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Matine

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FINALISTE
Sélection Jury

Recommandé
La chaleur pèse un camion rempli de déménageurs ; lourde, humide et fiévreuse. Passé midi, je ne tiens plus sur mon siège en faux cuir. La fonte de ma culotte Petit Bateau, dans mon jean version slim, est imminente. Pas d’autre choix que de rentrer chez moi pour me changer si je ne veux pas prendre l’eau. Je décolle du bureau sans oublier ma vie dans mon sac. Post-it rose posé sur mon ordinateur, retour prévu autour de 14 heures.

Dehors l’air est encore plus mouillé. Paris transpire l’été sans la plage et le vent toujours prêt à vous faire bouffer du sable chaud. Les rues sont désertes, même le soleil cherche l’ombre. J’arrive enfin au pied de mon immeuble. Les cinq cents mètres parcourus ont le goût d’un marathon sans un pote pour vous balancer une bouteille d’eau à la figure tous les cinq kilomètres.
Les escaliers sont une dernière épreuve, cinq étages à escalader. Je sens dégouliner la canicule tout le long de ma colonne vertébrale. Au troisième palier, j’ai une folle envie d’appeler les pompiers pour éteindre le feu. Au quatrième, je retrouve mes esprits, ils m’ont toujours donné très chaud. Rajouter de l’huile sur des flammes, c’est une très mauvaise idée.

Porte ouverte, je passe l’entrée et me retrouve déjà dans le salon option chambre à coucher. 20 m² sous-loués à un sexfriend parti un an goûter la langue de Shakespeare. Enfin, c’est ce que je croyais.

Dans mon canapé – ou plutôt le sien –, je le découvre avachi, les yeux repeints au jet-lag, à moins que ce ne soit par les blondes qui m’attendaient dans son frigo. Il ne dit pas un mot et me fixe à la place. « Scotcher » serait un terme plus approprié pour expliquer ce qui me pénètre sur le moment. L’absence a du bon, le regard est encore plus brûlant que la première fois où l’envie nous a fait démonter sans façon son convertible.
La respiration suivante, haletante, la parole interdite, il se lève et me pousse crûment contre le seul mur sans clou. La déco dans ce studio a toujours été approximative et jamais finie. Les cloisons résonnent encore de nos bouches affamées.

Il est 14h30. J’ai perdu mon navire coton bio pendant la tempête, la température est au bord de l’asphyxie et je suis en retard. Quelque part entre les gouttes de transpiration bodybuildées à la phéromone, mon portable sonne un SMS. Je rampe jusqu’au message.

« Salut, mon frère va passer récupérer un disque dur. C’est mon double avec un autre jeu de clés. Tu risques de le croiser. Ciao Bella. »

Le vertige au bord des lèvres, je réponds : « C’est fait. Ressemblance à tomber... »

PRIX

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Alain Lonzela · il y a
La chute est excellente.
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Yoann Bruyères · il y a
Très bon texte, j'aime le rythme essoufflé, ça donne une sensation de vécu un peu brut
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Arlo · il y a
J'étais passé à coté de votre excellent TTC et je vote avec un peu de retard. A L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bonne soirée. Cordialement, Arlo
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Mirgar · il y a
Un texte bien amené avec une belle chute...+1
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Matine · il y a
Merci beaucoup.
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Brigitte Prados · il y a
Encore un très beau texte ! De belles évocations, de l'humour et une chute, le tout servi par une plume alerte ! Bravo ! +1 !
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Matine · il y a
Effectivement, très en forme lors de cette écriture :) Merci beaucoup pour ces encouragements à continuer.
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Jean Calbrix · il y a
Bien rendue, cette canicule. Cela n'empêche pas l'héroïne de faire des folies de son corps si on en croit "la perte du navire coton bio pendant la tempête" !Et quelle chute ! Bravo, Matine. Vous avez mon vote.
J'ai un vieux fauteuil très confortable pour se reposer pendant la canicule. C'est ici : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/le-fauteuil-rimbaldise

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Matine · il y a
Un texte où le lâcher prise est de rigueur. Il a donc bien fallu que je chute... ;) Relevée depuis, je vais répondre à l'invitation de votre fauteuil :) Merci pour ce partage.
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Ch. Deguerrelasse · il y a
Ah Ah ! ça valait le coup de consacrer un moment à ce texte plutôt qu'au fastidieux "comité" (comprenne qui pourra). Ch.
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Matine · il y a
Je comprends pas ;) Merci beaucoup pour cet encouragement à continuer à voir double :)
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Fred Panassac · il y a
Franchement, j'aime beaucoup ce Double, Matine ! Les images surprenantes, les comparaisons irrésistibles, très imaginatives, et la chute qui m'a vraiment surprise comme toute chute qui joue son rôle de chute !
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Matine · il y a
J'ai effectivement essayé de surprendre avec ce style qui reste le mien. Je ne sais pas écrire autrement :) Merci pour ce très beau partage.
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Wallace · il y a
Très bon! Le style colle parfaitement au thème.
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Matine · il y a
C'est une très bonne nouvelle. Merci pour ce partage.
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Marine Azur · il y a
Peut-on être plus près du thème ? :) non! je ne crois ! c' est superbe Matine un beau moment de lecture + un vote et jolie soirée

et si tu veux et le cœur t' en dit ...http://short-edition.com/oeuvre/poetik/une-syncope-a-chaloupe-la-nuit-1

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Matine · il y a
Le cœur m'en a déjà dit... J'ai déjà voté et même fait un commentaire sur ton texte :) Merci infiniment pour le tien. Belle soirée.
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Marine Azur · il y a
Ho! Excuse-moi, des fois, je ne sais plus où j' en suis ! merci beaucoup alors ! ( sourire!)
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