3
min

Écran de fumée

Image de Lessiana

Lessiana

732 lectures

123

FINALISTE
Sélection Jury

Recommandé

Pourquoi on a aimé ?

Les inspirations dystopiques sont omniprésentes dans ce texte percutant. L'intrigue se déroule sous nos yeux de façon très visuelle grâce à un ...

Lire la suite
Des flashs de couleurs permettent d'éclairer les silhouettes d'ombre de la boîte de nuit. Les corps se mouvent en une seule pulsion, une seule respiration, en une seule transpiration. Les gestes sont saccadés, presque hantés. Possédés par la musique et la luxure qui leur permettent d'oublier la terreur émanant de ce pays entier. Les mœurs n'étaient plus libres depuis un moment désormais.
Chaque mouvement.
Chaque chose dite.
Chaque respiration était accompagnée quasiment immédiatement d'une peur paralysante.
Tout était maîtrisé, tout était sous contrôle.

Ou du moins le gouvernement le pensait.

Je ramenais mes cheveux châtains à mèches turquoise en queue de cheval.
Plus que quelques secondes.
La montée du drop de la musique du club fut arrêtée par un son que tout le monde connaissait bien. L'alarme.
Les rues se mirent à trembler sous l'arrivée de la marchandise.
Depuis des années, notre pays envoyait des enfants au gouvernement. Pour les briser, les former, et surtout pour laisser les politiques véreux s'amuser. Un tirage au sort était organisé chaque mois pour choisir les futurs produits, et si la famille s'opposait.

Boum.

Et le problème était réglé. Les enfants partaient, sans jamais revenir. Les enfants partaient, pour devenir à jamais des souvenirs.

Le peuple était affamé.
Le peuple était brisé.
Et surtout, le peuple était terrorisé depuis des années.

Au pouvoir de ce spectacle macabre ? Une seule personne.
Nare Grim.
Petite de taille, banale en soit au niveau du physique. Mais des yeux éteints comme je n'en avais jamais vu auparavant, de la méchanceté liquide au sein de ses prunelles d'ébènes. A chaque regard qu'elle m'adressait, je me sentais attaquée, comme si elle essayait de rentrer dans mes pensées. Je n'avais jamais osé me perdre dans ses iris brumeux, de peur de ne plus me retrouver.
Une si mauvaise personne que j'en tremblais.
Je serrais les dents alors que je regardais mes bras tatoués. De motifs noir de chine, mais tout autant de cicatrices.
Une pour chaque personne perdue depuis le début de ce système, car les enfants n'étaient pas les seuls touchés. Comme chaque système de ce genre présent dans l'Histoire, le seul jugement que la justice rendait était celui de l'avarice. Des juges, tout autant qu'une police et des politiques corrompus et pourris jusqu'à la moelle.
Je serre les dents, alors que je revois le visage poupon de mon meilleur ami se faner.
Je serre les dents, alors que je revois sa gorge se trancher.
Alors que je vois sa vie de nouveau s'écorcher.
Mon cœur se tord, mais cela fait bien longtemps que je ne me permets plus de le pleurer.
Je ne gâcherai plus mes larmes pour un monstre déguisé.
Je respirais profondément.
Sept.
J'avais sept cicatrices.
Sept personnes à venger aujourd'hui.
Je me dirigeais vers la sortie du club, loin des silhouettes se distordant comme électrocutées. Le son strident de l'alarme s'arrêta enfin.
La rue n'était que chaos. Les mères criaient telles des banshees, leur douleur arrachant des pans de raison à tout à chacun. Les enfants pleuraient, la peur les étreignant avec force.

Et les coups de la Milice pleuvaient.

Des pétales d'écarlates explosèrent sur des dizaines de corps. Et les adultes tombèrent, un à un. Le tout créant une symphonie de désespoir, bien trop commun de ce côté ci de l'Europe.
Je me faufilais dans le flot de personnes suivant le convoi.
Ma main caressant doucement le métal froid de la seule arme en ma possession.
Les tambours primitifs et acérés se firent entendre dans la rue. Je me retournais, alors que l'écran holographique de Nare apparaissait. Tout le monde fit de même, alors qu'elle nous chantait une autre de ses menaces.

Un battement de cil.
C'est tout ce qui me fallait.
Un battement de cil, pour tout changer.
Pour clore ce travail de quatre ans.

Je respirais profondément, et appuyais sur la télécommande se trouvant dans ma poche. Le visage de la dictatrice disparut, au profit d'articles de journaux censurés. D'images coupées.
Des enfants dans des cages, mal-nourris et maltraités.
Des tortures omniprésentes.
Toutes rassemblées de mes mains.
Le convoi s'arrêta en une même curiosité malsaine, pour regarder la déchéance de notre humanité. Pour regarder l'assassinat de notre humanité.
Un sourire s'imposa sur mes lèvres, alors que je sortais mon fumigène à la fumée de vermeil. Les roulements de tambours furent remplacés par ma respiration. Je réajustais le micro camouflé au niveau de mon cou.
La fumée me camouflait de la Milice. Mais pas des gens. Plus qu'à prier pour qu'ils soient indulgent.

Je me tournais face à eux, dos à la vérité que je m'étais fais un plaisir d'étaler.

