Du sang sur les mains

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Toute ma vie a été bercée par la littérature, la poésie, et le théâtre. J'ai pris la plume très tôt, et bien que légère elle donna du poids à mes mots, qui devinrent des récits, des  [+]

Quand on veut tuer, il ne faut pas avoir peur de se salir les mains. C'est ce que m'a toujours répété mon pauvre père.

Ça fait depuis longtemps que cette idée hantait mes nuits. Un jour, j'allais me le faire, c'est sûr, celui qui avait gâché ma vie. Je prendrai sa vie de mes mains, je veux le voir crever. Il n'aura pas le temps de souffrir. Ça sera rapide, net, et sans bavure. Je me suis entraîné dur pour ça. J'ai appris les gestes d'auto-défense, les coups mortels, à frapper plus vite que l'éclair, à me battre dans toutes les conditions. Maintenant, je suis fin prêt. Je n'ai pas besoin de piqûre de rappel.

J'avais décidé de passer à l'acte ce soir. J'allais lui tendre une embuscade. Je connaissais par cœur les lieux qu'il fréquentait. Il ne me restait plus qu'à l'attendre, tapi dans le noir, sans arme. J'avais décidé de me le faire à mains nues. Je savais très bien que ça ne serait pas facile, que ça ne serait pas une partie de plaisir, et que je n'avais pas intérêt de le louper. Si c'était le cas, c'est mon sang qui coulerait. Je préférais ne pas songer à cette éventualité. Rien ne me ferait changer d'avis, je ne suis ni un lâche, ni une tapette.

Je ne pourrais jamais pardonner ce qu'il m'a fait vivre, ce qu'il m'a fait endurer. J'en ai passé des nuits blanches à méditer mon crime, à attendre le moment propice, mais je n'ai jamais eu le courage de passer à l'acte. Entre l'envie de tuer et la volition, il y a une marge énorme. On est tous prédisposé à tuer, si les conditions nous y obligent. C'est une pulsion que, le moment venu, on ne peut réfréner. La mort, on l'a dans le sang, c'est inné.

L'idée de prendre la vie, d'avoir du sang sur les mains, ne me réjouissait guère, mais il le fallait, je devais m'y résoudre. Ce serait le crime parfait. Pas de témoin, pas d'arme, pas de trace une fois mes mains soigneusement lavées. Je savais qu'après, contrairement à ce que l'on pense, je pourrais retrouver mon calme et ma sérénité. Ma vie changerait du tout au tout. En me débarrassant de cette pourriture je rendrais service à beaucoup de gens. Je mériterai une médaille pour ce que je vais faire.

Ce soir, le sang va couler, mais ça ne sera pas le mien. Ce soir, j'aurai du sang sur les mains. Le voici enfin. Il est là qui rôde autour de moi. Il sait que je suis là, il me cherche. Je ne vois pas, je l'entends. Il n'y a que lui et moi dans cette pièce sordide. Je commence à paniquer, je me retourne dans tous les sens. Il est partout et nulle part à la fois. J'aurai dû sentir sa présence plus tôt. Dès à présent c'est sa morsure que je sens sur mon cou, sur mon bras. Mes deux mains s'agitent frénétiquement, battent l'air, claquent dans le vide, une fois, deux fois, trois fois... saleté de moustique. Il va me rendre dengue.
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