D'étranges chatmoureux

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Cette romance au ton décalé plaira aux amoureux des chats. Son côté fantaisiste a beaucoup plu à l'équipe éditoriale

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De la pointe de mes moustaches au bout de mes griffes, je suis un chaventurier. Sitôt sortie mon humaine Natacha, je m'empare de sa plume en souris  [+]

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Et vlan ! Elle m'avait claqué la porte au nez !
Je le savais ! Je le savais qu'elle ne m'aimait pas ! Et comme, contrairement à Miaoudmoiselle Mélusine, je ne savais ni ouvrir ni fermer les portes (je suis un intellectuel, moi !), je me retrouvai prisonnier à l'intérieur du salon. En pleine nuit. Condamné à contempler la pleine lune, bien à l'abri de la maison, alors que les autres chats batifolaient dehors dans le froid. Eh bien tant mieux !

Je m'assis devant la porte-fenêtre et vis la silhouette reconnaissable entre toutes de la belle chatte tricolore, sa longue robe lissée pour l'occasion et sa queue au panache insolent fièrement dressée. Une seconde silhouette la rejoignit bientôt. Je m'en doutais ! feulai-je en tapant le sol de la patte. Un galant ! Je montrai les crocs, en un réflexe bien inutile, coincé que j'étais derrière ma vitre, et jaugeai mon rival. Dégingandé, tout en pattes et en oreilles, sans couleur, aucune allure !
Je soupirai et me laissai glisser au sol. Ce n'était pas vrai. Il était grand et fin, sinueux et suprêmement élégant. Il était sûrement doté d'un pedigree à rallonge et devait rafler toutes les médailles de sa race aux concours... Jusqu'à la lune, probablement éprise elle-même par sa beauté, qui poussait la cruauté jusqu'à l'envelopper d'un halo argenté donnant à son pelage clair des reflets surnaturels !

Les deux chamoureux filèrent ensemble et je restai seul, démoralisé. Comment lutter contre un tel spécimen de perfection, avec mes rondeurs d'ourson et mon cocasse costume de pie ? Je levai les yeux vers cette méchante lune qui savait si bien mettre mon rival en valeur. Pleine et brillante. Pleine ? Vous ai-je déjà confié mon goût pour les films et séries télévisées ? L'avantage d'être un « pattouflard », comme me le reproche la sportive Mélusine, est qu'on a le temps de se cultiver. Et à quoi fait penser la pleine lune ? Aux vampires, bien sûr ! Et ce bellâtre en avait tous les symptômes avec sa pâleur et sa beauté surnaturelle ! Ne me restait plus qu'à guetter le retour de l'imprudente pour lui inspecter le creux du cou !
Satisfait de ma découverte, je me détendis, m'étirai et m'installai pour la nuit car, contrairement aux autres matous, je suis une créature assez peu nocturne. Je bâillai, puis m'endormis du sommeil du juste.

Quand je m'éveillai, il faisait toujours nuit, mais la lune s'était déplacée et offrait un autre éclairage. J'ouvris des yeux ronds comme des petits pois en découvrant ce que son halo, telle une poursuite de théâtre, exposait à ma stupeur. Une déesse ! Bastet en personne à n'en pas douter, s'était matérialisée
dans notre jardin ! Cette merveilleuse pleine lune (je ne suis pas très rancunier) me faisait le cadeau de la plus admirable et la plus délicate vision qui soit, la perfection faite chatte ! Un bonheur indicible m'envahit, tandis que je m'assis pour la dévorer du regard, prêt à me délecter de sa finesse et de son port de reine pour l'éternité. À jamais sous son charme, comme sous hypnose...

J'ignore ce que dura ma transe. J'en sortis quand une patte humaine peigna de doux sillons dans mon pelage en murmurant :
— Que fais-tu là Nounourson ? Tu montes la garde ou tu attends cette coquine de Mélusine ?
Philéas, le mâle de mon humaine, se levait à l'aube. Natacha n'apparaîtrait que dans quelques heures et, habituellement, moi aussi !
— Ah ! Voici notre fugueuse, ajouta-t-il en ouvrant la porte fenêtre à sa chatte.

Comme si de rien n'était, Mélusine entra, souveraine, secouant légèrement sa longue robe humide et m'ignorant totalement. Elle entreprit de se frotter avec délices aux mollets de son humain, qui se pencha pour la caresser. Elle se mit à ronronner avec vigueur tandis que ma rancœur remontait en flèche. L'aube était là et la douce et jeune lumière faisait briller ses taches rousses. Je me mis à flairer et inspecter le cou de la chatte sans rien déceler de suspect. Elle me jeta un coup d’œil narquois qui me vexa et me fit souhaiter que les premiers rayons du soleil aient changé son galant vampire en petit tas de poussière. Tout ce que méritait ce « matouvu » !

— Alors mes grippeminauds, reprit Philéas en nous grattant tous deux derrière les oreilles, que pensez-vous de ma dernière œuvre ?
Notre manque de réaction le poussa à tendre la main vers l'extérieur :
— La statue dans le jardin, elle vous plaît ?
Je suivis son geste du regard. Les rayons du soleil coloraient d'un joli rose l'épaule marmoréenne de Bastet. Matoulédiction ! L'aube avait changé ma déesse en pierre !

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Plume Le chat · il y a
Merci beaucoup Ombrage !

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