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Dunhill le long des routes du Sud

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HaïkUlysse

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Je fumais des Dunhill tout en montrant la route vers notre futur départ
Elle était quasi nue quand j’avais fini d’accomplir ce geste
J’ai alors écrit pour commencer mon carnet de voyages :
La Nudité sauvage de l’enfant automate nous suivra jusque dans les sentiers les plus escarpés.

Elles s’annonçaient sous un ciel d’azur, aussi bleu que la piscine de Curaçao qui s’offrait la veille à nous, ces fiançailles.
J’ai simulé un rituel pour préparer le thé. Avant de prendre le large. Avant qu’elle me retrouve alors que je me croyais sauvé.
L’ermite qui s’était embarqué dans notre aventure de manière clandestine riait de ce Vaudeville ridicule.

Je portais le sac de rando avec carnets et stylos, ignorant ma condition de mule littéraire, comme de ses cils (bien trop impeccables) dont je ne savais rien encore. Ni de leur sortilège ni de leur virtuosité.
L’argent nous manquait, mais devenir nomade, apprendre plus sur cette vie à laquelle pourtant on croyait très peu, nous galvanisaient.

...

Au lycée et à la fac j’avais jeté des pavés anti-impérialistes dans la mare aux diablotins... en prenant congé du système, je ne vivais plus aux crochets de la société : je tapais dans le paquet de cigarettes une Gauloise à ma compagne, seulement de temps en temps, je pensais que c’était mon dû puisque j’avais auparavant meurtri une multitude de claviers noirs pour l’encenser.

A présent, au lieu d’un champ lexical tiré à quatre épingles, les mots qui étaient miens étaient devenus concis, brefs, avec pour seule préoccupation de capter la beauté des continents infra-terrestres, des confins volcaniques.

Armés d’une soif inextinguible d’aventures dangereuses, nous marchions souvent la nuit, ivres, le long des autoroutes, pensant que nos vœux de miséricorde et de perdition seraient exaucés par l'ivresse comme autant de merveilleuses occasions d’atteindre les théâtres d’ombres à fond de cales.

Un soir, sur une aire d'autoroute, alors qu'elle se livrait à la Sophistication et à la science parfaite des cosmétiques devant un morceau de miroir, le KoKo de Duke Ellington perça d’un autoradio en la laissant comme ensorcelée, envoûtée par le chauffeur aux Ray-Ban, et le lieu où nous étions comme halluciné.

Et le beau gosse de lui dire alors : "tes mains commencent avec tes jambes. Sans cesse ta Beauté comme notre Etoile, a le don inné de se renouveler. De déceler l’intrigue cachée dans ton corsage."

Et puis entendre le fond lapis du lac aux alentours dégeler, le dernier mot de mes supplications gémir, l’ultime lettre sur le papier et sous la plume murmurer, la voiture à laquelle je faisais référence freiner, s'arrêter à sa hauteur et son conducteur siffler, la jeune femme alors frémir. Et monter à bord bien sûr.

Et moi guettant les sirènes du désespoir avant qu’elle disparaisse. Comme un chien perdu dans la nuit, à l’heure où les projets sont ainsi démantelés, sanglés, ceinturés, et emmenés à l’asile.

Seul sur la route en direction du Sud, allumer une énième Dunhill et entrevoir enfin l'arrivée.

D'un dessein sombre. Sans additif.
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Image de Maud
Maud · il y a
Comme un chien perdu dans la nuit !... comme un chien perdu sans laisse... laisse la fuir cette fille sans finesse, fuis les sirènes du désespoir avant qu'elles ne disparaissent, écoute le chant des sirènes qui perdent les marins en errance, poursuis ton chemin, peut-être au bout trouveras tu la chance.... :-)
Je te remercie encore pour ton message sur Vénus............

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