Deux petits signes et puis s'en vont...

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Image de Automne 2017
J’ai rencontré la parenthèse il y a bien longtemps. Au début, elle ne m’ennuyait pas de trop, car lorsque l'on est enfant, souvent le secondaire passe prioritaire.

Mais au fil des années, elle a pointé le bout de son nez.

Au moment de mon anniversaire par exemple. Mes parents n’avaient pas trouvé mieux que de me faire naître en juin. Le mois des examens. Donc pendant toute ma scolarité, j’ai dû y déposer mon anniversaire. Combien de fois n’ai-je pas entendu ma mère me dire : « ce n’est qu’une parenthèse dans ta vie ». Tu le fêteras plus tard. Moi je ne l’aimais pas cette parenthèse. J’allais régulièrement aux fêtes d’anniversaire. La mienne n’avait jamais lieu.

Oh comme je les détestais ces deux petits signes qui nous obligent à mettre de côté tout ce que nous aimerions vivre et ressentir.

J’adore d’ailleurs sa définition : ce qui est à côté, en dehors de l’essentiel.
Mais est-ce que l’essentiel est le même pour tout le monde. Pour vous, dites-moi, qu’est-ce qui est essentiel dans la vie ? Votre famille, vos enfants, votre travail ?

Votre essentiel sera peut-être différent du mien et je pourrais avoir envie de m’occuper de quelque chose que vous auriez envie de mettre entre parenthèses. Cette chose tellement indispensable à ma survie.

Petite, j’aurais aimé faire de la danse. Mon père avait décidé que danser était futile. On verra plus tard m’avait-il répondu. Refermons la parenthèse.

Au lycée, nous pouvions remplacer la natation par du patin sur glace.
Refus de mon père. « tu te rends compte, si tu te casses une jambe ? Tu devras mettre tes études entre parenthèses ».

Ensuite mon père a jugé que la scolarité devenait secondaire. L’essentiel devenait le travail. À seize ans. Un petit revenu supplémentaire qui lui permettrait d’avoir un essentiel plus facile et de ne plus devoir mettre ses plaisirs entre parenthèses.

Alors, petit à petit, au nombre des refus, j’ai fini par mettre entre parenthèses toutes ces choses que j’avais envie de faire et qui me semblaient essentielles.

J’avais tellement pris cette habitude, qu’un jour pour fuir cet essentiel qui ne me convenait pas, j’ai quitté la maison paternelle. J’ai choisi un amour impossible. J’ai cru qu’il me permettrait d’ouvrir les parenthèses et que je pourrais enfin vivre. Quelle duperie. J’avais fui un essentiel qui ne me convenait pas pour le remplacer par un autre encore pire. Cet autre qui m’obligeait à mettre entre parenthèses tout ce qui pouvait me faire plaisir.

L’amour n’a pas duré longtemps. La routine a pris sa place. J’avais toujours dans le fond de mon cœur des tas d’envies. Elles restaient là, dans l’ombre de ces deux signes qui marquent la frontière entre le futile et l’utile. J’avais coincé entre les deux, bon nombre de mes désirs.

Il m’a fallu du temps pour comprendre. Du temps pour oser partir.

Alors maintenant au bout de tant d’années de parenthèses, j’ai enfin choisi de vivre l’essentiel, vivre le moment présent, avec tout ce qu’il a de merveilleux, mais aussi parfois de malheureux.

Parce que c’est en se confrontant à l’essentiel que l’on finit par ne plus mettre les choses entre parenthèses.

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