Dos à la toile

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Image de Printemps 2018
L'appui du pinceau ombragea la couleur non éclose. Le retrait de l'outil la fit naître puis, arachnide aux pattes hélicoïdales, elle ne parvint à filer sur la toile : ni la vie, ni la mort ne lui étaient ici offertes. Ses membres s'engourdissaient, aspirés par la matière. Son cœur, autrefois si frais, séchait, quand l'appui du pinceau ombragea de nouveau la couleur morne et close. Elle s'ouvrit à des épanchements nouveaux : son éclat initial, appairé à ses obliques élans et ses pas maladroits, laissaient place à la gravité de la dilution. Elle changea, se déporta vers des zones qui lui semblaient inaccessibles. Elle se perdit en s'orientant, s'affina puis, tracée en orbes, diluée, mélangée, revint sur ses premiers pas d'araignée. Elle ne reconnut rien à ces lieux. Tout lui ressemblait, seulement tout l'encombrait. Elle cru reconnaître des vestiges de son foyer, celui qui la vit naître. Sentant que son séjour serait de courte durée, elle observa les alentours. Un horizon vert nimbé de reliefs bleuâtre entravait tout. Elle sentit la matière l'enferrer et entrevit, plantées dans le sable, ses anciennes pattes d'arachnide. Ses premiers pas, aussi maladroits fussent-ils, ne pouvaient pas en être restés là ! Elle pâlit, blêmit, se dilua. L'appui du pinceau emporta la couleur jaune et rose. Elle se sentait grandement troublée, comme perdue, en quête de territoires non conquis, comprenant que chaque déplacement l'oppressait, tant le monde lui était immensément exigu. Puis elle vit le ciel. Quelle merveille ! Rien de ce qu'elle avait connu n'y résidait : un imposant territoire albâtre, horizon vertical, la séparait de ce firmament. Comme l'empyrée réservée aux dieux grecs, cet îlot mangeant le ciel reposait sur d'évidentes strates d'inaccessibilité. Des écharpes de brume mariées aux touches azurées rendaient le spectacle irréel. Elle voulut tendre ce qui lui restait de pattes pour hisser sa volonté vers le ciel. Mais « Dieu » apparut. Elle le reconnut, se souvenant de cet instinct qui n'était que ténèbres depuis sa naissance : ainsi, l'appui du pinceau propagea sa douleur en sclérose. Son retrait fit naître un ciel céruléen, marbré de veinages métalliques dont l'hideur l'effraya.

Elle décida de partir et s'investit dans les gouffres du dépassement. Le maillage de sa réalité se dilata, laissant infuser vers ses sens des impressions d'ailleurs. Sentant la matière aspirer ses élans, elle s'élança vers ce à quoi elle aspirait.
Elle est à présent ici, puis là, dos à la toile. Le noir empèse sa vie : ce relatif entrelacs d'itinéraires boiteux. Ses mouvements les plus vifs demeurent figés dans le cuir imberbe des plus arides territoires. Dos à la toile, elle fait face à tout ce qui nous échappe. Dos à la toile, nous faisons de même, lorsque les nuances ne suffisent plus.

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