Du coup

il y a
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J'ai 71 ans, mais ne le dites à personne. En fait je suis de l'école d'Henri-Pierre Roché, d'abord m'adonner à fond à ma vie professionnelle (j'étais prof d'anglais pendant 40 ans, et ça m'a  [+]

Il y a peu, je tombais sur un texte fort éclairant (et encore n'est-ce là qu'un doux euphémisme), jailli comme une source pure de la plume inspirée d'un philosophe majeur quoiqu'injustement oublié. Je ne peux m'empêcher d'en restituer aux lectrices et aux lecteurs les admirables lignes, tant elles sont d'une confondante, d'une lucide profondeur. A telle enseigne qu'aussitôt lues, elles ont changé ma vie de fond en comble. Une expérience unique et libératrice que je tiens plus que tout à partager. Cependant, le texte ayant été composé il y a sept décennies, il risque d' être un peu ardu à déchiffrer pour nos contemporains. Je me propose donc de le transposer dans un français actuel de bon aloi afin que personne ne passe à côté de ce diamant étincelant de la pensée française. En vertu de quoi, vous trouverez ci-dessous, d'abord l'extrait original de « Propos pour un fondement d'une pensée démaquillée » de Vladimir Nikolaïevitch Konceptoroff (Éditions de la Corbeille à Papier, Valette-sur-Ablette, 1950, 2587 p., p. 31) puis son adaptation en un idiome plus facilement digestible respectant les canons de l'expression actuelle :

Texte original

Descartes a déclaré : "Je pense donc je suis". Aussi me suis-je dit : « Si je suis, par conséquent je pense". Avec pour effet que sur le coup j'ai cessé de penser. Car si être c'est penser pourquoi alors s'user à réfléchir, réflexion qui va déboucher fatalement sur l'erreur ? C'est pourquoi maintenant je me sens bien dans ma peau. Duc ou manant, on est dès lors on pense. Dans ce cas pourquoi s'en faire ? Merci René !

Toutes choses égales, Hamlet aurait tout aussi bien pu dire "Penser ou ne pas penser, là est la question". De la sorte, il aurait compris que le fait même de se poser la question était la preuve manifeste qu'il pensait, ce qui lui aurait fait comprendre qu'il était et que conséquemment la question ne se posait pas. D'où remise en question de la pseudo philosophie – inepte au bout du compte - de l’œuvre entière de Shakespeare. Voilà qui nous amène à affirmer que le barde eût-il condescendu à écouter Descartes, il aurait partant évité d'écrire des âneries grosses comme lui. A la suite de quoi, son œuvre eût pu égaler celle de Jean de Létraz ou même d’Édouard Bourdet.

Il résulte de tout cela qu'il faut dans une vie ne lire qu'une phrase et une seule, « Cogito ergo sum » et refermer subséquemment tous les livres. Jusqu'au jour de votre mort. Mieux encore, n'y pensez pas à la camarde, comme cela vous ne mourrez jamais !

En conclusion, vous serez donc vous penserez sans le savoir et ainsi vous deviendrez immortel.

Adaptation contemporaine

Descartes a déclaré : "Je pense du coup je suis". Du coup je me suis dit : « Si je suis, du coup je pense". Du coup, sur le coup j'ai cessé de penser. Car si être c'est penser pourquoi du coup s'user à réfléchir, réflexion qui va du coup fatalement déboucher sur l'erreur ? Du coup, maintenant je me sens bien dans ma peau. Duc ou (du coup ?) manant, on est du coup on pense, du coup pourquoi s'en faire ? Merci René !

Du coup, Hamlet aurait tout aussi bien dire "Penser ou ne pas penser, là est la question". Du coup, il aurait compris que le fait même de se poser la question était la preuve manifeste qu'il pensait, du coup il aurait compris qu'il était et que du coup la question ne se posait pas. Du coup, remise en question de la pseudo philosophie – inepte du coup - de l’œuvre entière de Shakespeare. Du coup, on peut affirmer que si le barde avait condescendu à écouter Descartes, il aurait du coup évité d'écrire des âneries grosses comme lui. Du coup, son œuvre eût pu égaler celle de Jean de Létraz ou même d’Édouard Bourdet.

