça vient de lui l'idée de me piéger, il a toujours voulu être le chef de meute. Quant à Mark... J'ai toujours eu beaucoup d'amitié à son égard, mais retourner sa veste en voulant me livrer sans explications et sortir avec la fille pour qui j'avais de réels sentiments me laisse sans voix. Il sait tout de moi... Mais au final je ne sais pas grand chose de lui. Je suis tombé de haut en deux heures. Je ne tomberai pas plus bas.
Je me gare à la hâte dans l'allée, fracasse la porte de ma chambre et ouvre rapidement mes bagages : un sac, quelques fringues en boules à l'intérieur, le chargeur de téléphone, le polaroid, ma dernière cartouche de cigarettes, "La Route" *mon bouquin préféré* et un autre sac enfoui derrière une pile de carton au fond du placard. Je m'étais dit qu'un jour viendrait où j'en aurai besoin : c'est le cas. J'ai trente mille bonnes raisons de le garder avec moi.

C'est la dernière fois que je mets les pieds dans la maison. J'ai beau me dire qu'elle ne représente rien pour moi, au fond je garde des souvenirs de notre ancienne famille, notre vraie famille, lorsque papa, maman, Eden et moi étions réunis dans la cuisine à savourer de petits plats faits maison le midi comme le soir, à jouer dans le jardin nos premières parties de baseball entre hommes, à regarder des classiques du cinéma en prenant soin de fermer les yeux sur certaines scènes... Cette maison était mon chez moi pendant ce temps. Beaucoup de choses ont changé depuis, et je n'aurai pas de regrets à la voir abandonnée ou en vente d'ici les prochaines années...

Un appel. Je n'ai jamais répondu en conduisant mais avec tout ce délire, je préfère savoir ce qu'il se passe dès que j'en ai l'occasion. Une voix douce, aiguë. Une femme. Une infirmière. C'est à propos de Joel. Il s'est réveillé et lui a donné mon numéro. Je n'ai vraiment pas envie de le voir dans son état, cependant la seule chose que je lui dois, ce sont des excuses pour l'avoir inconsciemment embarqué dans une histoire qui nous dépasse tous, qui nous a rendu riche et en contrepartie trop idiots pour penser aux dégâts que ça causerait.

C'est le moment d'assumer le revers de ce qui m'a rendu fort.
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