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Eclosion d'un livre

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Clarajuliette

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Dans le calme de ma maison j'écrivais, quand soudain j'ai entendu le cri d'un bébé provenant de la chambre d'à côté. J'étais plongée dans une histoire de poules se disputant des œufs frais pondus. J'ai posé mon stylo-plume.
A côté, le bébé pleurait maintenant, des pleurs lancinants qui n'en finissaient pas. Le contre-coup de son éclosion sans doute. Il venait de se cogner à sa première coquille, une frêle coquille, fragile comme une peau humaine. Cette peau des hommes qui ne les protège ni des angoisses ni des autres.


J'ai attendu la fin des pleurs et je suis allée voir ce petit d'homme. Il était curieux d’apparence, pas comme les autres bébés. Son corps lisse était arrondi, sa peau brillant d'un jaune vif, il ressemblait à un gros œuf de poule. Ce devait être le bébé d'une poule gigantesque. Toutefois, je devais l'accueillir comme mon propre bébé puisqu'on vivait sous le même toit.


Moi, occupée à écrire des histoires d’œufs et de poules, je n'avais rien vu de cette naissance. Les vies de ces volatiles sont parfois étranges. Dans la chambre à côté le bébé dormait maintenant. La maison était redevenue silencieuse. Un silence bénéfique à l'écriture et aux songes.




Mais il était tard. Enfin j'avais fini d'écrire cette histoire étrange : « Éclosion d'un livre ». J'allais dans la chambre dire bonsoir au bébé. Stupeur ! Une poule jaune vif, énorme, le couvait...Apeurée, je retournais à mon bureau. D'un regard que je voulais dur, je relisais la couverture de mon manuscrit : « Éclosion d'un livre ». En colère, je ne baissais pas mon regard. Le manuscrit s'est alors mis à se déliter page par page, à s’effriter comme une coquille trop fragile. A la place de mon manuscrit, un énorme jaune d’œuf est apparu, inquiétant...



Depuis ce jour j'ai cessé d'écrire.
Je ne suis plus maître de ma vie.

Les poules m'envahissent de jour en jour.
Mais je ne quitterai pas la maison. J'écoute, à travers la cloison, les bruits provenant de la chambre : des cris, des pleurs, des piaillements, des caquètements. Tout se mêle. Et moi-même, que m'arrive-t-il ? Mon ventre s'est arrondi, des griffes ont poussé au bout de mes doigts. J'ose à peine toucher mon visage, ma bouche, mon nez...Je ne veux pas y croire.
Suis-je encore une femme ?

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Gérard · il y a
l'accouchement d'une oeuvre allien ?
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