-Voilà ce que fait notre gouvernement, pour les quelques-un qui ne savaient pas. Voilà à quoi vous contribuez, tous. Rester passif n'est pas la solution, dis-je.
La fumée commença à s’essouffler, laissant ma silhouette frêle aux hordes de fusils chargés.
-Levez vous. Pour vos enfants, pour vos proches morts. Levez vous, pour tous ceux que Nare vous a enlevé. Insurgez-vous. Insurgez vous pour la liberté. Consummez vous pour elle, plutôt que laisser
une seule femme vous éteindre.

Une balle fila.
Et encore une autre.
Je laissais échapper un cri de douleur alors qu'une d'elle me toucha à l'épaule.

-L'Histoire a déjà prouvé notre force en Union. Il suffit d'une poignée pour renverser un état. Les empires sont fait pour être brisés.

Je souris alors qu'une balle m'atteignit en pleine poitrine.

-Tu peux me tuer, Nare, mais mon idée perdura. Je ne serais pas la seule à contre courant, criais-je. Tu tomberas, comme tes prédécesseurs. Mon idée ne peut être assassinée.
Je regardais les mères éplorées.
-Je n'ai plus qu'à germer dans vos esprits. J'ai déjà gagné Nare, et tu sais pourquoi ?

J'allais mourir.

Le choc fut sourd, bien plus que la balle qui m'atteindra.
En pensant à tout ce que j'avais perdu durant toutes ces années, je regardai la mort en face.

-Je suis une idée.

Noir.

PRIX

Image de 2018

Thèmes

Image de Très très court
123

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Euriel
Euriel · il y a
Je le lis avec du retard, malheureusement. Ce texte me fait beaucoup penser à Hunger Games ( tu ne trouves pas ? ) en tout cas c'est très beau ! hâte de te rencontrer samedi !
·
Image de Lessiana
Lessiana · il y a
Merci c'est trop gentil >< hâte de te rencontrer aussi !
·
Image de Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
J'avais apprécié ton texte original, Lessiana, et je te félicite pour ta nomination bien méritée pour cette masterclass, événement à marquer d'une pierre blanche dans la vie d'une jeune auteure talentueuse !
·
Image de Lessiana
Lessiana · il y a
Merci de votre soutien !
·
Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Un grand bravo d’être parmi les Nominés, Lessiana !
·
Image de Lessiana
Lessiana · il y a
Merci à vous ^^
·
Image de Nualmel
Nualmel · il y a
J'aime lire des dystopies, j'ai apprécié la vôtre, bien imaginée et bien écrite. J'ai pensé à hunger games et aussi divergente. Mais votre histoire est différente et bien menée.
Je laisse les coquilles ou maladresses... je sais comme il est difficile en quelques heures de les éviter. Il y en a peu dans votre ttc !

·
Image de Lessiana
Lessiana · il y a
Merci de ton commentaire ^^ Il me fait vraiment plaisir
·
Image de Sylvie Talant
Sylvie Talant · il y a
Des promesses ( une imagination créatrice ) mais aussi des défauts, y compris dans l'expression. " Nos corps se mouvent ", ça ne va pas du tout.
·
Image de Lessiana
Lessiana · il y a
Merci !
·
Image de Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Une histoire qui s’évade délibérément du quotidien. Ton styie est vraiment attachant et fulgurant, Lessiana, j’ai été happée par le récit.
«mais mon idée perdurera, je ne serai pas la seule... »
(Correction de deux petites coquilles qui n’ont pas été signalées)
Je précise que je n’y ai pas fait attention grâce à la qualité de ton styie.
Ton texte mérite mes 5 voix accordées avec conviction.
À bientôt peut être sur nos pages respectives et mes encouragements dans le concours.

·
Image de Lessiana
Lessiana · il y a
Merci pour tous tes compliments, et je vais essayer de corriger ces coquilles ^^
·
Image de Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
C’etait avec plaisir Lessiana.
·
Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Malgré quelques coquilles qu'il faut éviter, une bonne œuvre ! Mes votes et une invitation à soutenir “Ses lèvres rougissent” qui est en Finale. Merci d’avance !
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/ses-levres-rougissent

·
Image de Lessiana
Lessiana · il y a
Merci ^-^
·
Image de Jean-Baptiste van Dyck
Jean-Baptiste van Dyck · il y a
Bravo Lessiana voici mes 5 voix, bonne chance pour la finale ! Je vous invite à soutenir mon texte «  You Hanoï Me Part 2 » en lice pour la finale poésie printemps 2018 ! Bon dimanche. JB
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/you-hanoi-me-part-2

·
Image de Lessiana
Lessiana · il y a
Merci ! J'irais y faire un tour
·
Image de Pascal Depresle
Pascal Depresle · il y a
Un symbolique intéressante, un bon texte avec quelques coquille, mais la qualité l'emporte. Mon vote. Peut-être aimerez vous "il dit toujours non" "l'héroïne" ou "tata Marcelle" également en finale dans d'autres catégories.
·
Image de Lessiana
Lessiana · il y a
Merci ^-^ Je vais essayer de corriger les coquilles de ce pas, et j'irais jeter un œil à ces oeuvres
·
Image de Pascal Depresle
Pascal Depresle · il y a
Demandez à Short par mail ils apporteront toutes les corrections que vous leur demanderez
·
Image de Lyne Fontana
Lyne Fontana · il y a
J'aime le rythme de votre texte.
·
Image de Lessiana
Lessiana · il y a
Heureuse que le rythme vous plaise
·