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Écoutes-moi, Maman.

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Min JiSeok

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Maman, il faut que je t'avoue quelque chose. Je sais que tu m'en voudras, mais je dois le faire, sinon personne ne le fera. Tu dois savoir que je ne suis pas comme les autres, que j'ai subit toutes sortes d'horreur, allant de l'obsession à l'harcelement, la vie à la mort. J'ai failli y passer, mais je suis encore là tout simplement parce qu'il faut que je t'en parle. Tu vas sûrement me hurler dessus comme un professeur hurle sur un élève désagréable.
Je dois avoir le coeur net, les épaules plus légère, le dos droit, la conscience apaisée. Je dois te le dire, maman, j'ai peur. Peur de la vie, peur de ce qu'il y a après la mort. Peur des gens, peur des horreurs que j'ai rencontré, peur de tout. La vie me fait peur comme un enfant aurait peur du monstre sous son lit.

Notre société est la pire, je pense que c'est elle qui me fait le plus peur. C'est pour ça que je veux en finir rapidement. Je sais que tu ne comprends pas ce que j'écris, c'est pour ça que je vais t'expliquer calmement ce que j'ai fais. Sur cette lettre, que tu lis actuellement, tu dois y voir des tâches de sangs tout simplement parce que j'ai saigné. J'ai tenté de calmer l'écoulement du liquide métallique, mais ça n'a pas marché donc je me suis mise à pleurer, c'est pour cela que tu vois des gouttes d'eau surplombant la pauvre feuille souillée. Tu as vu la rose fanée sur mon bureau ? Tu n'as pas voulu que je la mette dans un vase pour qu'elle puisse briller. Tu voulais la mettre dans le jardin, avec les orchidées. Mais quelle idée de mettre une rose aux côtés d'orchidées ? J'ai trouvé cela tellement stupide que j'ai gardé la fleur dans ma chambre. Elle fanait de plus en plus, de jours en jours. Comme mon âme qui disparaissait au fur et à mesure.

J'ai tellement mal. Mais tu ne tente pas de comprendre. Tu vas m'interner n'est-ce pas ? Pourquoi ? Parce que je me sens pas bien ? Tu ne vois absolument rien. Tu es aveuglé par ton égoïsme. Tu me qualifie comme étant une fille folle. Non maman. Je ne suis pas folle, je ne me sens pas dans mon état normal, c'est tout. Je suis plus bas que terre, je suis dans un état second. Non, ce n'est pas la période. Ni l'adolescence, je te le dis depuis le début, je ne suis pas normale, tu aurais dû me laisser à l'orphelinat depuis le début. Pourquoi ne l'as-tu pas fais ? Tu aurais dû faire confiance aux médecins. Pourquoi ne les as-tu pas écouté ? Maintenant tu regrettes et moi, je veux simplement m'enfuir. Partir loin d'ici, quitte à mourir. Je ne veux plus rester dans ce nid, aux côtés d'une hypocrite.

Pourquoi ne me crois-tu pas ? Tu l'as bien vu par toi-même ! Le nombre de fois que je suis revenue à la maison blessée, saignant abondamment. Le nombre de fois que je suis revenue en boittant parce que je m'étais faire agressée. Rares sont les fois où je revenais indemne. Tu ne m'as jamais regardé dans les yeux lorsque je me blessais. Tu ne mangeais pas avec moi lors du dîner. La nuit, tu ne venais même pas me souhaiter une bonne nuit. Tu n'embrassais plus mon front avant que je m'endorme. Et le lendemain, tu me souriais comme si de rien n'était.

Dans tout ce que j'ai subit Maman, entre toutes les personnes de confiance qui m'ont blessées, tu es celle qui m'a le plus vexée. Je pensais que tu allais faire comme toutes les autres mères. Je pensais que tu allais me protéger. Je croyais que tu allais me prendre dans tes bras et me dire que tout ira bien. Que tu allais pleurer à mes côtés pour m'aider à me sentir un peu plus en sécurité. Quand je te voyais au téléphone, je pensais que tu discutais avec un agent de police, quelqu'un de supérieur qui pourrait m'aider. Je croyais que je pouvais faire comme les autres filles. Faire du shopping avec toi, discuter, me confier à toi. Mais finalement, je n'ai rien pu faire de tout ça. Je pensais que tu me soutiendrais dans mes projets mais j'ai eu tord.

Tu es censée être ma génitrice, la personne sur qui je suis sûre de pouvoir compter en cas de problème et en attendant, tu me dévisages, tu me regarde de haut et tu me juges. Je suis ta fille Maman ! Je ne suis pas un monstre ! Je n'ai pas demandé à être différente ! Je n'ai rien demandé du tout ! J'ai toujours tout gardé pour moi, alors pourquoi le mauvais sors s'abat sur moi ? J'ai toujours été indépendante. Je savais sûr qui je devais compter ou non. Tu faisais parti des personnes en qui j'avais le plus confiance. Mais tu m'as trahi.

Pendant 5 ans, j'ai vécu dans cet enfer pendant que toi tu vivais bien. Maman, je dois te le dire une bonne fois pour toutes. Si tu lis cette lettre, c'est parce que je suis déjà partie. Non, je ne suis pas au commissariat, je ne suis pas allée voir une amie. Non Maman. Je suis déjà morte.
Maman, dis-moi qui sont les monstres qui m'ont tués aussi violemment.
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