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Diagnostic

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Nic 34

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Mes camarades de travail me virent un beau matin arriver complètement décomposée.
Le teint bistre, les yeux entourés de cernes verdâtres, je leur donnais l’impression, paraît-il, de sortir tout droit d’un cauchemar ou d’avoir survécu à une épreuve épouvantable.
Il y avait un peu de tout ça, bien que je ne sache pas, à l’époque, définir exactement le trouble dans lequel je me trouvais.
Comme elles me pressaient de questions, sans doute dans le but louable de m’aider, mâtiné d’une palpable curiosité, je leur appris, non sans quelque gêne, la singularité de mon éveil.

Ce jour là, j’émergeai du sommeil et, parole : j’étais un homme.
La preuve : je bandais comme un cerf.
Mon membre, bien érigé, pulsait et je pouvais en sentir ses vibrations sous le drap.
Bientôt, ressentant un vif fourmillement dans et sur le gland, et cela me devenant quasi-insupportable, je portai les mains à mon entre-jambe afin de calmer mes ardeurs viriles.

C’est alors qu’il m’apparut que je n’étais pas un homme DU TOUT.

J’en fus d’abord désolée car cela avait été plutôt agréable, puis très impressionnée : le rêve avait été si prégnant que j’en ressentais encore les effets dans ma chair.

Alors les interrogations firent leur apparition.
D’abord un énorme : « QUE M’EST-IL ARRIVE? » encombrait tout l’espace.
Ensuite, comme si un bouchon avait sauté, les questions, se bousculant, arrivèrent en cataracte :
Mais qu’est-ce que c’est que ce rêve à la con ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Est-ce que ça veut seulement dire quelque chose ? Pourquoi moi ? Pourquoi ce matin ? Qu’est-ce que j’ai lu en m’endormant? A qui ai-je parlé hier et de quoi ?
J’étais troublée, déconcertée, inquiète, tourmentée.

C’est dans cet état d’émoi et de questionnement intense que j’arrivai à l’hôpital.
D’où l’expression particulièrement guillerette affichée ce matin là.

Si elles ne se privèrent guère de pouffer ( il y avait matière à ), mes collègues tentèrent de dédramatiser, ramenant cet avatar à de plus humbles proportions : ce n’était qu’un rêve après tout , original, certes, mais pas au point de me mettre ainsi la rate au court-bouillon.

Quelques jours plus tard, encore un peu chamboulée, j’en parlai à un ami qui, se piquant de connaissances « psy  » me livra d’un air docte l’explication suivante : « En fait, tu rêves secrètement d’être un homme, et si tu étais un homme, tu serais probablement homosexuel. »

Ce diagnostic, énoncé le plus sérieusement du monde, me plongea plusieurs jours dans un abîme de perplexité.

M’a-t-il seulement aidée ? Je n’en suis pas tout à fait certaine!

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