Dites-le avec des fleurs

il y a
2 min
367
lectures
37
Qualifié

400 caractères c'est peu pour parler de soi. Ou peut-être trop qui sait ? D'autant plus qu'on ne se connait pas soi-même c'est bien connu. Je pourrais dire pourquoi j'écris bien sûr. Quoique là  [+]

Image de Automne 2016
Jeanne respirait calmement, allongée sur le dos tout en regardant une trace au plafond. Toutefois, une interrogation revenait sans cesse la hanter. Elle voulait en savoir plus. Il fallait qu’elle en sache plus. Elle décida donc de percer l’abcès.
— Dis-moi, tu n’aurais pas quelque chose à me dire par hasard ? dit-elle, en regardant son mari Pablo s’activer entre ses jambes.
— Euh... no, yo ne vois pas, répondit-il avec cet accent espagnol qui n’avait jamais réussi à s’acclimater au bon air de Champigny-sur-Marne.
— Cherche bien...
— Yo ne vois pas, répéta-t-il, ne se souciant pas plus que cela de son manque de vocabulaire dû à la volonté de rester concentrer dans ce moment pas si fréquent.
— Bah que tu me trompes par exemple, lâcha Jeanne, certaine que cette insinuation allait provoquer, sinon une réponse franche et honnête, en tout cas une réaction qu’elle serait en mesure d’interpréter.
Mais non. Pablo était andalou. Il préféra ignorer les horribles accusations et continua ses mouvements du bassin, ponctué de quelques « han », prouvant qu’il était bien à son affaire et nullement déstabilisé par de tels propos.
— Alors ? J’attends, fit-elle en soufflant d’impatience plus que de plaisir.
— No mais qu’est-ce que tou vas imaginer ?! se contenta-t-il de rétorquer.
— Ne fais pas l’innocent, dit-elle en faisant basculer Pablo sur le dos, se mettant de ce fait à cheval sur lui. Je l’ai deviné grâce à un truc que connaissent toutes les femmes... Un truc infaillible ! Tu sais ce que c’est ?
— Euh non... répondit Pablo, autant surpris du changement de position imposé par sa femme qu’intrigué par ce fameux « truc » que toutes les femmes connaîtraient soi-disant.
Jeanne pouvait dérouler ses arguments en position de force.
— C’est très simple, tu n’arrêtes pas de m’offrir des fleurs.
— Et alors ? ! demanda-t-il.
— Alors, un mari qui trompe sa femme lui offre toujours des fleurs. Beaucoup trop de fleurs ! C’est un vieux truc de mec qui veut donner le change. « Hop ! Un p’tit bouquet d’hortensias, elle va y voir que du feu la grosse ! » ajouta-t-elle en constatant que la virilité de son mari avait eu, comme il serait juste de le dire, un coup de mou. C’est bien la preuve que j’ai touché juste, pensa-t-elle.
— Mais il faudrait savoir, avant yo ne t’offrais yamais de fleurs et tou disais que j’étais un ça... comment tou dis ?
— Un goujat ! Compléta-t-elle sa phrase tout en redonnant un petit coup de rein histoire de faire repartir la « machine » avant d’ajouter... Oui mais là c’était flagrant. Rien de rien ! Aucun pistil en vue ! Pas le moindre pétale ! Tu changeais de trottoir quand tu voyais un fleuriste ! De département même ! insista-t-elle en lui assénant un subit mouvement de bassin revanchard. Alors un revirement aussi total, je trouve ça bizarre ! Et même suspect ! Oh, je sais ce que tu vas me dire ! Les femmes ne sont jamais satisfaites, bla bla bla...
Elle lui avait enlevé de la bouche. En bon ibérique, Il ne pouvait rester là, à encaisser les coups sans réagir. Il estima bon de repasser à l’offensive, tout d’abord en changeant à nouveau de position. Il la renversa et la mise en travers du lit, de telle sorte que sa tête se trouva dans le vide, lui étant au dessus d’elle.
— Donc tu ne veux plus de fleurs ? dit-il, accompagnant ses mots de quelques coups de reins rageurs.

— Rien ne me ferait plus plaisir que de ne plus recevoir de fleurs de ta part ! répondit Jeanne, légèrement essoufflée vers la fin de sa phrase.
— Comme tou voudras !
— Bon un p’tit cactée à la limite ! ajouta-elle tout en enfonçant ses ongles dans les épaules de son espagnol de mari.
Ce geste passionnel fut comme un électrochoc. Il revit Jeanne, plus jeune de trente ans, à l’aube de leur union.
— Yo t’avais jamais dit que tou était fraîche comme une...
Pablo ne put terminer sa phrase. Heureusement pour lui. C’est ainsi qu’ils atteignirent ensemble la jouissance. Le bouquet final en quelque sorte.

37

Un petit mot pour l'auteur ? 46 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Nastasia B
Nastasia B · il y a
Ma modeste contribution pour soutenir ce texte.
Image de Patrick Garcia
Patrick Garcia · il y a
Merci beaucoup !!
Image de M. Iraje
M. Iraje · il y a
Cette chevauchée va bon train ☺☺☺ !
Image de Patrick Garcia
Patrick Garcia · il y a
Merci beaucoup. Et des fleurs pour la cavalière ; )
Image de Miss Free
Miss Free · il y a
Drôle :-)
Image de Sylvie Loy
Sylvie Loy · il y a
Un feu d'artifice oui !
Merci pour cette lecture florale qui accompagne mon café. Y'é adoré touté l'histoire.
Et franchement planter un tel décor ( une étreinte) pour une situation aussi cocasse, fallait oser !
J'ai adoré !

Image de Jean Calbrix
Jean Calbrix · il y a
J'ai adoré cette "conversation" dans l'action jusqu'au "bouquet final", superbe ! Bravo, Pitchakou. Vous avez mon vote.
Mon carton, pour lequel vous avez voté, est en finale et l'on peut revoter pour lui si cela vous dit : http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/la-societe-fait-un-carton

Image de Emma M
Emma M · il y a
Il faut se méfier des fleurs alors ? Ce dialogue m'a fait rire... pas si facile d'écrire un dialogue aussi vivant...
Image de Patrick Garcia
Patrick Garcia · il y a
Merci beaucoup Emma : )
Image de Mohamed Halouach
Mohamed Halouach · il y a
Le sexe , un remède efficace contre les crises de jalousie . Très original . Merci . Je vote .
Image de Patrick Garcia
Patrick Garcia · il y a
Merci Mohamed. Oui c'est un exemple de réconciliation sur l'oreiller.
Image de Landry des Alpes
Landry des Alpes · il y a
Pas mal du tout! Une scène d'amour très très courte mais efficace quand même...et une bonne chute... de reins...
(Attention une faute: il la renversa et la mise au lieu de mît) mon vote

Image de Patrick Garcia
Patrick Garcia · il y a
Merci Landry des Alpes pour votre appréciation... et pour votre rigueur orthographique.
Image de Yves Le Gouelan
Yves Le Gouelan · il y a
Faites l'amour pas la guerre, une pensée pour ce texte original.
Image de Patrick Garcia
Patrick Garcia · il y a
Merci bien Ancre.
Image de Roger Vella
Roger Vella · il y a
Original comme scène d'amour....
Image de Patrick Garcia
Patrick Garcia · il y a
Merci Roger

Vous aimerez aussi !

Très très courts

Péninsule

Patrick Garcia

Geneviève en rêvait depuis des années. C’était maintenant chose faite. Elle était partie, comme ça, sur un coup de tête, laissant derrière elle son mari Antoine, sa maison, et même son... [+]