D'un regard

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Écrivaine à temps partiel qui partage un peu de ses modestes créations par ici ! Certains textes ont été écrits sur d'anciens blogs que je tenais et republiés ici par la suite  [+]

Il s'était endormi paisiblement dans son petit lit à barreaux, délicatement bercé par la sonate au piano No11 de Mozart. La veilleuse musicale en diffusait les premières notes projetant au plafond un ciel étoilé réconfortant et rassurant.
Elle s'installa au salon qui jouxtait la chambre enfantine et posa son ordinateur portable sur la table basse écaillée qui faisait le plus souvent office de bureau de fortune. La pièce initialement prévue à cet effet était ainsi régulièrement délaissée, envahie de cartons à moitié éventrés qui n'attendaient qu'à être déballés. Elle reprit la lecture du chapitre final de son roman, emmitouflée dans une couverture grise molletonnée et trouée par endroits, puis y apporta de légères modifications.

Ces derniers temps son cerveau était en ébullition permanente, débordant d'idées et de situations en tous genres. En seulement deux semaines, avec pour seul compagnie un enfant en bas âge au sommeil chaotique, elle avait réussi à boucler son histoire, offrant à son héroïne une fin pleine de rebondissements et de promesses pour une suite dont elle avait déjà en tête la trame principale. Elle ne se considérait pas comme une grande auteure au style unique ou novateur. Elle n'avait pas non plus la prétention d'être une référence dans le milieu du polar mais elle savait captiver ses lecteurs par ses histoires tarabiscotées et ses personnages attachants dans un univers sombre et torturé.

Après avoir enregistré ses dernières corrections sur son portable, son disque dur externe et sa clé USB, elle s'allongea un peu sur le vieux canapé en velours marron, vestige de ses années étudiantes, pour une sieste qu'elle estimait amplement méritée. Elle n'avait pas beaucoup dormi les nuits précédentes, la bronchite de son fils ne leur ayant laissé que peu de répit à tous les deux.

La sonnette de la porte d'entrée vint y mettre fin subitement. Elle ne savait pas exactement combien de temps elle avait dormi, mais tout cela avait comme un goût de trop peu.
Elle traversa la pièce principale de son appartement l'embrassant du regard et elle ne put s'empêcher de savourer une nouvelle fois la chance qu'elle avait de vivre dans un bâtiment de caractère tel que celui-ci. Elle appréciait tout particulièrement les persiennes en bois blanc récemment rafraîchies qui procuraient à l'ensemble un côté cosy et douillet. Tout en ouvrant la lourde porte d'entrée elle se souvint immédiatement du courrier trônant encore sur le frigo et l'informant qu'un technicien viendrait relever les compteurs électriques. Ils se saluèrent rapidement et elle le conduisit au fond du couloir où se trouvait le boîtier.

Elle s'était tout de suite sentie mal à l'aise en sa compagnie, évitant même de croiser son regard. Il était grand, imposant, la cinquantaine et il l'observait d'un œil insistant.
S'esquivant, elle le laissa effectuer seul sa besogne. Il se présenta dans le salon une minute après et l'informa succinctement de l'évolution de sa consommation. Elle le remercia et lui fit comprendre d'un signe de la tête qu'il pouvait prendre congé. Mais il ne bougea pas. Du regard il fit le tour de la pièce, s'arrêtant sur la petite porte décorée des lettres du prénom de son fils.

" - Vous avez des enfants ?
- Oui, un garçon, répondit-elle sans plus d'emphase.
- J'ai une fille moi aussi. Quel âge a-t-il ?"

Peut être voulait-il simplement faire la conversation mais, pour l'instant, elle ne rêvait que de cette sieste en suspens.

" - Il aura bientôt un an.
- Et bien profitez-en. Parfois ces petites choses nous échappent..."

Elle lui sourit presque compatissante bien qu'elle ait souvent quelques difficultés avec ce genre de banalités.

" - Excusez-moi, finit-elle par dire, mais je suis assez occupée donc...
- Oh pardon, je vous laisse."

Elle le raccompagna et, alors qu'il ouvrait la porte, elle remarqua un serpent tatoué, lové autour de son poignet. Troublée elle se tourna vers lui, n'esquivant plus son regard cette fois-ci, et elle reconnut alors les yeux de celui qui l'avait si souvent bercée autrefois.

" - Papa ?"
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