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Dimanche

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Gilles

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Nadine s’était installée à Paris depuis deux mois dans un studio mansardé du
quartier de la gare de Lyon. Inscrite dans une école d’arts graphiques, elle n’avait
guère eut le temps de penser à sa nouvelle vie, occupée par son installation. Pour la
première fois depuis son arrivée, elle avait du temps à elle. Le samedi matin, elle
avait découvert la coulée verte en haut des arcades de l’avenue Daumesnil. Et ce
dimanche, émue par une journée d’été indien violent, une pure rémission, elle
décida, sans autre projet, de s’y installer pour déjeuner d’un sandwich. Elle dénicha
un banc protégé de verdure et s’assit. Elle se raidit en constatant qu’elle faisait face
à un autre banc où se tenait un homme seul. Elle se rassura en constatant qu’il
dormait profondément, un livre à la main. Elle s’amusa à l’observer. C’était un
homme séduisant du genre beau ténébreux. Il pouvait avoir une quarantaine
d’années. Son visage était paisible dans le sommeil. Nadine pouvait le détailler un
toute tranquillité. Elle appréciait sa silhouette mince, sa mise simple et élégante, sa
chevelure abondante et ses traits fins. Elle désirait maintenant ardemment voir son
regard et aussi le voir bouger.
L’homme se réveilla enfin. Encore étourdi, il vit Nadine face à lui. Il fut un peu
surpris de cette proximité, presque une promiscuité. Il s’attendait à ce que la fille
soit gênée et s’éclipse, mais non elle restait là, placide, et il en fut content. Elle était
jeune, pas très jolie avec son visage poupin, mais agréable. Il appréciait son calme et
le bien-être qui émanait d’elle. Elle semblait jouir de l’instant et sa solitude face à la
sienne l’émouvait. Il était également fasciné par son attitude égale sous ses regards.
D’ordinaire, un autre fille aurait détourné les yeux, ou fait mine de ne pas le voir
pour s’enfuir assez vite, ou au contraire aurait allumé son regard sous le sien ou
bien encore aurait entamé la conversation pour désamorcer la fascination. Mais
non, rien de tout cela, elle restait là, sans ciller, sans gêne ni déplaisir, sans chercher
à séduire mais peut-être avec un soupçon de complicité. Lui-même n’était pas
troublé. Il était simplement heureux de cette apparition en face de lui. Cela valait le
coup d’attendre se disait Nadine. Elle s’amusa de son étonnement un peu gêné
lorsqu’il se rendit compte de sa présence. Il avait bien les beaux yeux qu’elle
espérait et son regard franc était empreint de douceur.
L’homme finit par se lever et Nadine le regarda partir. Elle resta encore une dizaine
de minutes sur son banc avant de rassembler ses affaires. Elle décida de se diriger
vers les quais. La chaleur emmagasinée par la ville était à son maximum. Nadine
flânait disponible à tout. Le crépuscule approchant, elle finit par se sentir fatiguée et
sale après cette journée à traîner dans la ville. Le froid tombait, le bruit montait.
Elle décida de rentrer en bus pour profiter des dernières lueurs. Arrivée chez elle,
elle s’allongea et, le coeur gros, se mit à pleurer.

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