Dommages collatéraux

il y a
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Storyteller & auteure : c’est ce qui est écrit sur ma carte de visite. Pour mon travail, j’écris. Pour me reposer, j’écris. Pour me distraire, j’écris. Et quand je n’écris pas  [+]

Il est allergique aux fraises. Aux œufs. Aux crustacés. Aux coques. Intolérant au lait. Au gluten. Il est malade lorsqu’il faut prendre l’avion. A le mal de mer en bateau. Il déteste le train. Il ne quitte pas la maison sans son inhalateur. Quand c’est la saison des gastro, il ne sort pas. Lorsqu’il croise quelqu’un qui a une maladie, il en développe tous les symptômes. Alors là, depuis que le premier malade du coronavirus est apparu en Chine, évidemment, il n’a pas mis un pied dehors. Il fait chaud là où c’est moi. Kof kof, elle est vilaine cette toux non. Hum hum, j’ai un petit mal de gorge, c’est normal d’après toi. Tu ne crois pas que je devrais appeler mon docteur, je n’ai plus d’odorat. T’as entendu, on n’a pas encore atteint le pic, faut vraiment être prudent. Sais-tu s’ils ont reçu des masques à la pharmacie, tu ne veux pas aller leur demander...
Je ne réponds plus. Jamais. Il n’attend pas de réponse de ma part. Il veut juste que je m’occupe de lui. Il le sait que je ne fais plus cas de ses jérémiades. De toute façon, il n’y a plus que son psy qui le supporte. Mais lui, il le paie. Alors que moi... C’est comme si je n’existais plus. Depuis bien longtemps. Je pourrais me teindre les cheveux en rose comme Clémentine, l’héroïne du film de Gondry Eternal sunshine of the spotless mind, il ne s’en rendrait même pas compte. Je m’y suis faite. Probablement par manque d’énergie. Un épuisement progressif. Alors ce revirement, j’avoue, je ne m’y attendais pas. C’était soudain. Comme un déclic vers le quinzième jour de confinement. La sensation d’être un vieux bibelot a muté. À chacune de ses complaintes, le grondement prenait un peu plus d’ampleur. Moi qui n’avais jamais connu la colère, j’ai enfin senti mon rythme cardiaque s’accélérer et le sang circuler dans mes veines. C’était jouissif. Alors que les murs se resserraient autour de nous, je me sentais de nouveau en vie. Quelle belle sensation de puissance. Puis, tout s’est déroulé comme dans un bon Tarentino. Il m’a demandé pour la millième fois de la journée s’il faisait chaud ou s’il avait de la fièvre. J’étais dans la cuisine. Pas une seconde je n’ai hésité. J’étais comme télécommandée. Et telle Béatrix Kiddo dans Kill Bill, armée de mon plus beau couteau et de sang froid, je me suis dirigée vers le salon. J’étais debout face à lui avec mon couteau comme une hache. Il a éclaté de rire. Mais qu’est-ce que tu fais. Un cri rauque m’a échappé, et d’un coup d’un seul, je lui ai sauté à la gorge et lui ai planté le couteau dans la poitrine.
Il a cessé de rire.
Bain de sang.
Soulagement.
I got you babe, I got you... Il est 6h40. Vingt cinquième jour de confinement. J’ouvre les yeux et il est là, à côté de moi, comme chaque jour depuis 30 ans. Il me dit que c’est son tour d’aller préparer le café, enfin s’il arrive à se lever, parce qu’il se sent un peu fébrile ce matin. Je l’aime.
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Natacha Romanov · il y a
Merci Nathalie pour votre plume !
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Magali Mignonnat · il y a
Bravo !

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