Du coup, on peut dire qu'il faut dans une vie ne lire qu'une phrase et une seule, « Cogito du coup sum » et refermer du coup tous les livres. Jusqu'au jour de votre mort. Mieux encore, n'y pensez pas à la mort, du coup vous ne mourrez jamais !

En conclusion, vous serez du coup vous penserez sans le savoir et du coup vous deviendrez immortel.
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Firmin Kouadio · il y a
Je vous lis, je finis de vous lire avec sourire. Votre sens de l'humour est fort développé, et vous nous partagez votre gaieté. Peut-être aimeriez-vous passer me découvrir ? J'ai un texte en compétition aux jeunes écritures, votre lecture me ferait vraiment plaisir.
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Guy Bellinger · il y a
Tout comme trop de nuit nuit trop de sérieux est mal sérieux. Je vais aller vous lire avec plaisir.
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Guy Bellinger · il y a
Comme trop de nuit nuit trop de sérieux tue ! Je vais aller vous lire avec plaisir.
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cendrine borragini-durant · il y a
Vous m'avez fait passer un bon petit moment avec votre philosophie pleine d'humour. Du coup je pense, donc je suis, mais sans savoir que je suis immortelle du coup... ;-)
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Guy Bellinger · il y a
Désolé, Céline mais mon clavier a fourché. Je disais donc : Philosophie + Humour = "Le Gai savoir" de Nietszsche, philosophe à recommander
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Guy Bellinger · il y a
Philiosophie + humour = "Ke Gais sa
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Mohamed Laïd Athmani · il y a
C'est trouvé alors GUY!
N'y pensons pas du tout. Chez nous, on dit:
"" Oublie le mal, il t'oublie. "

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M. Iraje · il y a
Du coup, l'histoire du serpent qui se mort la queue prend toute son importance ... Finir par en mourir !
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Emile Lefevre · il y a
Elève Bellinger revoyez votre copie. La logique cartésienne ne sied pas à l'emploi du tic "du coup". On dit couramment : j'ai envie de pisser, du coup ça me fait chier.
Ou encore : Je ne supporte pas cette expression, du coup j'ai été ravi de la lire une pappardelle de fois dans ta prose.

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Guy Bellinger · il y a
La critique est amère : du coup, vais-je me remettre du coup ?
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Emile Lefevre · il y a
Remettez vous vite Maître , faites nous rire et surprenez nous encore longtemps. Merci.
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Long John Loodmer · il y a
Un humoriste a dit "Je pense, mais ne me comprend pas"
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Guy Bellinger · il y a
Je pense que... je ne comprends pas cet humoriste.
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Eva Dayer · il y a
Les grands esprits se rencontrent, paraît-il : on a philosophé en famille sur la richesse de ce ''du coup'' au dernier réveillon (serait-ce un régionalisme ?) Du coup, on a raté les douze (coups) de minuit ! Du coup, je suis encore en 2019 !
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Guy Bellinger · il y a
Une telle coïncidence me coup- e le souffle !
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michel jarrié · il y a
Cher Guy.
Se glisser dans la peau d'un autre afin d'éviter d'être confronté à soi-même avec la gène qui pourrait en résulter....Belle fin d'année.

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Guy Bellinger · il y a
Merci Michel. Ah! philosophie qua,d tu nous tiens !
Bonne fin d'année à vous aussi.

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Vrac · il y a
Du coup, c'est un texte très frappant. J'ai failli écrire frapadingue
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Guy Bellinger · il y a
Frappant, je prends. Frappadingue, j'aurais pris.
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Daniel Nallade · il y a
Dans le désert la question devient fluide !
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Guy Bellinger · il y a
Ca coule de source, du coup !

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