Ecrire comme un paysage

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Blah blah: dance! dance! and Temesta  [+]

Je lis qu'écrire pour un homme dépend du paysage, de l'extérieur, alors que pour une femme, plus intérieure, cela dépend de sa psychologie : son intérieur, son paysage imaginaire, son paysage intérieur... Peut-être... Ecrire n'est pas suffisant : un médecin ne soigne pas que par ordonnance, son écrit ; il appelle à l'aide des éléments chimiques et des minerves, des kinés, des psychologues. Le corps ne se suffit pas l'écrit pour aller mieux ; et la tête ? La tête divague, le cerveau perd ses repères, parfois la mémoire ; le corps et les cellules sont aussi mémoires : mémoire d'un viol, mémoire des anticorps de la vaccination. Ecrire, c'est peut-être faire pays sage, assagir le paysage intérieur des violences reçues ou données, décrire le paysage extérieur avec ses arêtes, ses rochers, ses plages, ses forêts, ses lacs, ses rivières. A parler à plusieurs, on n'en peut écrire que peu de mots ; écrire me demande de la solitude et du silence. Etre lu, c'est un autre mystère qui passe par l'imprimeur, le façonneur, le relieur, la libraire et la bibliothèque, la soirée dédicace, l'échange. Oui, écrire serait le début, le premier terme d'une monnaie – mot né – d'échange. Un prétexte à palabres...

Kirikou soigne son village et les habitants en soignant la sorcière (il lui retire une vilaine épine de la moelle épinière). Epine, épinière, pépin, pépinière... Kirikou sert de parapluie, de pépin, de paratonnerre à la foudre malfaisante : il est un guérisseur-enfant. C'est sa gentillesse et sa curiosité, son courage aussi, qui le fait aller dans l'antre mystérieux de la malheureuse sorcière. Comme quoi une blessure crée le malheur...

Ce dessin animé de Michel Ocelot est la plus belle fable contemporaine à propos du bien et du mal, de l'enfant et des adultes. C'est encore une fois l'enfant innocent – l'enfant-Jésus – qui trouve la racine du malheur et restaure la paix et la vie aux villageois et à la malheureuse sorcière. Nous avons besoin de gens innocents, innovants – enfants, adultes, ados, hommes, femmes – pour nous tirer des affaires affreuses de nos mondes incréés, mal nés. Des enfants-terre, des enfants-bois, des enfants-source des rivières, des enfants-neige des sommets, des enfants-yeux des lacs, pour nous sauver : nos enfants sont notre avenir et nous devons les préparer. A quoi ? Au bonheur d'être ensemble, vivants dans la parole, dans la boue, dans le bac à sable, chez la fleuriste, à l'arrêt de bus, sur la plage, dans un bateau, à la maison, en famille(s)... Qui mérite le bonheur ? Pourquoi y a-t-il des enfants handicapés, des nourrissons qui ne vivent que quelques jours, pourquoi ? Comment répondre à nos enfants à ces questions sur le malheur, sur la destinée ? Avec les contes, les comédiens et les textes des auteurs...

Raconter une légende, un conte le soir avant de l'endormir, bercer son sommeil naissant d'une douce berceuse chantée à voix ténue, calme et apaisante, voilà de quoi fructifier le relation papa-fillette, maman-garçonnet, voilà de quoi frictionner son petit corps et son fragile tympan de belles et douces paroles. Comme le lait de sa maman, la conteuse nourrit affectivement le petit. L'affection serait alors une belle et douce maladie...
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Elena Moretto · il y a
je me suis laissé emporter par le paysage de vos mots, cela dessine des chemins fragiles beaux douloureux heureux
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Ludivine_Perard · il y a
très philosophique, j'aime beaucoup les métaphores, bravo =)