Douceur administrative

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L'essentiel en 400 caractères... Que dire... J'aime lire, écrire pour être quelqu'un d'autre, un instant, plus longtemps... Dire qui je suis ne me paraît donc pas essentiel. J'aime les formats  [+]

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Gwladys aime le chocolat.

C'est un fait avéré et personne ne saurait le contredire.

Elle l'aime corsé, lacté, nappé, délayé, fourré, liquide, solide, mousseux, en barre, en poudre, en tartine, au riz, aux noisettes, aux raisins, au nougat.

Gwladys travaille beaucoup.

C'est un fait avéré et personne ne saurait le contredire.

Elle écrit, téléphone, maile, textote, frappe, corrige, photocopie, poste… entre deux carrés de chocolat piochés machinalement dans son sac accroché à sa chaise de bureau. Et tandis qu'elle commente devis et réticences au sujet du planning des dernières formations marketing, sa langue, entre deux mots, quête sur ses lèvres quelques miettes de délice égarées çà et là.

Ainsi passent ses journées, la gorge sans cesse occupée.

Pourtant ce matin-là, sa bouche reste bée, lorsque Odette à sa porte parvient tout essoufflée. Le formulaire C-33412-bis n'a pas été signé, ni envoyé, ni donc reçu à cette date limite qu'on vient de dépasser. Odette, ébouriffée et les joues écarlates, semble tout droit sortie d'un manège infernal, et derrière elle déboulent secrétaires acrobates et comptables jongleurs qui enjambent les placards et s'accrochent aux tiroirs, faisant jaillir papiers et contenants divers, qui volent dans les couloirs au-dessus des têtes et des bras agités.

Gwladys, bien incertaine devant ce cas troublant, jure ses grands dieux de sa bouche cacao, qu'elle n'a pas vu passer, jamais sur son bureau, le papier concerné… Et se léchant les doigts, elle attend patiemment. Car, s'exclame-t-elle à ceux qui vers elle viennent chercher, encore eut-il fallu qu'elle ait vu ce papier pour qu'elle puisse le signer et à temps l'envoyer !

C'est en fin de journée qu'une Odette échauffée se pose face au bureau délicatement parfumé et plaque sous les yeux de Gwladys intriguée un grand papier bleuté, sur lequel son doigt, aux ongles manucurés, glisse précisément jusqu'au coin haut droit. Gwladys, la langue sur les lèvres, admirant le vernis soigneusement posé, s'empresse cependant de suivre attentivement le joli doigt pailleté…

Et son regard constate, sous celui qui l'épie, sur ce coin désigné du formulaire C-33412-bis finalement trouvé, une empreinte chocolat… Un petit rond strié et couleur cacao… C'était il y a dix jours, elle s'en souvient très bien, des truffes succulentes… Un régal, elle l'avoue... Un régal devenu aujourd'hui indigeste, et pour cette chère Odette, une preuve irréfutable que Gwladys ne saurait contredire.

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