Échec et Mat

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C'est normal de pas avoir d'inspiration pour une présentation de trois lignes alors qu'on a comme projet d'écrire un recueil d'une vingtaine de nouvelles toutes différentes  [+]

Image de Automne 2014
J'avance mon pion.
Deux cases.
La partie peut commencer.
J'entends ton souffle.
Tu halètes, tu sais que tu ne finiras pas la partie.
Le temps file comme une flèche, il coule entre tes doigts, il siffle à tes oreilles.
La fin est proche.
Très proche.


* * *



Sombre.
Trop sombre.
La ruelle est déserte. La lune est haute dans le ciel. Le passage est jonché de déchets, les murs couverts d'affiches défraîchies.
Le quartier le plus malfamé de Paris.
Seule.
Tu ne devrais pas être seule.
Tu le sais.
Lisa. Elle marche lentement. Il ne faut pas qu'elle s'arrête. Ses talons résonnent dans l'intensité de la nuit. Elle a peur, elle a froid.
Elle sait qu'elle ne devrait pas s'aventurer par ici, seule, en pleine nuit.
Elle n'a pas envie de décrypter le cerveau humain, pas envie de savoir pourquoi elle a pris cette décision aussi absurde que dangereuse.
Le moindre son la fait frémir.
Un bruissement.
Elle s'arrête, écoute.
Un pas.
Deux pas.
Elle se retourne.
Elle se fige.



* * *



Tu avances ton cavalier.
Je t'abandonne mon pion.
Je n'en ai pas besoin.
Un pas en arrière, deux pas en avant.
Tu t'es retournée.
Tu m'as vu.
Je te souris.
Tu sais, je ne reculerai devant rien pour te faire tomber.



* * *



Lisa reste bloquée un instant.
Elle est bouche bée.
Puis ses nerfs se tendent.
Une expression de terreur se peint sur son visage.
Il est revenu.
Oui.
Il est là.
Il est là.
Il est là.



* * *



Oui. Je suis là.
Tu m'as reconnu, n'est-ce pas ?
Tu as une dette.
Tu n'as pas oublié, j'espère ?
Non, je ne pense pas.
J'avance ma reine.
Ta tour est ta dernière défense, à présent.
Ton regard tombe.
Tu regardes ce que je tiens dans ma main.
Un éclair de métal.



* * *



Lisa court.
Ses pas retentissent contre le sol de béton.
Elle essaye de s'échapper.
Elle essaye de lui échapper.
La dette remonte pourtant à si longtemps.
Elle ne se rappelle même plus ce qu'elle lui doit.
Elle n'a plus de souffle.
Le sang bat à ses tempes.
Sa gorge est en feu.
Son cœur bat si fort qu'il pourrait sortir de sa poitrine.



* * *



Ta tour est tombée.
Tu n'as plus de défenses.
Tu as trébuché.
Tu es dans une impasse.
Tu es bloquée.
Il est temps de rendre les armes, tu ne penses pas ?



* * *



Lisa tâtonne. Elle promène ses mains le long du mur, cherche une brèche, une issue.
Elle n'y arrive pas.
Elle sait que de toute façon, elle n'y arrivera pas.
Elle sait qu'il n'y a plus d'espoir.
Alors elle se retourne.
Il n'est qu'à quelques pas.
Bientôt, tout sera terminé.
Elle sera tranquille.
Libérée de tout.
Libérée de lui.
Il ne suivra pas.
Elle pourra enfin goûter au repos.
Alors elle regarde l'éclair de métal.
Elle regarde les petites flaques rouges qui se forment à ses pieds.
Elle le regarde.
Il lui sourit.



* * *



Echec et Mat.
Tu es vraiment une piètre joueuse aux échecs.
Comment as-tu trouvé cette partie ?
Maintenant, je peux retourner cet éclair de métal contre moi.
A bientôt, Lisa.
A très bientôt.



* * *



Lisa a basculé.
Elle n'est plus du monde des vivants.
Comment est l'autre monde ?
Si l'on peut parler de monde, bien sûr.
On aurait plutôt dit un univers parallèle.
Oui, c'est cela. Un parallélisme de vies.
Imagine un sac de billes. La bille de verre, là, tout au fond, c'est l'univers que tu connais. Et la bille en plastique rouge, là, eh bien c'est là où tu te trouves en ce moment.
Indescriptible.
Rien de terrestre. Rien d'humain.
Sauf...
Tu sais, le parallélisme des vies dont je te parle, c'est pour tout le monde.
Eh oui...
Eh oui, ma belle, je suis de retour...

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Louise Ravitsky · il y a
Un texte direct comme je les aime, c'est génial !
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Malice · il y a
Bravo ! Bien écrit ! Je vote
Image de N°604
N°604 · il y a
Oh mon dieu tu écris tellement bien!!!!!!!! Je vois qu'une solution, je vais être obligée de te tuer parce que là, tu dépasses tellement mon talent que ça en devient presque vexant :p

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