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Douce frayeur

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RAC

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Mince alors mais qu’est-ce qui se passe ? J’ai le bide en feu ! Purée, mais qu’est-ce qui m’arrive... l’impression d’un coup de couteau qu’on vient de me planter dans le ventre et que l’assassin se plait à tourner dans tous les sens pour mieux me torturer. Ou alors je suis attaché à un totem dans les plus hautes flammes et on m’enfonce d’immenses aiguilles dans le ventre à la manière des rituels vaudous. Si j’allais vomir ? Ho, putain, ça fait mal...
Je me dirigeais vers les toilettes, d’énormes gouttes de sueur perlaient sur mon front puis coulaient sur mes tempes jusque dans mon cou. Ma chemise était trempée. J’avais de plus en plus chaud. Je souffrais le martyre. Ne parvenant pas à vomir et sans personne pour m’aider, j’atteignis péniblement la salle de bains et me passais de l’eau sur le visage. Je bus un peu et les douleurs se firent alors encore plus intenses. D’abord courbé au-dessus du lavabo, je finis par me trainer avec difficulté jusqu’au salon pour attraper le téléphone et composer le 18.
Quelques minutes plus tard, j’étais recroquevillé sur le tapis du salon, la ceinture délacée, le jeans ouvert tombant sur le bas du ventre, me tordant dans toutes les positions en criant de douleur, obsédé par cette fournaise qui brûlait dans mon bas ventre, quelque part entre l’estomac, le foie, les intestins ou ailleurs... Je n’en avais pas la moindre idée. Je voulais juste que ça s’arrête et des idées noires traversaient déjà mes pensées. Mon rythme cardiaque s’accélérait. J’avais du mal à respirer.
Les pompiers sont enfin arrivés. Après quelques questions et palpations, le SAMU a suivi. On m’a allongé sur un brancard en me disant que ce n’était pas grave, qu’ils s’occupaient de tout : que j’avais eu de la chance ; que j’avais appelé juste à temps ; que l’intervention serait bénigne mais qu’elle était indispensable. J’avais déposé ma carte vitale sur la table d’entrée à côté de mes clefs. Ils m’avaient enregistré et avaient refermé la porte de ma maison. J’étais en route pour l’hôpital le plus proche. La sirène faisait un vacarme infernal, ils roulaient très vite, mon cœur battait la chamade, j’étais terrorisé et surtout... j’avais terriblement mal.
Dans l’ambulance, ils me posaient quantités de questions et tout s’embrouillait dans ma tête. Non, je ne me souvenais pas avoir mangé de piment, de citron, de plat épicé, ou fait une orgie de fruits, d’alcool ou de choses très grasses récemment. Non, on ne m’avait pas diagnostiqué de cancer, d’ulcère ou d’hernie. Non je n’étais pas constipé depuis plusieurs jours. On m’a examiné les yeux avec une petite torche éblouissante, on a appuyé sur différentes zones de mon ventre incendié comme un buisson ardent. J’ai hurlé. Aux urgences on m’a fait une prise de sang, une échographie et sans doute d’autres examens mais je ne m’en souviens plus. On m’a déshabillé, lavé et désinfecté puis un infirmier m’a conduit au bloc opératoire. Tout est allé très vite. J’étais tétanisé et je ne comprenais rien. La seule chose qui résonnait dans ma tête était l’inscription sur le carton au pied du lit : A.P.
Au bloc, on m’a souri puis j’ai aperçu une seringue et entendu une voix douce me dire :
- Bonjour B., ne vous inquiétez pas, c’est juste une ablation. Vous vous sentirez beaucoup mieux après. A tout à l’heure. Je viendrais vous voir à votre réveil. Tout va bien se passer.
Une ablation ? Mais que va-t-on couper ? A.P. ? Ablation du Pénis ?
Je n’ai pas eu le temps de réagir. L’anesthésiste avait fait son job et je m’endormis subitement profondément. C’était salutaire.

