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Du temps d'une taffe

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Baud

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C'est à la septième cigarette qu'elle leva la tête. Ses yeux se fixèrent au plafond. Mais il n'y avait rien à contempler. Alors elle les ferma aussitôt en soupirant. Elle secoua ses cheveux. Jamais elle ne le fait avec les mains; elle dit qu'elle ne sait pas faire. Quand elle posa de nouveau son regard sur moi, elle se voulu un sourire malicieux. Mais ses mèches retombées, elle avait ainsi l'air ivre. C'est causasse. En réalité elle a commencé à s'ennuyer bien avant. A la deuxième cigarette déjà elle avait entamé son étude de ce décors maintenant bien trop scruté alors. A la cinquième, elle a entamé ses petits jeux avec ses pieds. Elle porte des chaussettes trop grandes; qu'elle perdra sitôt qu'elle marchera. Mais elle ne le sait pas encore. Elle ne s'en rend jamais compte, c'est moi qui l'a déshabille alors elle ne sait pas que je ne les lui enlève pas. Et elle continue de les enfiler chaque matin. Elle marche dessus, lève le pieds et les étire. Elle piétine. Elle regarde ces bouts des tissus informes se plier, se déplier et se replier sous la pression de ses orteils. Elle les tend, les appuie dans un sens puis dans l'autre contre le sol. Quand elle regarde ses chaussettes prendre vie au dessous elle, elle en courbe le dos et en rehausse ses fesses. Elle se rapproche alors de la hauteur du rebord de fenêtre derrière elle. La tentation de s'assoir est grande. Mais je n'aime pas ça. Pas aujourd'hui. Alors elle résiste. Elle relève de nouveau les yeux, et réessaye. Avec son regard à présent, plein de sous entendu. Celui-ci est beau. Elle monte son pieds le long de sa jambe jusqu'au genou, et reste ainsi appuyée sur un pieds. Elle penche la tête. Puis la redresse pour s'intéresser scrupuleusement aux objets de la pièce. Ils pourraient être poussière, tant elle les a usé à les regarder, au même titre que mes cendre de cigarette. Elle s'impatiente; me demande si c'est bientôt terminé. Oui. J'ai perdu beaucoup de temps sur sa gorge, mais à présent cela me convient. Je la voulais parfaite. Je voulais que l'on en sente toute la vie et qu'on y lise cette inépuisable envie. Il fallait y voir cette intarissable soif qui la caractérise. Ses seins sont réussis. On les sent ronds à travers la blancheur de sa chemise. J'ai fais descendre ses cheveux dessus pour couvrir la transparence de la couleur. Parler de ses jambes fu long. J'ai dessiné chaque frissons et reproduis chaque sensations que mes mains me dictaient. Elles sont nues. C'est ainsi, qu'elles sont les plus belles. J'ai décris ses pieds nus également. Je voulais pouvoir parler de ses orteils infatigables. Ses mains sont dans son dos. Sans le savoir, elle vient de s'épargner la dixième cigarette. Je termine la neuvième en exprimant cette représentation exacte de ses lèvres, avant de m'en aller recouvrir de mes mots ses maux ainsi dépeints sous la lassitude.
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