Du statut de papa

il y a
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Mon père, je ne l’ai pas connu. Je l’ai cherché chaque jour à la sortie de l’école, sur le minitel, dans les traits de mon visage, et plus tard dans les yeux des hommes que j’ai rencontrés, mais je ne l’ai pas trouvé. Alors, je l’ai beaucoup rêvé...

Tantôt chercheur d’or, astronaute, chef d’orchestre ou pirate, il se déplaçait en fusée ou à dos d’éléphant. Il avait une montre qui arrêtait le temps et une grande épée pour chasser les affreux « monstres aux plantes » et les «vraiment pas beaux » qu’il y avait sous mon lit. Il parlait 1000 langues, conjuguait tout au présent, préparait des confitures et réparait le cœur des gens. C’était vraiment un papa épatant !

Et puis j’ai grandi et j’ai rencontré de vrais papas ; des « papas du quotidien » qui n’ont ni grande épée, ni fusée et qui n’arrêtent même pas le temps ; des types normaux qui aiment, accompagnent et éduquent ; des pères tout simplement présents auprès des mamans.

J’ai rencontré des « papas du week-end sur 2 », et au petit bonheur la chance quand la nounou est surbookée ; ceux-là même qu’on n’appelle guère que pour gronder quand maman est en panne d’autorité ou que les notes sont en berne ; des papas presque relégués à n’être plus que des financiers ; des papas victimes du quotidien qui donneraient beaucoup pour être encore des papas quotidiens.

J’ai découvert des « papas relais » : des papas qui élèvent sans contrepartie des enfants de « papas du livret de famille ou même pas » ; des papas au cœur énorme qui aiment sans liens sanguins ; des papas qui annulent une soirée pour veiller une tête blonde parce qu’elle a un peu de fièvre ou qu’elle tousse bizarrement.

J’ai connu des « papas de la garde alternative » : des papas qui mettent leur vie privée de côté une semaine sur deux pour conjuguer amour de leurs enfants avec présence paternelle ; des papas qui tiennent coûte que coûte à pouvoir éduquer, suivre et accompagner.

J’ai connu aussi des « papas solo » : des papas formidables qui élèvent dignement leurs enfants sans se demander si c’est le rôle d’une femme de couver sa progéniture.

Et puis il y a tous ces papas qu’on n’évoque jamais. Les papas punis d’avoir démérité, qui ne reverront jamais ou ne connaîtront pas leur enfant. Des « papas du livret de famille ou même pas » qui regrettent parfois de ne pas avoir pu être un « papa du quotidien ».

Il y a aussi, comme celui que je n’ai pas connu, des « papas fantômes » : des papas qu’on cherche pendant des années sans jamais les retrouver ; des papas qu’on ne voit pas mais dont on porte l’empreinte ; des papas dont on ne sait rien, si ce n’est qu’ils ne voulaient pas qu’on les appelle « papa ».

Parce qu’il est long et parsemé d’embûches le chemin pour devenir un papa épatant dans les yeux de son enfant, alors que c’est déjà si difficile d’être père tout simplement, c’est à tous ces types ordinaires, ces héros du quotidien sans épée, ni fusée, qui ont juste accepté qu’on les appelle « papa », que je tire aujourd’hui mon chapeau. C’est exactement à ce genre de type-là que j’aurais moi-même aimé pouvoir dire un jour : « Je t’aime, papa. »

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Arletyna · il y a
J'ai eu la chance d'avoir un "papa du quotidien", de ces héros ordinaires. Un très beau texte simple et émouvant sans niaiserie.
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Philshycat · il y a
tout doux , ma réflexion sur l'amour familial :
http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/le-noel-de-leon

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Joëlle Brethes · il y a
C'est bien tard pour le dire et vous ne regardez sans doute plus vos messages, mais tant pis : j'aime (donc +1) et votre très beau et très émouvant texte m'évoque une BD : "par le coeur" de Lepueblo. Si par hasard vous lisez mon message, allez voir cette BD sur la page de l'auteur...
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Guite Mourer · il y a
Merci Stéphanie Jaege.
r pour cet article si émouvant et qui traduit parfaitement notre ressenti.Moi aussi je tiens à honorer les pères qui aiment leurs" petits" et au diable ces théories ringardes du "genre" qui ne concernent en rien notre culture! je tombe sur votre photo...que vous êtes belle! Mon grand âge me permet de dire ce que je pense en tout bien tout honneur.Guite Mourer.

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Michel Montané · il y a
Voilà!
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Florence Caball · il y a
Tellement rempli d'emotion et de pudeur Bravo!
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Valentine Magnée · il y a
Chère adversaire finaliste, bravo pour ce texte plein d'humanité et de sensibilité. Le 34e vote sera le mien ;).
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Anik Lescure · il y a
Magnifique texte ma Stéphy.
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Claudine Goubeau · il y a
Fille de militaire et femme de militaire, donc les papas absents je connais, mais la femme est et reste la colonne vertébral de la famille.
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Rodolphe Fiquet · il y a
J'ai été un "papa solo", et je suis aujourd'hui encore un "papa conseil" (ou juste qui écoute) dans la vie de ma grande fille qui vit sa vie de femme. Et entre les deux j'ai été aussi, plusieurs fois, un "papa relais". Merci pour votre petit/grand texte.
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Rodolphe Fiquet · il y a
Tiens ? J'avais décoché la case "Publier sur FaceBook". Y a pas moyen, on fait un truc d'un coté et ça arrive toujours sur FB...
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Bruno P Ienic · il y a
Je sais pas si je vais envisager la version bermuda ;-)
un peu tot pour le dire :D

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Bruno P Ienic · il y a
Mon futur statut FB, en version short :père :-)
re-père :-)
...pépère ;-)

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Bruno P Ienic · il y a
Simple, juste et beau.

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