Drôle de Noël

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23 décembre, vous avez fêté Noël la veille. Une soirée magnifique avec vos petits-enfants. Vous avez oublié la biopsie de la semaine précédente. 9h30, le téléphone sonne, votre médecin vous rappelle à l’ordre. Les résultats sont devant ses yeux : cancer, il faudra opérer. Vous ne demandez pas de détails.
24 décembre, chirurgien. Grosse tumeur. Ablation complète. Vous étiez fière de votre poitrine, moyenne, mais encore ferme pour votre âge. Vos seins avaient été de fidèles nourriciers pour vos enfants. Aujourd’hui cet homme devant vous prononce des mots incompréhensibles, de ceux que vous ne pensiez jamais entendre. Vous aviez écouté vos amies qui étaient passées par cette épreuve, leurs mots étouffés de sanglots vous avaient fusillé le cœur. Vous les aviez consolées et aidées du mieux possible.
C’est votre tour.
Vous écoutez les mots du chirurgien et votre cerveau les malaxe. Vous faire opérer ? Laisser les choses aller leur chemin quitte à voir votre fin proche ? Pendant quelques secondes vous ne savez plus quelle formule choisir. Comme une automate vous suivez l’homme. Le dossier est prêt. Des rendez-vous à n’en plus finir. La secrétaire a tout préparé.
Comme un pantin vous rentrez chez vous. Assise sur une chaise, la tête entre les mains, vous restez prostrée. L’ouragan qui couvait vous triture le ventre, vous retourne l’estomac, vous écrase la poitrine, fait éclater votre tête. Vous aimeriez pleurer. Aucune larme ne sort. La douleur est trop forte. Arrivée dans le troisième âge, votre forme vous permettait enfin de vivre ce que travail et évènements vous avaient volé dans votre jeunesse. Devrez-vous tirer un trait sur tous les plaisirs ? Vivre une vieillesse lancinante ? Vous regardez le sapin fièrement dressé. Vous avez eu des cadeaux de Noël plus heureux ! Après une profonde respiration pour évacuer la tension votre choix est fait. Vous subirez la mastectomie ! Ce sapin qui semble vous regarder d’un air compatissant, vous murmure que vous en aurez encore de beaux Noëls ! La guerre est déclarée entre vous et le cancer. Deux équipes : vous et les médecins pour le combattre. Personne ne doit savoir que vous allez être amputée. Surtout cacher votre infirmité. Vous commencez à vous programmer. Vous vous visionnez dans la glace, matin et soir : un sein, une barre, une barre, un sein. Le sein droit disparaît petit à petit du miroir, remplacé par cette barre que sera la cicatrice. Vous reprenez vos activités en jonglant avec les rendez-vous. Vous gardez votre sourire, votre bonne humeur. Des mots se murmurent continuellement sous votre front : s’ils savaient ! Non, ils ne sauront rien. Vous trouvez un soutien-gorge doux, avec une petite dentelle et surtout une doublure. Vous allez y glisser un peu de ouatine. Ce sera parfait pour l’hôpital. Vous aurez un semblant de poitrine complète sous votre T-shirt lorsque les infirmières passeront et que vous devrez faire des pas dans le couloir. Vous vous êtes tellement bien conditionnée, que le choc est moins rude en passant votre main sur le pansement et en vous regardant dans la glace. Une bonne nouvelle l’oncologue ne conseille pas de chimio ! Vous utilisez votre propre voiture pour vous rendre aux séances de radiothérapie. Vous surmontez l’appréhension de reprendre le volant et les douleurs des premiers jours pour passer les vitesses. Vous ne voudriez pas que vos voisins vous voient monter dans un VSL.
Avez-vous gagné le combat ? L’avenir vous dira si « LUI » aura sa revanche.
Vous vivez chaque jour à fond en pensant le moins possible au lendemain. Dans quelques semaines, vous annoncerez, en la minimisant, la nouvelle à vos enfants et à vos proches. Vous aurez une belle mine et le sourire aux lèvres. Vous n’allez pas vous apitoyer, surtout sur vous. Gémir ne fait pas avancer la guérison.
Avec plus d’intensité vous savourez chaque petit plaisir, la moindre petite joie.
Aimer, oui ! C’est votre credo !
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Fabienne Maillebuau · il y a
Une belle leçon d'amour, mes cinq voix,Maria, je vous invite sur https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-jour-dapres-25, merci à vous.
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Maria Angelle · il y a
Merci infiniment. Je vais lire votre texte.
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Joël Riou · il y a
Une description au scalpel des affres dans lesquelles est plongée l'héroïne, sur un sujet difficile à traiter.
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Maria Angelle · il y a
Merci joel, d'avoir bien saisi l'intensité.
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Une vraie guerrière !
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Maria Angelle · il y a
Merci il faut l'être un peu dans ces cas là.
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Jean Calbrix · il y a
Je relis avec plaisir ce bon texte pour lequel j'ai déjà voté.
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Jennyfer Miara · il y a
C'est un combat joliment mené! Félicitations :-)
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Maria Angelle · il y a
Merci Jennyfer, un combat sans romance...
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Jean Calbrix · il y a
Une belle leçon de courage... et d'espoir. Merci, Maria Angelle, pour votre texte poignant ! Vous avez mes cinq voix.
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Maria Angelle · il y a
Merci infiniment. Il est direct. Merci
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De margotin · il y a
Très beau
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Maria Angelle · il y a
Merci
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Rogers Cow · il y a
comme dab toujours au top ....
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Maria Angelle · il y a
Merci d'avoir lu Roger
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Martine Platarets · il y a
Magnifique texte plein d'espoir et tellement touchant ! Bravo !
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Maria Angelle · il y a
Merci Martine
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Thérèse Desorgues · il y a
Tu as tellement bien décrit la réalité des choses. La stupéfaction, le déni, la réalisation sans être toutefois totale, le choix du courage, de la fierté, d'être une guerrière blessée mais qui ne se l'avoue pas. Merci pour cette tranche de vie bien trop courante. Bravo pour la justesse des sentiments, des réactions et des mots.
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Maria Angelle · il y a
Merci Thérèse pour ton analyse. de mon texte