******

Quelques heures plus tard, j’ouvrais les yeux mais voyais trouble. Je me réveillais sur un lit d’hôpital avec des draps blancs, dans une chambre ensoleillée aux peintures défraîchies. Seul. Ma tête bourdonnait. J’avais mal certes, mais plus du tout cette douleur infâme que j’avais endurée auparavant. Soudain, je me souvins de l’inscription « A.P. » au pied du lit et la panique s’empara de moi. Je commençais à avoir chaud. J’avais moins mal, mais que m’avaient-ils ôté ? Je commençais par étirer mes jambes : elles étaient bien là ! Je soupirais. Les effets de l’anesthésie étaient encore présents et je n’étais pas sûr de mes mouvements. Mon cerveau était encore embrumé. A ma main gauche, un petit capteur relié à une grosse machine emprisonnait mon majeur pour prendre ma tension. Je tentais alors de passer mon bras droit sous le drap pour vérifier si mes attributs étaient toujours en place mais une perfusion m’en empêchait. Je ne pouvais pas bouger et je ne sentais pas mon bas ventre. Mon corps était ankylosé et mon cerveau dans un flou nauséeux. Je craignais le pire, mais impossible pour le moment d’en avoir le cœur net.
J’appréhendais l’inévitable réalité, lorsqu’on toqua à la porte. Une femme en blouse blanche très souriante entra.
- Bonjour B. Alors ? Ça va mieux ? Ha, je vois que vous ne me reconnaissez pas. C’est normal sans mon costume ! C’est moi qui vous ai opéré. Je suis le docteur A. Vous nous avez fait une belle frayeur mais tout est en ordre. On va vous garder une huitaine de jours, le temps que tout cicatrise et que vous puissiez marcher. Pour l’instant vous êtes à la diète avec une perfusion qui vous nourrit. Et pour faire pipi, ne vous inquiétez pas, vous avez un drain, jusque dans le bocal, là, sous le lit. Dès qu’il est plein, vous sonnez ! Une infirmière vous fera la toilette et d’ici trois jours vous reprendrez une alimentation normale et vous pourrez arpenter les couloirs avec votre drain. Vous aurez une jolie cicatrice et ça va tirer un peu mais surtout ne vous grattez pas. Bon, maintenant il faut vous reposer, c’est la seule façon d’être sur pieds au plus vite. Je repasserai demain.

Vous devez être né sous une bonne étoile car une Appendicite-Péritonite à plus de 40 ans, ça aurait pu être... vraiment beaucoup plus grave !

PRIX

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Agathe Agathe · il y a
Ah les hommes et leurs... Angoisses!!
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RAC · il y a
C'est pas faux ! Merci de votre visite Agathe !
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Frédéric Petit · il y a
Très bien écrit, bravo...
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RAC · il y a
Merci Frédéric et n'hésitez pas à lire mes autres textes, la critique est constructive ! A bientôt...
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Ray dit Kourgarou · il y a
Bien écrit, une idée simple et bien tournée. Un copain en fut victime, failli y passer à 19 ans. Moi j'ai toujours mon bel appendice... toujours mes deux beaux appendices dirai-je même, sans forfanterie.
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Comment ça chuis à la bourre ?
Bon, okay, j'étais parti à la chasse au lapin et pas trop le temps de lire... je m'y remets.

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RAC · il y a
Sympa d'être passé Assassin ! (trop mignon les lapins... snif !)
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Ray dit Kourgarou · il y a
Un bon civet d'abord et ensuite je vais me faire faire un beau manteau en peau de lapin car "lapin ça linge". J'en mets aussi des morceaux dans mon café car "lapin ça sucre".
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Jigé · il y a
pour couper court à toutes supputations, je dis Bravo....
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RAC · il y a
C'est très sympa, merci beaucoup JIGE ! A+
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Lange Rostre · il y a
Ah ouais, j'ai eu peur ! Le pénis quand même !! Ouf ! ☺
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RAC · il y a
"Saint" peut-être pas, mais sauf !
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Luce des prés · il y a
J'ai un peu de retard !!!
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RAC · il y a
Mais non ! On est dans un pays libre ; moi non plus je ne suis pas collée devant l'écran tous les jours. LOL. Merci d'être passée et A+++
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Fifre · il y a
Tout ça pour me faire peur....à moi aussi....
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RAC · il y a
Bien remis ? Merci de votre visite et à très bientôt chez l'un ou l'autre...
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Isabelle Lambin · il y a
Il a eu chaud, effectivement !
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RAC · il y a
Merci d'être passée Isabelle ! A+
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Ratiba Nasri · il y a
Ouf, tout est bien dans le meilleur des mondes :-)
Bravo Rac pour le suspense conservé jusqu'à la fin !

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Thierry Schultz · il y a
Eh oui, la bonne vieille appendicite… Je ne l'ai pas eu non plus et j'ai bien dépassé les 40 ans… Bon suspense, dommage je n'ai pas assez tremblé, Mes voix opératoires RAC !!!
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