3
min

EDEN - EPISODE DEUX : LE VERROU

Image de The6feeL

The6feeL

76 lectures

5

Un mur décrépi, des nuances grisâtres, le son incessant de la pluie qui glisse sur le toit et une pièce qui transpire la saleté décrivent au mieux la cellule de dégrisement dans laquelle je suis depuis maintenant quelques heures.

J'ai pas fermé l'œil du reste de la nuit. Amanda doit être complètement paniquée à l'idée que ses parents reviennent de leur voyage en venant la chercher ici. Je ne l'ai pas aperçue, ni les invités d'ailleurs, certainement que les collègues de Joel ont demandé avec leur courtoisie habituelle que chacun rentre chez soi sous peine de venir me rejoindre. Qu'est-ce qui lui a pris de m'enfermer ici sans motif professionnel ? Je pourrais porter plainte ; ça le ferait bien chier et j'en profiterai pour dire que même les bancs du parc sont plus confortables que celui-là. La pluie ne cesse de ruisseler dans les gouttières depuis un moment. Ajoutée aux branches d'arbres qui oscillent à cause du vent, c'est une vraie tempête qui s'abat dans le coin. En attendant, je ne risque pas de voir ce déluge en restant cloîtré dans ce bloc de béton.

Y'a quelqu'un ? Je tente, on sait jamais... dix secondes... Aucune réponse... Jusqu'au moment où une porte s'ouvre et laisse échapper un courant d'air glacial, loin de la brise que j'ai pu ressentir avant d'être coffré inutilement. Un son de pas se rapproche de ma cellule.

La belle est réveillée on dirait ! Ce genre de remarque laisse entendre que c'est George, un flic lambda et collègue de Joel que je connais par de courtes discussions. C'est un type bien. Chauve, le ventre rebondi. Un profil de grand père qu'on respecte. J'étais au poste avec maman quand il nous a annoncé le décès de papa. On a jamais su comment c'était arrivé. Deux ans se sont écoulés maintenant, j'ai oublié l'idée d'avoir une réponse. Mais George a accompli plus que son simple boulot pour m'aider à remonter la pente.

J'ai pas encore dormi George, va falloir que je reste une nuit de plus tu crois pas ?

Très fin ça mais fais pas trop le malin, ton beau-père est furieux depuis qu'il t'a récupéré.

Ça ne change pas de d'habitude... Dis t'étais là à deux heures ?

Oui je suis arrivé en renfort peu de temps après. Vous avez mis un sacré bordel dans le quartier, on a reçu pas mal d'appels.

La fille à qui appartient la maison, tu sais ce qu'elle risque avec cette soirée ?
Ne t'inquiète pas, ta copine n'a essuyé aucune plainte du voisinage, elle s'en tire bien et je crois qu'elle a compris la leçon.

Je crois aussi... C'est le moment de lui poser la question. S'il y a une personne qui me donnera du neuf, c'est George. Joel bosse toujours sur l'enquête concernant Eden ?

Il a du mal à déglutir. Je l'ai pris de court. En même temps il fallait bien qu'il s'attende à ce que j'aborde le sujet.

Ecoute Aaron, je voulais justement t'en parler. Joel travaille jour et nuit sur ce dossier, crois-moi mais on a aucune piste valable pour le moment. Sois patient, il donne son maximum.

Mon cul qu'il essaie de résoudre cette affaire ! Dis plutôt qu'il en a rien à foutre, que ce n'est pas sa fille, que ce ne le sera jamais et que par frustration, il a rien d'autre à faire que d'enfermer un ado qui n'est pas non plus son fils ici, alors qu'il n'a commis aucun délit ! J'ai comme la sensation que je vais arracher les deux barreaux que je sers si fort. Je veux crier, frapper fort, trouver un indice qui me permettra de retrouver Eden, sans l'aide d'un mec qui n'a jamais montré une once d'amour envers ma mère, elle ou moi.

Calme-toi, que tu le veuilles ou non ta sœur, ta mère et lui vous formez une famille, et rien n'est plus important que cela dans ce que tu traverses. Mieux vaut te réconcilier avec ce principe plutôt que de remettre en cause les compétences de ton beau-père. C'est clair ?

Pas trop. Je suis censé vivre avec une mère désespérée qui est partie de la maison il y trois semaines, m'abandonnant à un flic qui est incapable de faire son job et de retrouver Eden, dont la photo est placardée partout dans la ville. Je lui réponds simplement oui.

Il me laisse sortir. Les bureaux sont sans vie, jonchés de dossiers. Le travail ne semble pas manquer. Derrière la fenêtre au fond de cette grande salle commune, toujours la même déferlante. Je m'imagine déjà trempé à peine passé le hall d'accueil. Quelque chose m'interpelle avant d'arriver au bureau de George. Un immense panneau, avec en son centre l'avis de recherche d'Eden. Autour, un cercle de témoignages tous plus incomplets les uns que les autres. Ils n'ont rien, ça se voit d'ici, sans même lire ce que ces gens ont probablement vu, et pour la plupart imaginé, mêlant l'espoir d'une piste à l'incohérence d'un propos. Je me trompe peut-être. Ce qui est sûr c'est que mes impressions, elles, me trompent rarement. En un mois, ils n'ont rien trouvé. "Il donne son maximum"... Sur que dalle.

Voilà ton portable et ta veste... Et tes clés de voiture que Joel a ramenées. Il faut que tu rentres chez toi jusqu'à ce qu'il revienne de sa chasse aux témoignages. Je serais toi, j'essaierai pas de faire autre chose. Je les récupère en lui promettant de faire ce qu'il dit, pour une fois. Il regagne son bureau et me laisse nez à nez avec un dossier contenant probablement des réponses. Je ne fais que l'emprunter. Comme prévu, je suis mouillé de la tête aux pieds avant de grimper dans mon épave. Au moins ça roule, je vais pas me plaindre.

Une vibration dans ma poche m'empêche de démarrer le moteur.
SMS.
C'est Mark.

"C'est chaud pour toi. Rejoins moi à la confession. Vite. Prends surtout pas ton flingue. A toute"
5

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de François Duvernois
François Duvernois · il y a
On se laisse bien embarquer par cette petite histoire. Mon vote.
·
Image de The6feeL
The6feeL · il y a
Hey merci bien François ! :)
·
Image de François Duvernois
François Duvernois · il y a
Mais de rien ! Si cela vous dit, je vous invite à découvrir ma page.
·