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Drôle de départ pour Célestine

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MariePrune Vicat

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Boum ! Badaboum ! Célestine dévale les escaliers et atterrit dans une ambulance. « Oh, ma Tine ? » Hubert, planté sur le trottoir, les yeux mouillés d’inquiétude, regarde partir plusieurs gyrophares flous et hurlants. Quelques secondes pour disparaitre au coin du boulevard Talbot. Rue du Rocher, virage à droite, virage à gauche. Feu rouge. Bus. Sirène. Clac ! Bang ! Le brancard tombe du véhicule, clac, les roues arrière, clac, les roues avant, clac, et se jette dans l’escalier. Bunlung. Bunlung. Couloir carrelé, Critch Poc. « Ben alors, Madame, on fait des acrobaties ? Tssss Tssss. Allez, petit bolide ! On file à la radio. » Démarrage. Tacatac Tacatac. Plus Célestine écoute la musique du brancard, plus son corps pleure. Plus Célestine se perd dans l’antre de l’hôpital, plus elle a froid. Les néons jettent des éclairs dans ses yeux fatigués. Pschhhh. Noir. Pschhh. Noir. Pschhh. Noi. Pschh. Nnn. Psch. Psch. Psch. Un souffle glacial passe sur son corps balloté. Ses cheveux frissonnent. Les murs suintants s’enfuient ; elle doit fermer les yeux. Virage à droite, virage à gauche, chicane. Elle sent bien qu’elle va vomir. Un trou. Klong. Une bosse. Paff. Le vent sur la peau, la chair de poule sur sa peau chiffonnée. Une porte claque. Clac. Pas un mot qui ne vient jusqu’à sa langue, pour dire (...) Lèvres pincées, elle pense à Hubert quand, sans préavis, le brancard s’arrête. Net. Criiiii. « Madame ? On va prendre son élan, d’accord ? » L’estomac de Célestine se renverse. Plonk ! Les mots sont toujours bloqués dans sa gorge (...). « Prête ? » Mais non, pense-t-elle, pas prête. « À la une... » Oh mon Dieu. Quand elle ouvre les yeux, elle ne voit que la bouche immense du brancardier ouverte en un large sourire d’encouragement ; comme auprès d’un enfant qui s’élance pour la première fois sur son vélo. « À la deux... » Le sourire s’élargit encore, si c’était possible. De gros sourcils broussailleux se lèvent, haut, haut. Fiiich, Fiiich, la semelle du fou du volant accroche le sol jaune pour annoncer le démarrage imminent. Célestine ouvre la bouche pour prendre longuement une goulée d’air, hunnnnnn. « GOoooo ! » La tête se renverse, le brancard glisse et commence à descendre, Schhhhh, Tacatac, Tacatac. Tap, tap les semelles de crêpe. Vite, plus vite, descente, plat, remontée, han, han, tacatac, tatac, tatac, han, han, tac, tac, tac, tac...
Etourdie, haletante, étonnée, Célestine sent un souffle tiède l’envelopper. Alors, elle lève ses bras maigres vers le plafond qui vient de s’ouvrir sur un ciel étoilé. Célestine entend à peine le Ooooo expiré par monsieur Sourire et Fffffff, elle prend son envol, tout sourire, comme ça, sans rien dire.

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Jeanne en B. · il y a
Très réussi ! J'ai bien aimé
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MariePrune Vicat · il y a
Merci beaucoup ! ... Je l'avais oublié et vous me donnez l'occasion de relire ce petit texte.
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Thara · il y a
J'adore le ton de votre histoire et son écriture, l'ambiance y est palpable...
+ 4 voix !

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Raphaëlle Jeantet · il y a
Merci Marie, j'étais dans le brancard à la place de Célestine. Un régal à lire à voix haute...
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François Duvernois · il y a
Un véritable clip votre histoire. Très visuelle et très sonorisée aussi. Bravo !
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MariePrune Vicat · il y a
Merciiiiii
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Polotol · il y a
Dans leur drôle de machine. A+ https://short-edition.com/fr/auteur/polotol
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Joséphine Deleu · il y a
L'ambiance et la solitude sont rendues aussi bien par les onomatopées que par le choix des mots. Je me suis attachée à cette Célestine mais j'aurai aimé avoir un ou deux détails au début du texte pour savoir qu'il s'agissait d'une vieille dame (c'est ce que j'ai compris à la fin).
Si le noir ne t'effraie pas, viens lire ma nouvelle.

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MariePrune Vicat · il y a
Merci Joséphine. J'avoue que je pensais être plus ou moins claire avec le choix des prénoms de Célestine et Hubert. Bien sûr que j'ai peur du noir ! ... mais je suis très courageuse !
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Joséphine Deleu · il y a
Je m'appelle joséphine j'ai 29 ans. Je connais un Augustin de 2 ans et une Eugénie de 1 an. Alors... :)
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MariePrune Vicat · il y a
Mais oui, c'est juste (et non pas Juste son prénom ...) ... Je comprends que je dois veiller à être plus claire ; merci. Que de jolis prénoms !
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Francine Lambert · il y a
Un parcours mouvementé, à la fois sonore et visuel . . . c'est très réussi, quelle énergie dans l'écriture ! Au plaisir Marieprune !
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Françoise Mornas · il y a
Quand on a déjà connu un trajet en brancard dans un hôpital, on se sent proche de l'héroïne de votre histoire ! Et les onomatopée donnent du rythme et de l'humour à ce voyage particulier ! La fin me laisse perplexe, qu'arrive-t-il vraiment à Célestine ?
Aurez-vous envie de découvrir mon texte en lice dans ce même prix ? https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-dernier-grand-frisson
Aurez-vous envie de découvrir mon "vroum" :

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Ginette Vijaya · il y a
Un moment dans une ambulance , c'est si terrible que cela ? Wouah !
je concours aussi avec un texte : " de roues en roues "

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Vallerie · il y a
Les onomatopées rythment merveilleusement bien votre récit, c'est très poétique. Shabam ,pam,ploc,wiizzzz!
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