Double

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Je suis une écrivante. Les mots squattent mon intérieur depuis toujours. Certains y restent, d'autres voyagent sur une feuille blanche ou un ordinateur. J’ai beaucoup écrit sans jamais partage  [+]

Image de 2015

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La chaleur pèse un camion rempli de déménageurs ; lourde, humide et fiévreuse. Passé midi, je ne tiens plus sur mon siège en faux cuir. La fonte de ma culotte Petit Bateau, dans mon jean version slim, est imminente. Pas d’autre choix que de rentrer chez moi pour me changer si je ne veux pas prendre l’eau. Je décolle du bureau sans oublier ma vie dans mon sac. Post-it rose posé sur mon ordinateur, retour prévu autour de 14 heures.

Dehors l’air est encore plus mouillé. Paris transpire l’été sans la plage et le vent toujours prêt à vous faire bouffer du sable chaud. Les rues sont désertes, même le soleil cherche l’ombre. J’arrive enfin au pied de mon immeuble. Les cinq cents mètres parcourus ont le goût d’un marathon sans un pote pour vous balancer une bouteille d’eau à la figure tous les cinq kilomètres.
Les escaliers sont une dernière épreuve, cinq étages à escalader. Je sens dégouliner la canicule tout le long de ma colonne vertébrale. Au troisième palier, j’ai une folle envie d’appeler les pompiers pour éteindre le feu. Au quatrième, je retrouve mes esprits, ils m’ont toujours donné très chaud. Rajouter de l’huile sur des flammes, c’est une très mauvaise idée.

Porte ouverte, je passe l’entrée et me retrouve déjà dans le salon option chambre à coucher. 20 m² sous-loués à un sexfriend parti un an goûter la langue de Shakespeare. Enfin, c’est ce que je croyais.

Dans mon canapé – ou plutôt le sien –, je le découvre avachi, les yeux repeints au jet-lag, à moins que ce ne soit par les blondes qui m’attendaient dans son frigo. Il ne dit pas un mot et me fixe à la place. « Scotcher » serait un terme plus approprié pour expliquer ce qui me pénètre sur le moment. L’absence a du bon, le regard est encore plus brûlant que la première fois où l’envie nous a fait démonter sans façon son convertible.
La respiration suivante, haletante, la parole interdite, il se lève et me pousse crûment contre le seul mur sans clou. La déco dans ce studio a toujours été approximative et jamais finie. Les cloisons résonnent encore de nos bouches affamées.

Il est 14h30. J’ai perdu mon navire coton bio pendant la tempête, la température est au bord de l’asphyxie et je suis en retard. Quelque part entre les gouttes de transpiration bodybuildées à la phéromone, mon portable sonne un SMS. Je rampe jusqu’au message.

« Salut, mon frère va passer récupérer un disque dur. C’est mon double avec un autre jeu de clés. Tu risques de le croiser. Ciao Bella. »

Le vertige au bord des lèvres, je réponds : « C’est fait. Ressemblance à tomber... »

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Daniel Grygiel Swistak · il y a
Une méprise intéressante, si le temps vous le permet, voir "ENFIN" sur mon site, merci

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