"Deux papillons dansent"… Le Making-Of de la nouvelle

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Pour tenter d’être les premiers, les hommes pointent leurs doigts en l’air, écoutent les rumeurs, regardent le couchant, égorgent un poulet, abusent de leurs réseaux ... A quoi bon prendre  [+]

Agile, dans un réseau de neurones espiègles, la création littéraire est dotée d’une mobilité imprévisible. Volatile, en carence d’idées, l’inspiration peut s’inviter à l’improviste pour orienter l’histoire et son écriture. Une nuit d’insomnie, sous forme d’une «vision cinématographique», un plan séquence s’est imposé. Celui d’un cadrage serré sur un endroit paisible à la campagne avec un pont de pierre, un cours d’eau limpide et un petit garçon âgé de sept à huit ans. L’enfant avait une posture sans équivoque, bien cambré... Il pissait dans la rivière. La scène était amusante, certes un peu osée, mais des mots bien employés pouvaient désamorcer rapidement le scabreux de la situation et décrire le caractère de l’enfant en le rendant simplement attachant. C’était surtout un bon début original.
Cette petite canaille devait avoir une forte personnalité malgré son jeune âge. Son image se précisait, sa dégaine faisait penser à celle de Georges Poujouly dans le film de René Clément «Jeux Interdits». Le réalisateur situait son film pendant la 2ème guerre mondiale. La nouvelle pouvait se dérouler, après tout, en temps de guerre à condition de garder une certaine distance, de contenir une atmosphère légère, en évitant de tomber dans des clichés «pathos».
Le hasard et l’actualité faisant bien les choses, la télévision diffusait dans le même temps, pléthore de documentaires commémoratifs du centenaire de la guerre de 14. Outre les archives en noir et blanc bouleversantes et ressassées, il y avait parfois une évocation moins dramatique des hostilités, notamment un court métrage dédié à la symbolique des deux fleurs emblématiques du conflit : le coquelicot et le bleuet. Sur les lieux des grandes batailles de Flandres, un médecin militaire canadien observa l’abondante floraison de fragiles coquelicots. Pour ce soldat, l’analogie avec les blessures et le sang des combattants était une évidence. Il en fit même un poème (In Flanders Fields - Au champ d’honneur).
Le bleuet quant à lui, couleur bleu azur de l’uniforme des poilus français, devint le symbole des nouveaux appelés, la «bleusaille» sur le front. Rares témoignages de la vie qui continuait dans la boue des tranchées, les deux fleurs prirent racines dans la mémoire collective.
La trame de la nouvelle prenait alors vraiment forme. L’action se déroulerait donc en été, près d’une rivière, pendant la première guerre mondiale. Par conviction, et pour rester dans le sujet, le conflit n’apparaîtrait jamais au premier plan.
Le petit garçon, aurait forcément un complice parce que les bêtises à deux, c’est plus réjouissant... Les deux gamins insouciants, préservés des atrocités de leur époque seraient forcément générateurs de dialogues candides et savoureux. Le récit, malgré le lourd contexte, aurait un goût d’enfance, d’été, de foin, de fleurs sauvages et d’oiseaux qui chantent...
Exercice grisant et solitaire, il ne restait plus qu’à mettre des mots sur les idées. Le vocabulaire volontairement emprunté au lexique militaire, serait souvent détourné, imagé. Il devrait délivrer des clés au lecteur et l’amener, comme dans la plupart des nouvelles, vers une chute inattendue.
Une chute ? Non... Plutôt un couperet, brutal, violent.
Pour terminer, un point d’orgue conclurait la nouvelle avec une répétition mot pour mot de quelques lignes poétiques placées au début du récit et qui dévoileraient un tout autre sens juste avant le point final.
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