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Douala est le blues

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Mwan Zamba

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Manu Dibango, Richard Bona.

Voici le bruissement du Blues glissant sur le Wouri. Voici la mélodie qu’entonnent les vagues se baladant sur les berges sablonneuses de Douala. Voici les voix qui portent le parfum des fleuves qui ne connaissent pas de barreaux. Voici le souffle qui offre l’épice à la terre et la fraîcheur au fruit. Voici pourquoi les hommes chérissent La Liberté.

J'ouvre mon cœur ! La vie est belle ! Mon âme embrasse le soleil. Les effluves de saxophone encourageant les riffs de guitare chantent la douleur des nôtres jadis enchaînés dans des bateaux d'esclaves. Ces cantilènes savoureuses rapportent la mémoire des hommes, des femmes et des enfants de nos pays, de nos villes, de nos villages, de nos forêts, de nos savanes, de nos déserts, de nos montagnes, de nos côtes, de nos cases, de nos huttes, de nos guerres, de nos trahisons, de notre misère de cœur, de notre cupidité ; traînés à travers des océans pullulant de requins blancs avides de boire du sang noir. 

Quelle tragédie que l’Existence Des Noirs le long du chapelet d’un Monde en marche !

La Musique de la côte camerounaise te peint des peaux arrachées à leurs chairs mères. Des hommes que tendent et battent d'autres hommes, tel du cuir et jusqu'à la mort; pour faire naître leurs bottes du dimanche, le jour du seigneur. Le Soul-Makossa de Papa Manu et le Sawa-Jazz de Tonton Richard t'entonnent le déchirant craquement des os d'une vieille dame africaine que piétine avec ardeur une jeune esclavagiste caucasienne. Même le curé lui a enseigné que les africains ont été arrachés à leur enfer d'obscurantisme pour mourir au paradis en paillasson des occidentaux.

Écoute comment un enfant de Deido et un gamin de Minta te plongent dans la beauté des rivages de la Sanaga. Ils t’invitent à identifier et à tourner le dos à toute philosophie de destruction de l'Humain. Tout ce verbe qui distord l'Esprit jusqu'à la rupture avec sa propre âme. Jusqu'à l'oubli de sa propre personne. Jusqu'à l'assassinat de sa propre spiritualité. 

Des siècles d'esclavages et tant de décennies de colonisation n'ont servi qu'à détruite la gloire humble que voyait l’âme noire contemplant sa propre conscience. Ce Lynch a habilement et cruellement trompés des armées de sots cupides et oublieux de toutes valeurs morales universelles. Depuis, la descendance spirituelle des chacals buveurs du labeur des autres jettent des bombes sur nos hôpitaux et met le feu à nos écoles. Mon sang m'assassine en ricanant de mes cris d’agonie. Et ma propre natte refuse le repos à ma carcasse.

Heureusement, il suffit de la lumière d'un seul Bluesman Africain pour que renaisse le soleil au milieu des ténèbres de l’ère. C'est un beau don que de pouvoir offrir La Liberté de se souvenir des larmes sans pleurer. C'est un si bel espoir qui se pose sur nos terroirs de terres battues. 

Cette musique qui te raconte le littoral camerounais, depuis Dibombari Jusqu'à Bépanda et d’autres campagnes après Bonamoussadi, est une si douce sensation. Une tendre chaleur m'envahit et me réchauffe les lèvres car, même estropié de toutes les guerres, je suis le survivant de toutes les haines. L’amour n’est pas mort en mon cœur, la fleur n’a pas fané en mon âme, le parfum n’a pas fui ma peau.

Je suis délivré de toutes les malédictions de l’histoire. Je suis en possession de tous les espoirs qui font que les hommes rêvent et élèvent des cathédrales. J’aime Dieu en vivant mes péchés dans une basilique d’amour charnel. Tout le miel de mes nuits coule sur ces pages. Tout le fiel de ses reins colorie cet encre. 

« Mon amour, ne sont-ce pas nos folies mêlées qui accouchent de cette vibrante poésie ? Je te parle au nom de tous Les Enfants du Vent. Brûlons cette ville ! Ils n’en rebâtiront jamais de plus laide. »
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