Écran de fumée

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Les inspirations dystopiques sont omniprésentes dans ce texte percutant. L'intrigue se déroule sous nos yeux de façon très visuelle grâce à un

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Des flashs de couleurs permettent d'éclairer les silhouettes d'ombre de la boîte de nuit. Les corps se mouvent en une seule pulsion, une seule respiration, en une seule transpiration. Les gestes sont saccadés, presque hantés. Possédés par la musique et la luxure qui leur permettent d'oublier la terreur émanant de ce pays entier. Les mœurs n'étaient plus libres depuis un moment désormais.
Chaque mouvement.
Chaque chose dite.
Chaque respiration était accompagnée quasiment immédiatement d'une peur paralysante.
Tout était maîtrisé, tout était sous contrôle.

Ou du moins le gouvernement le pensait.

Je ramenais mes cheveux châtains à mèches turquoise en queue de cheval.
Plus que quelques secondes.
La montée du drop de la musique du club fut arrêtée par un son que tout le monde connaissait bien. L'alarme.
Les rues se mirent à trembler sous l'arrivée de la marchandise.
Depuis des années, notre pays envoyait des enfants au gouvernement. Pour les briser, les former, et surtout pour laisser les politiques véreux s'amuser. Un tirage au sort était organisé chaque mois pour choisir les futurs produits, et si la famille s'opposait.

Boum.

Et le problème était réglé. Les enfants partaient, sans jamais revenir. Les enfants partaient, pour devenir à jamais des souvenirs.

Le peuple était affamé.
Le peuple était brisé.
Et surtout, le peuple était terrorisé depuis des années.

Au pouvoir de ce spectacle macabre ? Une seule personne.
Nare Grim.
Petite de taille, banale en soit au niveau du physique. Mais des yeux éteints comme je n'en avais jamais vu auparavant, de la méchanceté liquide au sein de ses prunelles d'ébènes. A chaque regard qu'elle m'adressait, je me sentais attaquée, comme si elle essayait de rentrer dans mes pensées. Je n'avais jamais osé me perdre dans ses iris brumeux, de peur de ne plus me retrouver.
Une si mauvaise personne que j'en tremblais.
Je serrais les dents alors que je regardais mes bras tatoués. De motifs noir de chine, mais tout autant de cicatrices.
Une pour chaque personne perdue depuis le début de ce système, car les enfants n'étaient pas les seuls touchés. Comme chaque système de ce genre présent dans l'Histoire, le seul jugement que la justice rendait était celui de l'avarice. Des juges, tout autant qu'une police et des politiques corrompus et pourris jusqu'à la moelle.
Je serre les dents, alors que je revois le visage poupon de mon meilleur ami se faner.
Je serre les dents, alors que je revois sa gorge se trancher.
Alors que je vois sa vie de nouveau s'écorcher.
Mon cœur se tord, mais cela fait bien longtemps que je ne me permets plus de le pleurer.
Je ne gâcherai plus mes larmes pour un monstre déguisé.
Je respirais profondément.
Sept.
J'avais sept cicatrices.
Sept personnes à venger aujourd'hui.
Je me dirigeais vers la sortie du club, loin des silhouettes se distordant comme électrocutées. Le son strident de l'alarme s'arrêta enfin.
La rue n'était que chaos. Les mères criaient telles des banshees, leur douleur arrachant des pans de raison à tout à chacun. Les enfants pleuraient, la peur les étreignant avec force.

Et les coups de la Milice pleuvaient.

Des pétales d'écarlates explosèrent sur des dizaines de corps. Et les adultes tombèrent, un à un. Le tout créant une symphonie de désespoir, bien trop commun de ce côté ci de l'Europe.
Je me faufilais dans le flot de personnes suivant le convoi.
Ma main caressant doucement le métal froid de la seule arme en ma possession.
Les tambours primitifs et acérés se firent entendre dans la rue. Je me retournais, alors que l'écran holographique de Nare apparaissait. Tout le monde fit de même, alors qu'elle nous chantait une autre de ses menaces.

Un battement de cil.
C'est tout ce qui me fallait.
Un battement de cil, pour tout changer.
Pour clore ce travail de quatre ans.

Je respirais profondément, et appuyais sur la télécommande se trouvant dans ma poche. Le visage de la dictatrice disparut, au profit d'articles de journaux censurés. D'images coupées.
Des enfants dans des cages, mal-nourris et maltraités.
Des tortures omniprésentes.
Toutes rassemblées de mes mains.
Le convoi s'arrêta en une même curiosité malsaine, pour regarder la déchéance de notre humanité. Pour regarder l'assassinat de notre humanité.
Un sourire s'imposa sur mes lèvres, alors que je sortais mon fumigène à la fumée de vermeil. Les roulements de tambours furent remplacés par ma respiration. Je réajustais le micro camouflé au niveau de mon cou.
La fumée me camouflait de la Milice. Mais pas des gens. Plus qu'à prier pour qu'ils soient indulgent.

Je me tournais face à eux, dos à la vérité que je m'étais fais un plaisir d'étaler.

-Voilà ce que fait notre gouvernement, pour les quelques-un qui ne savaient pas. Voilà à quoi vous contribuez, tous. Rester passif n'est pas la solution, dis-je.
La fumée commença à s’essouffler, laissant ma silhouette frêle aux hordes de fusils chargés.
-Levez vous. Pour vos enfants, pour vos proches morts. Levez vous, pour tous ceux que Nare vous a enlevé. Insurgez-vous. Insurgez vous pour la liberté. Consummez vous pour elle, plutôt que laisser
une seule femme vous éteindre.

Une balle fila.
Et encore une autre.
Je laissais échapper un cri de douleur alors qu'une d'elle me toucha à l'épaule.

-L'Histoire a déjà prouvé notre force en Union. Il suffit d'une poignée pour renverser un état. Les empires sont fait pour être brisés.

Je souris alors qu'une balle m'atteignit en pleine poitrine.

-Tu peux me tuer, Nare, mais mon idée perdura. Je ne serais pas la seule à contre courant, criais-je. Tu tomberas, comme tes prédécesseurs. Mon idée ne peut être assassinée.
Je regardais les mères éplorées.
-Je n'ai plus qu'à germer dans vos esprits. J'ai déjà gagné Nare, et tu sais pourquoi ?

J'allais mourir.

Le choc fut sourd, bien plus que la balle qui m'atteindra.
En pensant à tout ce que j'avais perdu durant toutes ces années, je regardai la mort en face.

-Je suis une idée.

Noir.
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