divagations d'un médecin-légiste

il y a
2 min
44
lectures
2

De Madame de La Fayette à John Green, je lis de tout, tout le temps. J'adore voyager dans l'imaginaire d'un autre. Et je fabrique, au fur et à mesure, un imaginaire qui me correspond. J'espère  [+]

Georges Letruand, médecin-légiste, un 15 décembre, arriva devant son lieu de travail, traversant la brume matinale dans un ciel encore noir. Les cernes sous ses yeux démontraient de la longue nuit éveillée qu’il venait de passer.
La mine exténuée, le regard dans le brouillard, il chercha la serrure de la porte de sa morgue, comme ivre mort.
Immédiatement après être entré, il se moucha. Il soupira, les yeux mi-clos. Il considéra les logements de fortune de ses clients. Une enquête importante était en cours. La police attendait les résultats dans les plus brefs délais. Et lui ne trouvait pas mieux à faire que de tomber malade... Tentant de prendre une grande inspiration par le nez, bien qu’il fût bouché, il s’avança vers un casier et sortit un corps pour travailler. Il prépara ses instruments, et, sans crier gare, éternua violemment, prenant soin de se mettre le plus loin possible du corps sans vie. Il renifla, grogna doucement et se moucha une deuxième fois. Il allait retourner vers le corps lorsque sa tête se mit à tourner plus fort et le destabilisa. Il se rattrapa sur le bord de la table en grimaçant.
« Tout compte fait, je vais peut-être me reposer un peu avant de t’autopsier, toi. »
Il s’assit sur sa chaise, à son bureau, considérant le mort en face de lui.
« Toi, au moins, tu ne tomberas plus malade. C’est un avantage à ne pas négliger tout de même. »
Il se moucha une troisième fois après ces mots et s’adossa négligemment contre le dos de sa chaise. Il détailla le corps en silence pendant un moment, puis jeta des coups d’œil sur le dossier destiné à la police, sur le meuble. Il n’y avait que trois lignes. Il n’avait pas avancé. Malgré cela, ses yeux se fermaient tout seul. Sa tête tournait à chaque mouvement, son nez coulait à chaque seconde. Comment pouvait-il raisonnablement remplir sa mission ? il se sentait complètement dépassé. Il soupira.
« Tu ne veux pas me dire comment tu as été tué ? Pourquoi et d’où ce tatouage étrange provient ? On irait plus vite, beaucoup plus vite. Enfin, après, cela signifierait que mon métier ne servirait plus à rien. Ouais, nan, en fait, ne dis rien. »
Un moment de silence se fit avant que le médecin-légiste ne recommençât à parler.
« Tu ne veux pas juste me faire un signe ? On pourrait collaborer. Je te pose des questions, et tu réponds par oui ou non ? Non... ? »
Puisqu’il n’avait, évidemment, pas de réponse, il recommença à parler, espérant peut-être que le mort finirait par lui répondre, que ce n’était qu’un caprice de sa part.
« Ca t’ennuierait de t’autopsier tout seul ? Après tout, il existe bien un homme à neuf vies, qui a la capacité de se transformer en une Bête d’un mètre soixante, pourquoi pas un mort ne pourrait-il pas s’autopsier par sa propre volonté ?... Non... Toujours pas... »
Le médecin-légiste continua à divaguer en murmurant, de moins en moins fort. Il finit par s’endormir, pesamment, jusqu’à la fin de la journée, dans la même pièce qu’un mort qui se décomposait sous l’effet de la chaleur montant avec la journée qui s’écoulait.
Plusieurs agents de police entrèrent mais n’osèrent pas le réveiller. Quelqu’un, finalement, finit par ranger le corps, qui dégageait, à la fin de la journée, une odeur véritablement nauséabonde.
2

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,