Dichotomie de l'âme amère

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Bienvenu(e)s! Comédienne depuis près d'une dizaine d'années (d'abord en France, puis en Angleterre), la fibre artistique s’exprime aujourd'hui par le biais de l'écriture. D'abord exutoire  [+]

Par la fin, c’est ainsi que tout a commencé.
En silence presque. De celui qui s’impose, de l’irrévocable.
La décision venait de moi, mais je la subissais.
Sur ce lit, vide à présent, face au mur blanc, je sentais subitement mes entrailles se lacérer, comme certainement celles de ma victime qui passait la porte cette fois-ci pour la dernière.
Sur ces draps nacrés de nos amours encore tout frais, je (me) subissais.
Alors fumer, encore fumer, pour se dire que les spasmes de ce diaphragme incontrôlable viennent de là. Les draps défaits dessinaient encore parfaitement la silhouette de son corps blottit contre le mien il y a peu. Cette empreinte marquait au fer rouge son absence définitive, et je la subissais.
Ne l’aimais-je donc pas cet homme-là ?

Lascive et dépressive, en négligé de moi, face au mur, le mien, je me remémore la scène :
- Moi, le dos bien à plat sur le lit, les sens au point mort, fixant le plafond, lisant l’avenir dans les lignes de demain : mensonger et incertain. Ma poitrine se soulevant péniblement, comme oppressée déjà par la masse lourde du remord.
- LUI, fixant l’horizon par la fenêtre, les pores encore luisant d’exultation, ses épaules se soulevant bien en rythme avec son souffle saccadé. D’où je nous abandonnais, j’entendais presque son cœur s’entrechoquer contre sa poitrine tant il battait fort de m’avoir aimé, là.
Il souriait, c’était certain.

Nous ne nous disons rien.
Le temps de suspension avant la sentence.
Seule l’horloge de la cuisine frappait le temps de sa mesure, immanquablement.
Le calme avant la défaite...

Et puis, par amour, la franchise, soudain, éclatant par son unique question :

-« Heureuse, l’es-tu ? »

Son regard plongé dans le mien, si pénétrant, si désarmant. Si seulement...

En y repensant, l’envie me prend d’attraper un à un les dizaines de livres jonchant le sol pour les envoyer tout droit fracasser le verre protégeant les rires sclérosés des souvenirs sous cadre.
Qui a dirigé ma main sur la porte, l’invitant à me quitter?
Qui a mis cette mélasse abjecte dans ma bouche ?
Cette déferlante de mots sales, qui les a construits contre LUI ?

J’aurais pourtant voulu le retenir dans mes bras et rire encore après l’amour, comme nous en avions l’habitude dépossédés de nos propres sens, tant le corps lâchait prise.
D’avoir tout gâché, tout terni, me donne une envie de flagellation tout d’un coup.
J’aurai pourtant voulu, oui, être hier ou le jour d’avant, pour me prouver l’inverse dans l’action.
Chaque larme pour une question sans réponse.
Le revers de la main trempée d’incompréhension, j’attrape la dernière cigarette du paquet qu’il a oublié sur le lit dans la précipitation. Des clopes fortes, brunes qui m’arrachent le larynx et envahissent mes poumons de leur fumé sombre.
Suffocation.
Me punir de me punir : voilà où j’en suis.
Plonger le visage humide dans les draps jusqu’à la nuit tombée, les cris étouffés dans son empreinte : voilà mon seul désir.
Cette fumée qui me pousse dans la brume, l’écumeuse aussi lourde qu’une enclume, je flotte, l’après-midi durant, pâteuse.
De temps à autre, la douceur d’une larme coulant sur ma joue, amertume salée de ce que j’aurais aimé éviter, me rappelle le triste sabotage dont je suis la seule auteure.
Je me lève, uniquement commandée par le manque de nicotine et m’arrête machinalement devant le miroir près de l’entrée. Je plonge alors mon regard dans son propre reflet, pour ne pas m’y reconnaître. Ces grands yeux noirs, d’habitude si tendres avec lui, n’ont fait que lui déverser la hargne d’être moi-même d’une entière médiocrité.
Je saisis mon paquet de cigarettes blondes sur la table de la cuisine et reprends immédiatement ma place sur le lit, de peur de voir refroidir et disparaître les plis qu’ont laissé son corps sur le tissu d’une couette inchangée depuis des semaines.
Fumer, encore fumer.
Ainsi, fixer le plafond et faire le point. Un rapide coup d’œil au réveil à gauche du lit (son côté), m’indique que voilà déjà quatre heures que je suis engluée dans des pensées qui ne font avancer que la nuit sombre sur ce jour noir. C’est à n’y rien comprendre.
Le chaos silencieux qui m’habite ne me donne même pas raison...
A cette réflexion, j’envoie valser le cendrier emplis de ses cendres et des miennes contre le mur fraichement repeint ensemble, laissant ainsi de larges et sombres trainées dégradées de noir et de gris.
Ca défoule.
Un peu.

Malgré la fatigue, tous mes sens sont en alerte car bousculés, excessivement sollicités pour comprendre, se défendre contre la douleur d’avoir immanquablement souffert et fait souffrir sans en définir clairement la raison.
Il est de ces évènements qui agissent en vous comme un électrochoc. Les pulsations cardiaques sont stables mais là, dedans, c’est le bouleversement.
Dans un geste irréfléchi, après des heures de léthargie nombriliste, je décroche machinalement le téléphone sur la table de nuit et compose le numéro griffonné à la va vite sur un vieux ticket de métro traînant près du combiné. Quelques balbutiements plus tard, le rendez-vous est pris.
Bien à l’abri d’un regard objectif, d’une écoute neutre, il me faudra disséquer la chute, défragmenter le discours amoureux pour tenter de comprendre.
Ce geste de survie psychique, sans imaginer une seule seconde les répercussions sur mon esprit vacillant.
Les larmes aux cils ainsi je m’endors.
Contre l’empreinte, tout contre, de son corps. [...]

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Sylphide · il y a
Il y a un quelque chose d'anodin dans ta plume et je m'y attache, mais j'ai trouvé que ce texte manquait un peu de clarté. On ressent bien le personnage, mais on se pose des questions. Elle a l'air de s'en vouloir et de se tenir responsable, mais pourquoi donc ? Je me demande s'il s'est passé quelque chose qui provienne d'une erreur de sa part pour qu'elle se punisse de se punir ainsi.
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Mochka · il y a
Bonjour Sylphide!
Effectivement, il y a quelque chose de l'ordre de la punition dans ce texte mais elle n'est pas clairement identifiée, en tout cas dans cet extrait. Tout prend sens (je l'espère) dans la nouvelle dont il est tiré. Une histoire de vie antérieure et de conséquences sur le présent... :)

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Maud Garnier · il y a
J'aime ta façon d'écrire si personnelle et particulière, ton style tu nous fait entrer dans la tête des tes personnages, de la même façon que dans la tête de ton marié... un seul mot me vient : bravo ! :-)
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Mochka · il y a
Merci pour votre soutien, cela me touche beaucoup... A très bientôt au détour d'autres textes :)
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Guy Bellinger · il y a
Quoi de plus banal que l'évocation d'une rupture sentimentale ? Mais votre style - aussi brillant que personnel - lui donne un relief saisissant et rend la scène proprement déchirante. Je crois que je commence à être accro à vos écrits. C'est grave, docteur ?
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Mochka · il y a
Hahaha! Merci Guy de suivre mes écrits. Je découvre peu à peu les vôtres, et j'apprécie également votre plume...